Grande traversée de l'Atlas Marocain

Voilà deux ans que je n'avais pas eu de vraies vacances. Le Maroc se présentait vraiment comme une destination idéale pour s'évader avec un budget contenu.

Il s'agit là d'un voyage orienté trek: 15 jours sur place et 12 jours de marche. L'Atlas est un terrain relativement aride, surtout en septembre, mais magnifique et habité par un peuple très accueillant. Premier grand trek pour nous, d'autant plus osé que nous sommes peu sortis cette année. Notre forme est loin d'être optimale, mais nous nous décidons pour une variante de la Grande Traversée de l'Atlas Marocain, qui relie la vallée des Aït Bougemez à Imlil : 240km de chemin et plus de 10000m de dénivelé entre deux sommets emblématiques du Haut-Atlas, le M'Goun et le Toubkal. Optimiste? Ambitieux? Peut-être, mais c'est en repoussant ses limites que l'on progresse.

Voilà comment nous avons effectué non sans mal cette traversée haute en couleurs et en rencontres, avec pour logistique nos pieds et notre dos, en suivant les chemins empruntés par les muletiers depuis des siècles pour franchir l'Atlas!

Coucher de soleil sur le M'Goun

L'itinéraire

L'itinéraire est très inspiré de la GTAM n°1 de Pierre MARTIN, réalisée avec guides et muletiers en 19 jours. N'ayant que 12-13 jours, nous avions déjà avant le départ prévu un itinéraire racourci, en arrivant au Toubkal par le col de Tagharât. Mais nous avons du abandonner l'ascension du Toubkal, il nous aurait fallu 14 jours.

Trace GPS

Voir la carte en plein écran.

Profil d'altitude

Un peu plus de 10700m de dénivelé positif sur les 12 jours.

Profil d'altitude

L'équipement

Nous avons choisi d'emporter 11 jours de nouriture pour être autonomes durant la traversée, ne sachant pas vraiment si nous rencontrerions des épiceries sur la route. En fait, il y en a, nous aurions pu se contenter de 4 jours d'autonomie, avec cependant l'inconvénient d'avoir un choix limité donc des aliments potentiellement plus lourds.

Mais pas question de partir avec 25kg sur le dos. La balance de cuisine et une feuille Excel sont un passage obligé pour partir léger. Pour certains je vais passer pour un gros malade, mais cette préparation est nécessaire pour prendre du plaisir à marcher léger.
Voilà la liste qui en est ressortie.

Le materiel et l'alimentation pour les 12 jours de la GTAM

Rien ne nous a manqué. Grossomodo, nous avions respectivement 3kg (moi) et 5kg (Irina) de matériel sur le dos. Mon sac étant un petit peu plus petit, j'ai pris les 3/4 de la nouriture, lourde et compacte, tandis qu'Irina a pris les affaires volumineuses. Au final, nous avons porté avec 2L d'eau au plus lourd 13.5kg (dont 2kg à la ceinture) pour moi et 9.5kg pour Irina. Une liste relativement confortable, il y a de quoi gagner au moins 1kg chacun en changeant un sac à dos, en prenant des affaires moins chaudes et en fabriquant l'abri soi-même :)

Equipement de base

Couchage:
En septembre à plus de 3000m il peut faire frais, même au Maroc. Un bon -10°C a déjà été enregistré. Nous pouvions dormir confortablement par -5°C, mais nous n'avons eu à endurer qu'un petit 6°C.

Abri :
Le choix de prendre la moustiquaire intérieure n'était pas vraiment lié aux moustiques, mais aux rempants et autres bébêtes dangereuses qui traînent dans le coin. C'est du poids en plus, mais nous avons vraiment dormis sereins. Pour autant, nous n'avons vu qu'un serpent et aucun scorpion.
Nous n'avons pas eu de gros vent, hormis un soir mais nous étions protégés, seuls deux haubans été nécessaires, sans bloqueurs mais avec un noeud coulant auto-bloquant.

Sac à dos :
Le Villain est agréable à porter, bien que je lui trouve les bretelles un peu étroites. Sans renfort dorsale et dénué de ses sangles des compression, il est difficile de déporter la totalité du poids sur les hanches. Le matériel glisse au fond du sac et il s'en trouve un peu deséquilibré. Mais on doit pouvoir pallier ce problème en bricolant un peu et en combinant les renforts de dos avec des tiges pour l'abri.
Pas de souci avec l'Actlite, lourd... mais confort et volumineux, pratique pour mettre en soute.

Vêtements :
Des vêtements longs étaient indispensables. En les lavant fréquemment, ça allait. Vu leur poids, une paire de change pour les chaussettes journée aurait permis de les laver plus souvent. La doudoune n'était pas indispensable, mais une sécurité et un confort pour le petit déjeuner. Nous avons souvent dormi avec, le duvet ne recouvrant alors que les jambes. L'Essence Jacket ne m'a servi qu'à démarrer 3 matin un peu frais. Le short ne m'a servi qu'une fois à remplacer mon caleçon, on aurait pu s'en passer.
J'ai été agréablement surpris par le Fjällräven Ruaha. Un tissu G-1000 Lite agréable, pas chaud malgré la couleur anthracite, très vite sec et résistant. Enfin, les Salomon se sont finalement faites à mon pied, je n'ai eu que 2 petites ampoules. Niveau respiration, pour ce genre de parcours, je les aurais quand même volontiers troquées contre des Amphibian.

Habillé pour un départ à la fraîche

Cuisine :
Le Maroc se prête bien à la cuisine au bois. Jusqu'à 3200m nous avons toujours trouvé du bois. J'avais pris un P3RS avec 100ml d'alcool, on aurait pu s'en passer. Les deux fonds de bol en plastique nouilles asiatiques étaient suffisant pour tout faire. Nous aurions pu nous passer de la poche souple Daddy, 2L par jour été suffisant, nous n'avons consommé que 4L d'eau chacun par jour.

Hygiène :
Le petit bout de pierre d'alun nous a empêché de trop puer et les 20g de savon rapé ont été suffisant pour les lessives et se laver. Nous avions un peu trop de shampoing. Sans serviette, juste avec le gant, par ces températures, ça marche bien. Enfin la crème solaire ne nous a servi que les 2 premiers jours (peau pas habituée), le contenant s'est ensuite fendu, nous ne l'avons plus utilisé. Pas un seul coup de soleil sous notre chapeau, parfois même avec le t-shirt de nuit sur la tête!

Survie/Pharamacie :
Nous étions content d'avoir du Duct Tape en quantité autour des bâtons. Il a été utile pour panser nos pieds. Le Smecta et Arestal ont servi, sans efficacité miracle toutefois. Content d'avoir pris des Micropur forte et des Aquatabs pour purifier l'eau. Le goût de ces dernières est à la longue bien plus supportable que son alternative.

