Raquettes au sommet de la Forêt Noire

Ayant eu chaud au maroc, je m'étais mis dans l'idée de partir faire une sortie hivernale avec bivouac, pour profiter de mes quelques congés de Noël. C'était surtout aussi l'occasion d'éprouver mon matériel, en particulier la doudoune, dans des conditions froides et humides. Nous sommes donc partis en direction de la Forêt Noire, autour de son point culminant, le Feldberg (1493m), pour une sortie neige en raquettes durant trois jours.

Le 2 janvier, nous laissons la voiture au pied des télésièges à Hinterzarten, à 20min de voiture du Fribourg. Les pistes ont l'air enneigées, mais il pleut et le vent souffle pas mal. Ca commence bien... A 14h, nous partons avec un peu de nourriture et 1.5L d'eau dans le sac, en plus des affaires de bivouac. 6.5kg pour moi, 5kg pour Irina, toute tare comprise.

Trace GPS

Voir la carte en plein écran.

Profil d'altitude

Profil d'altitude

Lundi

On est vraiment partis à l'arrachée: le GPS pour seule carte, avec une route vaguement tracée en 5 min, qui suit grossomodo le Westweg du nord-est au sud-ouest. Dès les premiers mètres, mauvais chemin. Nous coupons dans les champs pour rejoindre une grande piste de ski, au pied de laquelle nous chaussons les raquettes. Irina est un peu anxieuse au vu de la pente, mais rien de bien impressionnant, on attaque.

Les raquettes, pour 1.580kg la paire, sont réellement une bonne surprise (les toutes nouvelles Tubbs Flex TRK reçues à Noël): un pied léger, un posé naturel et beaucoup moins rigide que les bien connues TSL, et une très bonne accroche en pente raide ou en dévers. Seule la portance en neige profonde n'est pas idéale, mais c'était attendu compte tenu d'un tamis si étroit.

Arrivés au sommet de la piste, nous partons hors sentier à travers les bois et rejoignons, après une belle descente sauvage au milieu des arbres, le Westweg. Nous pouvons enfin suivre mon tracé GPS. Un peu plus loin, nous quittons le Westweg pour descendre une vallée. Curieux... Et bien sûr nous devons reprendre ces dénivelés perdus quelques minutes plus tard. J'avais bien évidemment trouvé intelligent de prendre le chemin "le plus court" sur la carte, sans penser que ça nous ferait plus ou moins traverser une vallée. Le Westweg, que nous retrouvons logiquement plus loin, s'est contenté de suivre les contours de la dépression en ligne de niveau. Note pour la prochaine fois: bien faire attention aux lignes de niveau pour établir la route!

Mais le chemin était sympa, aucun regret. La nuit commence à tomber, les jambes faiblissent après ces trois premières heures de marche. Quelques derniers efforts avant d'arriver sur un replat. Nous posons les sacs et préparons le bivouac. Un peu de pelletage pour tasser la neige, déploiment de la tente tendue à l'aide de sardines maison en bambou (léger et efficace dans la neige), et nous sommes prêts à cuisiner nos pâtes à l'abri du vent, à la lumière de la bougie, par 2°C.

Pour dormir, sac de couchage habituel (600g de duvet 850 cu.in) pour deux, recouvert de mon bon vieux Décathlon S15 pour le garder au sec. Nous restons habillés (mérinos + doudoune en haut, collant chaud/pantalon de ski en bas et bonnet fin en polaire). Il fait bon d'être au chaud :)

Cette nuit, la neige tombe. Une neige froide, du grésil, que l'on entend glisser sur la toile. Parfois, la lune se montre, et l'abri revêt alors sa tenue de léopard, dont les tâches sont les ombres des petits amas de neige s'agripant au nylon. Qu'est-ce qu'on est bien là...

Mardi

Il est 8h du matin, le ciel est clair. La toile est gelée, le sursac de couchage est trempé mais le duvet est resté sec et nous a gardé bien au chaud. Dehors il fait -5°C, -2°C sous la toile. Après avoir tout rangé et fait chauffé un chocolat au lait, nous sortons ranger l'abri. Quelle surprise quand nous voyons les alentours arrosés des rayons orangés du soleil levant. Il fait beau!

9h, en route pour le Feldberg. Nous gardons la doudoune pendant la première demi-heure, pour nous réchauffer. Des traces de renards dans la neige fraîche coupent notre chemin. Nous suivons toujours le Westweg qui à cet endroit là est un agréable sentier étroit qui serpente entres les épicéas et les hêtres.
La tour du Feldberg est en vue, avec en-dessous de nous, le Feldsee, glacé.

Nous arrivons sur la crête, ça souffle ici. Le panorama se dégage, nous sortons des arbres et les Alpes se découvrent peu à peu.

Après une dernière petite montée avec un vent violent quasi de face, nous arrivons à la tour du Feldberg.

Ce c'est pas le sommet, mais lui-même n'est pas plus intéressant car habillé d'une antenne de télévision. Rien de très naturel, c'est juste sur notre chemin. Le soleil brille de tout son éclat, mais le thermomètre indique tout de même -6°C à l'abri du vent. La doudoune avec un T-shift manches longues en mérinos dessous et un coupe-vent efficace dessus permettent de rester dans le vent sans avoir froid, même à l'ombre.