Equipement éléctronique

Le GPS a surtout été utile pour garder une trace de nos pas :p Je n'avais pas chargé de vrai carte, seulement quelques waypoints très écartés, qui nous on permi d'évaluer approximativement l'heure d'arrivée à la prochaine étape. En utilisant quelques cartes peu précises imprimées la veille du départ et en demandant notre chemin aux bébères, nous nous en sommes bien sortis :)

J'ai porté le GPS et l'appareil photo dans un sac banane, relié aux bretelles par deux clips cousus avant de partir. Cela a très bien empêché la banane de balotter, par contre ça tire un petit peu sur les épaules. A revoir donc, et mettre les attaches non pas aux bretelles mais directement sur le sac (cf. Jam² d'oli_v_ier).

Le chargeur solaire a été très utile, utilisé un jour sur deux pour recharger le GPS et la lampe de poche. Plus de 500 photos prises avec le réflex numérique sans avoir besoin de recharger. Mais c'était possible. Il n'a pas Par contre les 380mA@5V du chargeur n'ont pas suffit pour charger le compact numérique d'Irina, à éclaircir. Nous avons pu le recharger au milieu du voyage sur une prise. L'alternative aurait été d'utiliser la batterie du réflex comme source d'alimentation.
J'ai dû prendre deux jeux de 2 piles AA pour le GPS (2 en utilisation, 2 en charges). Au total, le gain de poids par rapport à un stock de piles lithium n'est pas grand pour 15 jours. Mais c'est plus écologique :)
Nous marchions d'est en ouest, j'ai donc porté le chargeur tantôt sur le sac, tantôt sur la poitrine, accroché au coup (rarement).

Chargeur solaire attaché au sac

L'alimentation

C'était la première fois que nous partions avec la bouffe pour 11 jours. En fait, au départ, nous avions prévu 7 jours de nourriture à 3000kcal et 600g. Nous n'avons rarement consommé 3000kcal par jour, la plupart du temps c'était 2000kcal, parfois moins. Nous avons marché beaucoup mais pas forcément vite, les efforts soutenus étaient rares. Avec les quelques produits mangés sur place (un repas et 2L de coca), nous avons tenu 12 jours sans problème, il nous restait encore un jour de nourriture.

Le matin, nous mangions alternativement du müsli au chocolat avec du lait en poudre, des gaufrettes au chocolat et du chocolat.
La journée, nous grignotions maïs grillé, cacahuètes, noisettes, bananes sêchées, des M&M's et souvent pour le midi du saucisson avec des cracottes suédoises au sésame.
Le soir ou en fin d'après-midi, du parmesan et du vieux gouda, et lorsque l'on prenait le temps de faire chauffer de l'eau, une soupe et des pâtes ou de la semoule avec de l'huile d'olive. 

Il nous est resté pas mal de noisettes sur les bras, nous en avions marre à la fin, surtout vu l'état de notre ventre... Pour la prochaine fois, nous mettrons un peu de cacao en poudre dans le lait, pour améliorer le goût. Plus généralement, je prendrais moins de calories mais plus de choses dont j'ai envie, car avec l'effort, nous avons eu moins faim. Et lorsque notre ventre d'acceptait plus grand chose, nous révions de riz ou produits moins secs.

Au final, nous avons porté environ 9kg de nourriture pour deux pour 11 jours. Nous avons cependant dépensé plus de calories que ce que nous avons mangé, sans pour autant ressentir de fatigue extrême. Je ne me suis pas pesé avant et après, mais nous avons perdu quelques kilos, repris dans la semaine qui a suivi notre retour :)

Rations journalières pour grignoter la journée

Le récit jour par jour

Jour  0 : arrivée au Maroc  
Jour  1 : Agouti - Plateau du Tarkeddit
Jour  2 : Plateau du Tarkeddit / Massif du M'Goun
Jour  3 : Plateau du Tarkeddit / Amezri
Jour  4 : Amezri / Tagoukht
Jour  5 : Tagoukht / Tamzerit
Jour  6 : Tamzerit / Tighza
Jour  7 : Tighza / Aït Hammou Ali
Jour  8 : Aït Hammou Ali / Tayat
Jour  9 : Tayat / Azgour
Jour 10 : Azgour / Yagour
Jour 11 : Yagour / Timichchi
Jour 12 : Timichchi / Imlil

Jour 0 : arrivée au Maroc

Levé 7h. Nous devons prendre le bus pour l'aéroport à 8h45. Après 1h30 de trajet, nous voici à Frankfurt-Hahn, avec 4h d'avance. J'oublie le repas de midi à la station de bus. Demi-tour... la poche est toujours là! Retour au terminal pour faire un tour des lieux et peser le sac que nous mettons en soute: 14.9kg, pour une limite à 15kg, parfait. Un coup de cellophane autour du sac et c'est parti.
Mince!!! Les billets! J'ai oublié de les imprimer. Au comptoir, la dame nous dit qu'il faut payer 40€ par billet non imprimé ... J'avais pris la précaution de mettre le pdf sur la carte mémoire de l'appareil photo. Nous allons au point information, où nous réussissons à faire imprimer nos billets pour 5€, après s'être embêté à sortir le cable USB bien planqué au fond du sac... cellophané.Passage à l'enreigstrement, cette fois c'est bon. La sécurité avec le deuxième sac, ça passe. Nous nous envolons pour Marrakech à l'heure!

Détroit de Gibraltar

Belle vue sur le détroit de Gibraltar avant de longer la côte atlantique puis se diriger vers l'Atlas, dont nous apercevons les hauts sommets avant d'attérir. La Ménara, aéroport de Marrakech, nous y voici. Nous retirons quelques dirhams et filons avec le bus en centre ville pour trouver un grand taxi. C'est le bordel: des taxis remplis de 7 personnes courrent les rues, des mobilettes zigzaguent, ça double à droite, roule à gauche. Nous longeons de très beaux hôtels... non, c'est pas là que nous allons. Une chose me plaît ici: les poubelles sur cette avenue ne sont pas de vulgaires conteneurs en plastique, mais de belles jarres en terre cuite posée sur un trépied en fer forgé.

18h. Nous descendons à la gare routière avec nos sacs sur le dos et cherchons un taxi. Un homme s'approche. 
 - Imlil, je t'emmène à Imlil? 
 - Hmm, j'y vais, mais pas aujourd'hui.
 - Tu vas où?
 - Aït Bougemez, après Azilal
 - Oh c'est loin ça, il faut aller voir les grands taxis.
Nous allons voir les bus, mais le prochain est demain matin et nous fait perdre une grosse demi-journée. Un homme nous interpelle. 
 - Vous allez à Azilal? 
 - Oui, à Aït Bougemez 
 - Azilal c'est 600 dirhams, Aït Bougemez 850 dirhams.
Difficile de négocier dans ces conditions, il n'y a pas d'autres clients pour cette destination, c'est loin, il est tard, et nous voulons y aller au plus vite. Allez, go.

Et nous voilà dans une vielle Mercedes qui affiche 900000 km, partis pour Aït Bougemez. A fond. Il est 19h, il fait nuit, le jour est tombé en 20 min, à notre grande stupéfaction. Notre chauffeur s'appelle Mustafa. Il ne parle pas très bien français, mais assez pour nous dire que la durite de gazole fuit, ce qui nous vaut quelques arrêts. La différence entre un grand et un taxi normal, ça doit être le moteur. Les grands peuvent dépasser les 100km/h et rouler assez longtemps pour atteindre le prochain magasin de pièces détachées.
Petit arrêt à Azilal, après 3h de route, pour trouver un cheich à Irina. Je pars dans la Médina avec Mustafa. Il trouve quelques cheich, les touche, continue sa route. 
 - Celui-là, c'est bon!
J'achète deux bouteilles d'eau, qui nous servirons de gourdes pour tout le reste du voyage, et nous repartons pour Aït Bougemez, avec notre cheich. Je tends un biscuit au chauffeur. 
 - Mustafa tu veux un gâteau ? 
 - Chokrane.
Il l'attrape sans dévier le regard de la route et continue, concentré.

La route devient sinueuse et mauvaise, mais nous ne voyons pas grand chose du paysage. A notre grande habitude, ce sera bivouac réveil-surprise. Peu avant Agouti, notre destination, Mustafa prend deux jeunes qui vont justement jusqu'à Agouti, où a lieu un mariage berbère! Un lapin se met à courir devant la voiture, Mustafa accélère pour le rattraper. La course poursuite dure une bonne minute, jusuq'à ce qu'on dépasse le lapin. Stop, les jeunes descendent chercher l'animal peut-être blessé... rien. Quelques minutes plus tard, nous sommes à Agouti. Il est presque minuit, tous les gens de ce petit village et ceux alentours sont rassemblés au gîte d'Agouti pour célébrer le mariage. Nous restons là un moment à profiter du spectacle. Un guide vient nous proposer ses services pour notre voyage, nous refusons gentiment. 

Bivouac? Pas bivouac? Mustafa, qui de toute façon dort ici avant de repartir demain pour Marrakech, nous propose de passer la nuit avec lui dans sa voiture. Vendu, nous enfilons nos doudounes et nous plions en deux sur la vieille mais confortable banquette arrière de la Mercedes, pour dormir quelques heures. Vers 1h, tout le monde rentre se coucher et Agouti retrouve son calme habituel. Quelle longue et folle journée...


Jour 1 : Agouti - Plateau du Tarkeddit
 

18.5km   +1720m   -490m   8h30

Il est 6h, le soleil monte rapidement. 240 km de chemin à travers l'Atlas nous séparent à présent d'Imlil, lieu prévu de notre arrivée dans 12 ou 13 jours. Nous nous levons, sortons les sacs du coffre et faisons nos adieux à Mustafa. Il nous dit comme il peut qu'il sera là à Imlil pour nous récupérer! Dernière embrassade et il reprend la route.

Mustapha

Finalement, 850 dirhams pour cette prestation, c'est pas très cher. Nous vidons les sacs pour répartir les affaires dans les deux sacs, jettons les dernières ordures qu'il nous reste dans la seule poubelle du village et prenons le chemin de la vallée heureuse, Aït Bougemez. Après quelques pas sur la route, nous entrons dans un magnifique petit canyon, on fond duquel file un petit cours d'eau.

Mustapha

Sorti du canyon, pause déjeuné. Plus loin, je manque de marcher sur une magnifique lézard vert. Nous continuons de remonter l'assif jusqu'à Arousse, où des enfants nous courent après.

Mustapha

La vallée se rétrécit, nous marchons sur un chemin à flanc du ruisseau. Le mélange de couleurs est impressionnant, le blé des champs, l'ocre des montagnes, parfois très rouge, le bleu pur du ciel.

Mustapha

Le chemin est agréable, mais il fait très chaud. Nous enfilons les gants polaires pour ne pas avoir les mains brûlées, idée que nous adopterons durant toute la traversée. Détour jusqu'au ruisseau pour mouiller le chapeau et la chemise. Nous croisons deux français qui redescendent du M'Goun, accompagnés d'un guide.
Le relief s'applatit, du moins dans la vallée. Passage aux azibs n'Arous, d'où on peut apercevoir en second plan le Djbel Tarkeddit, que nous allons gravir en montant à droite. Au loin, la chaîne du M'Goun, complètement déneigée à cette époque de l'année.

Mustapha

Bifurcation à droite aux azibs n'Ikiss. Pause rafraîchissante dans la montée avant de s'attaquer vraiment au Djbel Tarkeddit.

Mustapha

Dans un premier temps, on atteind un premier col à 3000m, suivi d'une montée de 400m, avec un superbe panorama sur la région d'Azilal au nord-ouest.

Mustapha

Nous arrivons assoifés à la crête avec beaucoup de sueur laissée en chemin, mais une vue magnifique sur le M'Goun, sa chaîne et le plateau du Tarkeddit pour nous récompenser. Il est 18h, le soleil couchant sublime ce paysage haut en couleurs. A droite, le tizi (col) n'Oumassin, à 3640m, à gauche, le Djbel M'Goun, culminant à 4067m.

Mustapha

Nous aprécions la grandeur de l'endroit quelques instants, avant d'attaquer la descente vers le plateau.

Mustapha

Il fait presque nuit noire, nous nous posons prêt d'un point d'eau sur le plateau, dans l'herbe verte, non loin du refuge. Dure première journée. Irina est HS et part se coucher une petit heure pendant que je fais chauffer la soupe et quelques pâtes. J'en ai eu ma dose aussi. Rattaquer avec le M'Goun demain risque d'être ambitieux. Nous verrons.


Jour 2 : Plateau du Tarkeddit / Massif du M'Goun

14.9km   +850m   -850m   6h

Réveil frais et humide. Il fait 6°C, l'intérieur de l'abri est humide. Müsli et lait en poudre avalés, nous nous mettons en route pour le M'Goun! Du moins, pour essayer d'aller le plus loin possible sans crâmer toutes nos forces.

Mustapha

Au moment de partir, un jeune arrive du refuge pour nous demander de payer pour le bivouac. Nous avons laisser l'emplacement intact, même pas une trace de feu, aucune raison de payer. Nous partons, suivant de loin les seules personnes que nous voyons monter vers la chaîne du M'Goun. Arrêt dans les fourrés pour cacher un peu de matériel et monter plus léger.

Mustapha

Zut, plus personne en vue. Aucun chemin croisé jusque là, si ce n'est des sentes de chèvres. Pour seul repère, une carte google maps très approximative et un point GPS, tout en haut sur la crête. Nous partons dans sa direction, jusqu'à arriver au pied d'une crête. Un peu au feeling, je choisis de partir à gauche, tout en scrutant la montagne pour une éventuelle trace.