Nous grignotons un bout et partons rejoindre l'autre versant via un col. Nous descendons hors sentier dans les bois jusqu'au col, après avoir fait quelques pas sur un mauvais chemin (sur lequel il y avait de toute façon trop de monde).

Au col, nous nous arrêtons manger et je prends le temps de raviver mes orteils droits qui semble-t-il seraient bien restés dans le duvet. La remontée se fait malheureusement le long des pistes mais dans les bois. Une fois les pistes derrière nous, plus grand monde. Le ciel s'est couvert mais le vent n'a pas faibli. Au contraire. Nous montons tout droit dans le versant nord du Herzogenhorn (la corne du duc), à l'abri du vent. Mais nous n'échappons pas aux rafales aux abords du sommet.

Là-haut, nous sommes seuls avec une immense croix de bois dressée sur cette montagne.

Le vent soulève violemment des nuages de neige alors que le soleil offre ses derniers rayons à la longue chaîne des Alpes. Nous devons crier pour nous entendre.

Il est à peine 14h, nous redescendons vers le sud-ouest, face au vent, pour rejoindre les bois. La neige est plus molle ici, là où le vent a poussé les flocons depuis le sommet. Nous nous faisons dépasser par un skieur rencontré au sommet, qui prend un peu de plaisir.
Plein d'eau dans la fôret avant de faire une pause déjeuné en lisière du bois. Repas chaud, pendant que le sursac de couchage sèche au vent. 

Et puis nous reprenons le chemin pour quelques centaines de mètres avant de s'arrêter pour le bivouac vers 17h30. Le vent ayant forci, nous nous appliquons d'autant plus à monter l'abri en recouvrant bien à l'extérieur ET à l'intérieur la toile d'un mur de 20cm de neige.

Extinction des feux à 18h30... Il fait déjà bien nuit. Le vent est fort, la toile se gonfle et se déforme.
Vers 21h, il se met à pleuvoir, un léger crachin au début, puis des trombes, qui ne se calmeront qu'au petit matin, lorsque le froid aura transformé l'eau en neige.

Bien que les températures soient au-dessus de 0°C et que nous arrivions à rester au sec, l'humidité ambiante augmente la sensation de froid. Avec un sac élargi pour deux, le moindre interstice laissant entrer l'air devient desagréable. Mais nous dormons pas trop mal.

Mercredi

Au réveil, j'abandonne l'idée de gravir le prochain sommet (sommet, c'est un bien grand mot...) en voyant le brouillard accroché au relief.

Entre le vent et l'humidité, l'abri s'est bien afaissé, mais nous a très bien protégé.

Et puis avec le vent qui devrait encore forcir la nuit prochaine, mieux vaut rentrer, ce n'est pas les occupations qu'il manque à la maison en ce début d'année! Nous plions tout après avoir bu le chocolat au lait préparé hier après-midi.

Nous prenons alors le chemin de la gare la plus proche : la troisième vallée à l'est, 8km à vol d'oiseau. Direction l'est, avec la neige et, heureusement, le vent dans le dos.
Au début sur les chemins forestier, nous traversons ensuite, raquettes à la main, un premier village où nous croisons deux éleveurs de vache, puis un second village, tous deux sur la commune de Bernau. Les maisons sont magnifiques, toutes en bois et pour certaines déjà anciennes : construite initialement en 1538!

Pour rejoindre la vallée suivante, plutôt que de prendre le chemin panoramique en ligne de niveau, nous prenons le plus court et montons passer le col au dessus de nous (sur le ainsi nommé "chemin des cochons").

La neige tombe drue, le vent est toujours là mais le soleil fait parfois une apparition.

Une fois de l'autre côté, la neige profonde, accumulée par le vent, nous coûte plus d'énergie que la montée.

Nous coupons une fois de plus dans la pente, au milieu des arbres. Descente sympathique.

Nous nous nous arrêtons une dernière fois grignoter à l'abri d'une hutte avant d'aller rejoindre le dernier village, Menzenschwand, où après avoir cherché un bus pour la gare du village suivant, la première voiture à qui nous faisons signe nous prend en stop . Discussion agréable avec une gentille dame du coin, étonnée de notre histoire mais lui rappelant sa jeunesse, elle nous ramène directement à Hinterzarten.

C'était une bonne petite expérience, avec un retour très concluant sur les possiblités de bivouac en hiver. Nous reviendrons, lorsque les champs seront en fleur!

Commentaires

Bonjour,
Bonne année 2012! C’est super sympa de découvrir un coin à randonner en forêt Noire pas trop loin de chez moi; région de Mulhouse. Merci pour ce récit sympa et détaillé.
Bonne continuation.

Super photos et récit les MUL.

Cherchant des randos à raquettes en forêt noire, je suis tombé par hasard sur votre site… qui m’a donné des idées!!
Pas à la dure comme vous, car on n’a plus l‘âge (>60!), mais pourquoi pas y aller un WE en restant en auberge?
J’espère que depuis vous avez pu continuer vos aventures, c’est super!
Bonne Année 2014 à vous!
Daniel

Ravi d’avoir pu vous donner des idées. Au pied des pistes du Feldberg, il y a quelques habitations accessibles en voiture, il y a certainement un endroit où dormir. Reste à voir la disponibilité…
Bonne balade et très bonne année 2014!

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