Mustapha

Erreur de ma part, je ne remarque pas sur que le GPS nous positionne bien à l'est de mon point de route. Nous sommes au pied de la mauvaise crête. Deux solutions: soit nous repartons à l'ouest pour retrouver le chemin. Il faut redescendre un peu avant de remonter jusqu'à 4000m. Soit nous tentons de gravir la crête qui est devant nous, en espérant pouvoir rejoindre la crête principale. Vu nos forces, le plan B est la solution la plus facile. Et la plus fun. 
La crête est large. Nous montons d'abord dans la terre qui se transforme très vite en pierrier. Pas une trace de passage ici. Nous arrivons au bout d'une heure en haut, à 3670m. Magnifique vue sur le M'Goun et le cirque glaciaire qu'il domine.

Mustapha

Nous avançons un peu pour rejoindre la crête principale qui mêne jusqu'au sommet, mais une barrière de 20m coupe notre progression. Je fais quelques pas en arrière pour analyser les possiblités. Il faudrait la contourner par en-dessous, faire quelques mètres dans un raide pierrier, passer sous une deuxième barre avant de finir sur la crête qui rejoint le chemin.

Mustapha

Faisable sans risque véritable, mais nous sommes deux. La sagesse me force donc à renoncer, et faire de cet endroit notre sommet de la journée, à 3673m.

La descente, par l'itinéraire de montée, offre une très belle vue panoramique sur le plateau du Tarkeddit. D'un côté de la crête, la roche est noire, de l'autre côté grise.

Mustapha

Une fois en bas de la crête, nous filons droit vers les fourrés où nous avons laissé la nourriture. Nous traversons des champs de buissons épineux. Je ne sais pas comment font les chèvres pour bouffer ça, mais une chose est sûre, ces plantes ont définitivement marqué mes chaussures! Certaines épines ont traversé la partie latérale en mousse des semelles!

Nous revoilà sur la plateau, nous avançons sur le chemin de demain et trouvons de l'ombre (ouf!) sous un gros rocher à proximité de l'eau, parfait pour faire une longue pause séchage. 

Mustapha

Un groupe de corneilles s'envolent pendant que les moutons paissent paisiblement l'herbe verte du plateau. La lune s'élève, le soleil est sur la descendante.

Mustapha

Alors que nous finissons de laver nos affaires dans une bassine improvisée avec du polycree, deux jeunes berbères arrivent, l'un tout petit, 5-6 ans, l'autre un peu plus agé, 12-13 ans, en toge. Pas un seul mot. Le plus agé reste debout à 10m de nous, le pied sur un buisson, sourire en coin et nous regarde. Nous essorons les affaires. Il se rapproche une peu, au bout de 10min. Nous avions prévu de manger ici, changement de plan. Ce regard est pesant. Après 20 min sans rien dire, nous plions bagages. Il partent. Nous enfilons les sacs et reprenons la route, jusqu'au bout du plateau, passant à côté de la source de la Tessaoute.

Mustapha

Bivouac juste avant les gorges de Wandras. Soupe avant une nuit fraîche mais sêche. Alors que je finis de ranger les sacs à l'extérieur, une jument avec sont petit se met soudainement à détaler en hurlant dans notre direction. L'obscurité rend l'analyse de la situation difficile. Je cris d'une voie grave, ils ralentissent et passent au pas à 5m de la tente, pour atteindre le chemin qui monte vers la sortie du plateau. Petite montée d'adrénaline avant d'aller au lit, ça réchauffe! Plus tard dans la nuit nous entendons divers équidés profiter de l'intimité qu'offre l'obscurité...


Jour 3 : Plateau du Tarkeddit / Amezri

18.0km   +530m   -1080m   7h

Levé vers 6h.

Mustapha

Pendant que nous déjeunons, plusieurs petits groupes de nomades et muletiers passent à proximité et nous saluent. Eux descendent dans les gorges, nous prenons le chemin des chevaux hier soir, pour rejoindre l'extrémité ouest du plateau et redescendre dans la vallée de la Tessaoute.
Après une petite heure de montée, nous perdons le chemin de vue. Hésitation, nous prenons la mauvaise direction, la première idée était la bonne. Nous retrouvons ces bonnes vieilles traces blanches laissées sur les pierres par les fers des mules. Nous traversons un petit village de cabanes, visiblement sans cours d'eau à proximité, avant de continuer notre ascension sur un plateau où broutent des chameaux.

Endroits relativement aride à cette époque de l'année, il y a des traces de lacs complètement asséchés. Nous arrivons peu après au col qui embranche sur la descente vers la vallée. Vue superbe à plusieurs kilomètres. Au loin, nous apercevons même le Djbel n'Anghomar (3610m) qui surplombe le lac de Ounghmar, où nous seront dans 3 jours.

Mustapha

Pause saucisson-cacaouètes à l'ombre, avant d'attaquer une raide descente de près de 1000m. Une fois de plus, défilé de couleurs jusqu'à la vallée de la Tessaoute. 

Mustapha

On se demande parfois comment les mules peuvent passer sans encombre sur des passages aussi étroits et vertigineux. Irina n'est d'ailleurs pas très rassurée, nous progressons lentement mais sûrement. Un rapace passe au-dessus de nous.

Mustapha

Il fait très chaud, ces pierriers à 13h sont un véritable four. Nos pas foulent une terre parfois rouge et blanche.

Mustapha

Nous croisons une source qui jaillit du sol. Nous faisons le plein, pour une fois sans traiter l'eau, sans soucis ultérieurs. La sortie des gorges de Wandras est là!

Mustapha
Mustapha

Pause une fois arrivés à la Tessaoute, pour manger une soupe d'asperge, un peu de semoule et se baigner rapidement. Nous continuons en longeant la Tessaoute sur un petit sentier. Les parois se referment, nous obligeant à marcher tantôt rive gauche, tantôt rive droite. 50m plus loin, le torrent prend un virage qui semble ne laisser aucune place sur les côtés, avec un léger doute sur ce qu'il y a derrière (cascade?). Je fais l'erreur de ne pas aller voir si ça passe, et nous nous engageons sur un chemin raide qui remonte à droite, limite escalade. Nous nous retrouvons de l'autre côté, une trentaine de mètres au dessus du torrent, sur un chemin douteux. Nous continuons un peu, puis je prends les deux sacs et nous rejoignons le torrent par une cheminée en pente assez douce. Une détour à la con qui nous aura coûté une bonne demi-heure, alors que ça passait en suivant le torrent et en mouillant les pieds.

Il est 18h, nous retrouvons le chemin avant d'arriver sur la piste. Là, un groupe de français s'installe avec leur muletiers. Ils ont remonté toute la vallée de la Tessaoute et rejoingnent le plateau demain. Nous traversons le dernier village avant la piste, plusieurs filles nous saluent en remontant des champs, le dos chargé de blé et d'orge. La suite se passe sur la piste, au-dessus des champs intelligement irrigués par tout un système de canaux, alimentés par l'eau de la Tessaoute en amont.

Mustapha

Traversée de Amezri, où des dizaines d'enfants se ruent sur nous. Un dirham! Un stylo! Un bonbon! Même si j'avais eu des stylos sur moi, le gouvernement dissuade les touristes de donner aux enfants pour ne pas inciter à la mandicité.

Il fait nuit, il fait bon, nous avançons encore avec la lune sur la piste. Nous dormons en amont de la piste, sur une ancienne terrasse de culture. La terre accumulée là-dessus est tellement fine qu'elle nous donne du mal à planter la tente correctement. Après une demi-heure de galère à la lumière de la lune, nous nous couchons vers 21h par une température très clémente.


Jour 4 : Amezri / Tagoukht

29.5km   +720m   -810m   9h30

Départ à 6h15 ce matin, après deux gaufrettes en guise de petit déjeuner! Petite photo de notre endroit de bivouac, et nous repartons sur la piste dans la vallée.

Mustapha

Le soleil se lève doucement, il fait encore bon de marcher à l'ombre, et malgré l'heure matinale, le soleil chauffe fort!

Mustapha

Nous croisons un muletier qui fait chauffer le thé avec son petit fils sur le bord de la piste. Il nous propose de rester, nous refusons gentiment pour ne pas perdre de temps et profiter de la frâicheur. Nous avançons bien. Les petits villages se succèdent au bord de la Tessaoute qui devient de plus en plus large.

Mustapha

A la sortie d'un des villages, une jeune fille sur sa mule avec sa petite soeur nous indique durant quelques minutes le chemin à suivre, car à ce moment là la piste se confond à moitié avec la rivière, avec beaucoup de gués. Nous finissons par les perdre de vue, bloqués par un gué qui nous fait remonter quelques mètres en arrière. Nous nous arrêtons pour manger notre müsli et reprenons la route. Nous croisons une caravane d'au moins 6 mules accompagnées de leurs muletiers, chargées de gros sacs. La raison se trouve plus loin: un groupe d'une dizaine de filles devancées par un guide foulent notre chemin en sens inverse. Le piste passe durant plusieurs kilomètres dans la rivière, ralentissant notre progression.

Mustapha

Dur d'avancer par cette chaleur. Nous posons un pas devant l'autre, sans dire un mot, durant plusieurs kilomètres dans cette vallée interminable. Enfin la piste s'élève sur le bord.

Mustapha

Avant d'arriver à Aït Ali n'Itno, nous croisons une source qui coule de la roche, nous faisons le plein d'eau non chlorée!
C'est ici que nous étions sensés dormir hier soir, avec le trajet initialement prévu. C'était un peu utopique vu notre vitesse de progression et la distance à parcourir, et même pour un bon marcher. C'est faisable, mais les possibilités de bivouac ne sont pas énormes. Nous continuons sur la piste jusqu'à Megdaz, où nous arrivons vers 14h. Très joli village aux maisons de pisé qui se fondent dans l'ocre de la montagne.

Mustapha
Mustapha

Nous nous élevons sur le sentier en direction du col (traverser la rivière pour y accéder). Des oiseaux multicolores volent d'une manière spéctaculaire en tourbillonant dans le vent. Plus loin, le chemin des mules semble prendre une direction bien différente de là où nous allons. Nous faisons demi-tour pour prendre un autre chemin, qui lui file droit vers le tizi n'Megdaz. Nous prenons de l'altitude dans un paysage surréaliste.

Mustapha
Mustapha

Il s'avère un peu plus loin, que le chemin muletiers (à droite) fait un détour pour contourner un grand vallon et éviter une sente à flanc de montagne, comme les adooooore Irina! Après quelques minutes de galère, nous parvenons au col.

Mustapha

Nos pieds ont chauffé sur les 27km déjà parcourus aujourd'hui. Nous descendons dans la vallée pour trouver de l'eau. Nous croisons un jeune garçon chargé de bouteilles remplies d'eau, qui remonte d'un sentier en contrebas. Nous lui demandons où trouver de l'eau, il nous indique le fond de la vallée. Allez, encore quelques d'efforts pour atteindre le ruisseau. Nous traversons un petit village, où s'arrête le garçon, et nous continuons à travers les champs de blé, jusqu'au fond de la vallée, 30min avant Tagoukht. Là, nous trouvons de l'eau et posons la tente. Il fait déjà nuit. Un homme passe nous voir, nous proposant de dormir chez lui, mais l'abri est presque en place et nous n'avons pas envie de remonter au village. Nous mangeons un bout de fromage et nous glissons dans le sac de couchage.


Jour 5 : Tagoukht / Tamzerit

18.4km   +850m   -850m   8h

Les nuits sont vraiment sèches au Maroc. Depuis le début, nous n'avons eu qu'une seule nuit humide, sur le plateau de Tarkeddit. Nous plions les affaires et prenons le chemin de Tagoukht à 7h. Arrivés au col de Tagoukht, nous faisons une pause pour panser nos pieds meurtris.

Mustapha

En face, on distingue le chemin qui monte vers le col droit devant, là où nous allons, plein ouest!

Mustapha

Nous croisons un groupe de français accompagnés d'un guide, qui confirme la direction à prendre. Pause bananes séchées et noisettes sous les chênes verts et les cyprés.

Mustapha

Traversée jusqu'au col de Taouadja au milieu de vallons aux multiples couleurs, avec au loin, à l'ouest, toujours ce sommet surplombant le lac.

Mustapha

Un berger nous salue. Peu avant le col, nous traversons au milieu d'un troupeau de chèvres et de moutons.

Mustapha

Nous nous dirigeons vers le seul point d'eau du coin, quand un chien vient s'approcher à moins de 10m de nous, toutes babines retroussées. Un dur à cuir, nous ne faisons pas trop les malins et reculons doucement, toujours face à lui, en s'écartant des bêtes. Il s'éloigne en continuant d'aboyer. Ouf! Nous nous arrêtons pour le repas de midi et faire le plein des bouteilles.

Nous reprenons la marche et arrivons au col après avoir échangé quelques mots avec le berger du troupeau. Le lac est loin n'est pas idéal pour bivouaquer nous dit-il. Nous y allons quand même. Descente sur un chemin désertique mais haut en couleurs.

Mustapha

Nous arrivons au col de Fadghate, traversons la route qui rejoint Tamzrit puis Ouarzazate, et reprenons le chemin du lac.

Mustapha

Une grosse flèche dessinée avec des cailloux nous indique la droite lors d'une bifurcation. C'est la première indication que nous voyons depuis le départ! Le vent souffle fort, un bon 70 km/h.

Mustapha

Nous continuons l'ascension plein ouest, sans croiser personne. Je cherche les traces de mules, rien. Les chèvres ont dessiné un semblant de sentier, mais elles ont d'autres facultés que nous. Nous remontons un oued à sec, sans vraiment s'écarter de notre cap, mais hors sentier. Irina est fatiguée, la journée a été longue. Je prends les deux sacs et nous montons comme des sangliers pour chercher le chemin depuis une crête.

Effectivement, il est de l'autre côté. On redescend, moi avec mon petit sac derrière et le gros sac d'Irina devant. Difficile de voir où je mets les pieds mais on avance quand même plus vite comme ça. Au loin, j'aperçois des hommes qui descendent du col menant au lac. L'un deux, avec une chemise bleue, est arrêté et nous observe. Le berbère vient à notre rencontre. Le lac (tamda) est loin, nous dit-il, encore 2-3h de marche. Il nous propose de dormir et manger chez lui, à Tamzrit, 300m de dénivelé plus bas. Ca veut dire, remonter demain matin... Je regarde Irina, épuisée, et accèpte l'invitation. Nous pourrions aussi bivouquer ici, il y a de l'eau, mais difficile de refuser un tel geste.

Nous voici 30min plus tard chez Khaled. Pendant que nous lavons nos pieds dehors, sa femme prépare un café à la cannelle très sucré et plat d'agneau en sauce façon couscous. Nous installons dans le séjour: tapis au sol, avec une télévison dans le coin pour unique mobilier.

Mustapha

On mange un peu de pain trempé dans l'huile d'olive, en attendant. Délicieux!! Son fils Jaouad et son frère M'Hamed arrivent pour boire le thé à la menthe. Les petits enfants s'amuse à aller et venir. La télé en arabe est allumée. Nous sortons notre lexiques de mots et échangeons quelques mots. La viande arrive! Une assiette pas énorme, mais nous avons petit appétit. Quel bonheur! Nous n'arrivons même pas à finir. Arrivent encore des figues... Entre temps, Irina a dessiné la scène. Nous leur montrons, et prenons leur adresse pour leur envoyer le dessin avec les photos que nous prendrons demain au soleil. Ils se lèvent, prennent quelques couvertures et coussins, et s'installent dehors pour dormir, nous laissant la place à l'intérieur. Le vent souffle fort dehors, nous nous endormons sereins avec le ventre bien plein. Ô bons et généreux berbères...


Jour 6 : Tamzerit / Tighza

21.7km   +840m   -950m   7h30

Réveil avec le soleil. Petit déjeuné avec omelette, pain et thé à la menthe. Avant de partir, nous mangeons encore quelques figues et prenons une photo avec eux.

Mustapha

M'Hamed nous glisse un pain dans le sac pour le midi. Nous leur laissons des herbes de provences emportées pour l'occasion et un sachet de M&M's pour les enfants. Sur le seuil de la porte, Khaled nous demande de leurs laisser un peu d'argent. Je n'ai que des grosses coupures, je lui donne 10€. Pas énorme pour nous, mais inespéré pour eux. Un dernier adieu et nous voilà à nouveau sur le chemin du lac.

Mustapha

Plein d'eau pour les 2h30 de marche qui nous séparent du lac.

Mustapha

Je n'ai pas très bonne mine, mon ventre requiert une pause. Je pars en contrebas du chemin, alors qu'un couple arrive et commence à parler avec Irina. La dame revient du verger 5min plus tard avec des raisons, des figues et des noix qu'elle nous donne, puis repart. Tout simplement. Nous emportons tout ces fruits à contrario: c'est lourd et mauvais pour notre estomac de touriste! Nous n'en mangeons que très peu, arrosés d'eau chlorée.

Je retouve la forme et nous et arrivons vite au premier col, à 2600m, qui offre une belle vue sur le désert au sud, et Ourzazate, quelque part dans la brume.

Mustapha

Peu de temps après, nous atteignons le tizi n'Timililt à 2850m, juste sous le Djbel n'Anghomar.

Mustapha

En mangenant un bout, je constate les dommages infligés à ma chaussette ce matin en l'enfilant dans la hâte: pas de dégât critique, la suture n'est pas urgente.

Mustapha

Arrivée au lac après une descente raide et la traversée de la moraine qui même au tamda.

Mustapha

Il est 11h30, c'est une fournaise. Nous avons mis 2h depuis l'endroit où nous avons rencontré Khaled hier soir. Il est temps d'une baignade et d'une petite lessive.

Mustapha

Le vent en sortant n'est pas des plus agréable. Après avoir grignoté un bout, départ pour le chemin en descente vers la vallée.

Mustapha

Nous évoluons dans un espèce de canyon, assez large, avec comme toujours une végétation assez dispersée. Le chemin serpente au milieu des rochers, parfois bien encaissé.

Mustapha

Je joue des bâtons sur les côtés, je trotine parfois, j'ai envie de courir sur cette piste de bob! Nous rejoingnons ensuite une partie moins pentue et arrivons peu après auprès de l'adrar Aglagal (à gauche sur la photo). J'avais prévu ici de remonter la vallée (au milieu sur la photo) pour contourner Tighza par le nord et rejoindre Tasga puis le tizi n'Telouat, mais c'est du hors-sentier.

Mustapha

Nous optons raisonnablement (trop?) pour le chemin classique. Les couleurs et les reliefs aspirent complètement notre regard, lorsque un chien arrive nous accueillir de manière plutôt agressive, nous passons lentement. Nous continuons vers les gorges de l'Ounila.

Mustapha

Nous sommes seuls dans ce décor que le soleil tombant rend d'autant plus beau. Les lauriers poussent à foison ici, entre l'eau et la roche rouge.

Mustapha

La suite est dure. Irina a mal au orteils, mon tendon d'Achile est douloureux. Nous parvenons enfin au village de Tighza.

Mustapha

Où dormir? J'aurai aimer être au pied du tizi n'Telouat ce soir. Peut-être avons nous une chance de trouver une voiture pour y aller? Il est tard, nous posons la question à des villageois qui émettent un gros doute sur ce plan. Tanpis, nous prendrons du retard sur la traversée, mais compte tenu de notre fatigue, nous partons trouver le gîte de Tighza, en espérant trouver partir en bus tôt demain matin jusqu'à Télouat, prochaine étape dont nous sommes séparés par 6km de piste et 10km de goudron.

Nous arrivons au gîte. Par chance la gérante, anglaise mariée à un marocain, est là. Nous sommes seuls. Pendant qu'elle nous prépare un tajine de poulet, des amis à elle, guides de montagne, passe nous voir, et nous discutons de la suite du trajet, qui est de toute façon pour nous déjà bien fixé. Conversation très intéressante, mais le repas tarde à arriver. Nous sommes de plus en plus fatigués et avons de moins en moins faim.

Après 2h d'attente, vers 21h, le tajine arrive. Nous peinons à tout finir. Quelques fruits pour dessert et nous partons nous coucher sur un matelas bien épais avec des draps qui sentent bon, mais avec le ventre très lourd. Une nuit horrible. Aucun de nous n'a digéré le tajine, retour express à l'envoyeur.


Jour 7: Tighza / Aït Hammou Ali

16.8km   +330m   -320m   3h

Réveil difficile. Nous avions demandé à prendre le petit déjeuné vers 6h, vu notre état, ça sera plutôt vers 9h. Irina est encore vaseuse. Mon ventre va un peu mieux, mais je n'ai aucune force. Je remplis un peu le stock de PQ car je vais en avoir énormément besoin pour la suite du voyage... Nous déjeunons difficilement, prenons une douche chaude et quittons les lieux à 10h.

Mustapha

Il doit nous rester environ 15€ pour finir la traversée. Aucune énergie, mal au ventre. A peine sortis du gîte, Irina arrose à nouveau le bas-côté. Il nous faut rallier le prochain village par la piste, avant de pouvoir prendre un bus pour Télouat. 5km à pied, dans cet état, avec la chaleur qu'il fait, c'est l'horreur.

Mustapha

Nous marchons au pas, s'arrêtant fréquement. Halte dans un magasin pour acheter et engloutir une bouteille de coca. Ca fait du bien. Nous croisons un français, agé et seul, qui vient passer quelques jours ici, à Tighza. Il gare sa voiture sur le côté pour planter sa tente à côté. Il nous propose de rester un peu, mais avec notre vitesse, mieux vaut partir à point. Un point positif, le paysage est beau.

Mustapha

Les deux voitures qui descendent de Tighza sont blindées. Espoirs envolés. Mais enfin, nous atteignons Anmiter, après 3h de bataille (5km... je le rappelle). Nous prenons même un taxi, pour 20 dirhams, et parcourons les 10km de goudron qui nous séparent de notre prochain point de chûte. Le tizi n'Télouat en vue. Je demande au taxi de nous arrêter là, quelques kilomètres avant Télouat, en plein milieu du plateau, à côté d'un relais éléctrique. 

Mustapha

Je m'éclipse pour une pause pas très agréable. Nous faisons quelques mètres et nous posons sous des amandiers pour une longue pause de 3h. Il nous faut trouver un point d'eau pour bivouaquer ce soir. Nous repartons en direction du village suivant, Aït Hammou Ali, sur la route de demain. Nous croisons un homme, le coin est sec, il nous faut continuer. Là-bas, bezef aman (beaucoup d'eau)! Passé un petit col, nous apercevons au loin une tente. Espoir. Mais nous n'avons rien pu manger depuis hier, Irina est à bout de force. Nous parcouru difficilement le kilomètre qui nous sépare de la tente. Irina s'assoit d'épuisement. A gauche, des jeunes jouent au foot. Nous sommes au milieu des champs, à l'est du village, au bord d'un chantier d'aménagement d'une source. Il y a de l'eau! La tente, c'est celle des ouvriers qui s'occupent des travaux. Je vais les voir, et leur demande si nous pouvons boire l'eau et planter notre tente à côté. Ils sortent de leur tente, me réponde qu'il faut prendre l'eau à la source, puis commencent à scruter les environs. L'un deux revient du champ à côté en me le montrant du doigt. Nous sommes sur un grand plateau, entre deux cols, et le vent (assoumed) souffle fort! L'ouvrier a trouvé un bel emplacement derrière une haie, bien à l'abri du vent. Nous les remercions grandement et préparons notre bivouac. 

Mustapha

Nous mangeons un peu de pain style craquettes au sésame. Irina prépare le lit, je vais chercher de l'eau à la source. Là, toutes les femmes du village font la queue pour remplir leurs bidons d'eau. J'arrive avec ma bouteille de 1.5L, une d'elle me propose gentiment de remplir ma bouteille. Je repars, le coeur chaud, tout enchanté par l'amabilité de ces gens. Un peu plus tard, nous venons de nous coucher, et alors que la lumière baisse, j'entends des pas, puis un "Monsieur, monsieur!". J'ouvre la tente, et regarde. Un des ouvriers vient m'apporter une bougie. Je lui dis que nous dormons déjà. Nous nous endormons, bien affaiblis. Aurait-on pu trouver un meilleur lieu de bivouac?


Jour 8 : Aït Hammou Ali / Tayat

12.5km   +710m   -710m   5h

C'est dur. Encore du sortir de la tente cette nuit, malgré les médicaments. Nous déjeunons quelques gaufrettes. Je vais faire le plein d'eau avant de partir. En partant, nous laissons aux ouvriers les fruits donnés par la dame deux jours auparavant, en les remerciant généreusement. Nous traversons le village d'Aït Hammou Ali, on nous indique la route du col. Le jaune de l'herbe sèche laisse place au rouge de l'ocre. Le tizi n'Telouat apparaît sous les lignes éléctriques.

Mustapha

C'est proche, mais tellement loin à notre allure. Nous faisons de multiples pauses, recommençant à manger un peu de maïs grillé et des M&M's.

Mustapha

Hormis un troupeau de chèvres, nous sommes seuls sur le chemin. Nous croisons soudain trois jeunes femmes, qui descendent, totalement pliées en deux, avec tas de branches d'un bon mètre cube sur le dos. Cela ne nous redonne pas d'énergie, mais de la force au moral, car il faut avancer.

Mustapha

Nous arrivons enfin au col à 2530m, après 4h et 700m de montée. Nos corps exténués s'affalent dans les cailloux. Nous nous réveillons après 20min de sieste, nous demandant depuis combien de temps nous dormons là, pour reprendre la route. Je voulais arriver à Afra par le tizi n'Izikhs, mais ce col est plus haut que le tizi n'Parbié (au fond sur la photo), vers lequel nous nous dirigeons finalement.

Mustapha

Nous descendons en direction de Titoula en foulant un terrain pauvre en végétation.

Mustapha

Arrivée à un ruisseau, nous prenons le temps de faire notre toilette et manger une soupe de tomates avec quelques pâtes. Ca fait du bien...

A l'entrée de Titoula, nous croisons un jeune garçon qui nous guide jusqu'au chemin de Tayat, dernier village avec le tizi n'Parbié. Nous traversons le dédale de ce petit village, là où le chemin muletier se transforme tantôt en poubelle, tantôt en tout-à-l'égoût. Pas glop. Nous continuons notre route seuls jusqu'à Tayat. Nous faisons quelques pas sur le chemin à flanc de vallée avec un étudiant en droit à Marrakech, Ismaël. Le soleil tombe peu à peu.

Mustapha

Nous prenons la direction d'un détour, mais un cri nous rappelle. Un vieil homme tout de blanc vétu descend jusqu'à nous et nous montre le chemin direct. Il nous dit que le col est assez loin, qu'il vaut mieux dormir avant. Plus loin il y a de l'eau, mais là-haut, plus rien à boire. Nous l'écoutons sagement et montons la tente sous des noyers plantés en terrasse. La lune est pleine ce soir et illumine d'une lueur douce Titoula, Tayat et le tizi n'Télouat, au loin.

Mustapha

Un peu de fromage, et dodo. Le ventre va un peu mieux, par contre, le transit n'est toujours pas rétabli. Demain, nous espérons retrouver un peu de forces pour rattraper notre retard.

Jour 9 : Tayat / Azgour

25.4km   +620m   -1130m   8h

Départ à 6h15 après avalé un peu de chocolat. Nous démarrons au frais, mais le soleil nous rattrape assez vite.

Mustapha

Le col est assez vite atteint, et offre une belle vue sur la suite de la journée. Au loin, nous apercevons l'adrar Meltsene, haut de ses 3595m, qui domine du plateau du Yagour, où nous aimerions dormir ce soir.

Mustapha

Nous devons maintenant descendre dans la vallée pour remonter de l'autre côté. Descente pas très agréable: 6km de piste, le ventre en mode machine à laver. Nous coupons à quelques reprises les virages.

Mustapha

Nous arrivons à la route, la N9, qu'il nous faut remonter sur 2km pour rejoindre le chemin d'Afra. Entre temps, nous nous arrêtons à Taddert pour boire un jus d'orange pressé et descendre 1L de coca. Pas très fair play, mais vu notre état, c'est un bon remontant!

A nouveau on retrouve la piste qui mène à Afra. Plein d'eau à la source qui déverse toute son eau sur le chemin. Il fait chaud, très chaud. Mes pieds avancent tous seuls. Nous n'avons pas beaucoup mangés ces derniers jours, ce qui veut dire moins d'énergie, et toujours autant de poids à porter! La montée effectuée, nous trouvons repos sour l'ombre des chênes verts.

Mustapha

Je dois m'éclipser, Irina s'endort au bord de la piste. Elle se fait réveiller quelques minutes plus tard par trois jeunes de passage, et moi ... presque surprendre ... Nous reprenons la piste, traversons Afra en demandant confirmation du chemin, puis Tidsi, où la piste s'arrête.

Mustapha

Pas terrible pour notre vitesse de progression, mais plus agréable pour marcher. Un groupe de jeunes filles en train de laver leurs vêtements nous indique le chemin. Pause technique. Nous perdons de vue le chemin principal, qui en fait suit la rivière, et empruntons un chemin qui nous faire prendre un peu de hauteur avant de rejoindre le chemin principal. La suite se passe en amont de la rivière, à flanc de vallon. Cette longue vallée accueille beaucoup de petits villages qui profite de l'oued vraisemblablement jamais à sec. Assats fait partie de ces petits villages, perché sur un piton rocheux, à l'abri des crues. Il nous suffit de dire où nous allons pour qu'un vieil homme, plus en forme que nous malgré ses 80 années passés, nous prenne par la main et nous fasse traverser le village. Il nous épargne une course poursuite certaine avec des dixaines d'enfants. Sorti du village, un homme nous devance avec sa mule tandis que nous croisons une femme qui revient des champs en contre-bas, avec sa vache.

Mustapha

La vallée se ressere, le soleil commence à tomber, le paysage devient encore plus prenant. Irina commence à fatiguer, je ne suis pas au top non plus: nous ne dormirons pas sur le plateau du Yagour ce soir. Nous sommes maintenant perchés à une centaine de mètres au-dessus du torrent.

Mustapha

Nous croisons un source et reprenons un peu d'eau. Pas possible de poser un bivouac pour le moment. Les derniers kilomètres sont difficiles, nous avons envie d'arriver, nous avons faim! Nous croisons pas mal de gens qui reviennent à Assats. Enfin, au détour d'un virage, nous apercevons Azgour, que nous devons traverser.

Mustapha

Mais demain. Nous descendons maintenant jusqu'à la rivière, où nous poserons notre abri pour la nuit. 18h. Nous mangeons. Nous nous gavons. Soupe, semoule, saucisson, fromage. Autant d'énergie qui nous servira demain pour gravir les 1000m qui nous séparent du plateau du Yagour. Nous nous couchons dans une atmosphère humide au point le plus bas de notre traversée, à 1300m.

Jour 10 : Azgour / Yagour

17.7km   +1260m   -370m   6h

Depuis le début, nous avons rencontré des températures nocturnes très clémentes, entre 6° et 15°. Tant mieux d'un côté, mais avec de quoi dormir confortablement jusqu'à -5°, il faut jouer des fermetures éclair pour ne pas mourir de chaud la nuit. On s'en sort quand même. Par des températures aussi bonnes, on aprécie finalement un peu d'humidité dans un pays si sec.

Nous démarrons sur le tard vers 7h30 après avoir mangé nos dernières gaufrettes et fini le chocolat. Nous traversons le Zat, bien bas à cette saison, pour rejoindre le village d'Azgour. Le chemin n'est pas évident à trouver. Nous arrivons en haut du village, une dame sort de sa maison pour nous indiquer vaguement la direction que prend le sentier.

Nous montons, c'est plein de cailloux et de petits cyprès bien fournis. Ca devient raide, toujours pas de chemin. Je pars seul faire le sanglier, monter droit dans la pente pour trouver ce fichu sentier. J'aperçois des pierres rassemblées en quelque chose qui à l'air d'un mur de soutènement. C'est bon, c'est le sentier. Je fais quelque pas en arrière pour appeler Irina, un peu en contrebas. Une bonne demi-heure de perdue...

C'est reparti pour finalement s'arrêter quelques minutes après, pause technique au détour d'un virage. A peine fini, une personne arrive, puis deux, puis trois. Irina entame la discussion que je remonte de ma cachette. Un groupe de 20 français avec leurs guides marocains! Ils n'osent pas croire que dans nos sacs à dos nous avons casé 12 jours de nourriture et de quoi dormir à la fraîche ^^

Nous poursuivons notre route vers le Yagour, destination commune avec le groupe. Nous passons devant et nous retrouvons plus loin dans un oued à sec où le sentier n'est plus franchement visible. L'oued étant à l'ombre, et partant de toute façon dans la bonne direction cardinale, nous nous y engageons. Rapidement, on se rend compte que ce n'est pas le chemin des mules! Au printemps, ce passage doit être un torrent. Mais c'est intéressant de voir comment l'eau taille les cailloux et amasse le sable pour se frayer un passage. Les parois se resserent, le cours d'eau bifurque. Nous nous écartons un peu du cap pour essayer de rattraper une crête. Quelques minutes de sueur plus tard, nous y sommes: le vrai le chemin - la piste en fait - se situe en-dessous. Nous apercevons les français y passer d'ailleurs. Belle vue sur la suite du périple, le plateau du Yagour.

Mustapha

Pause saucisson pour reprendre des forces.

Mustapha

Nous descendons rejoindre la piste. Je marche devant quant un rongeur remonte l'aval de la piste pour venir courir à mes côtés. Assomé par la chaleur, je regarde ce petit animal venir puis repartir sans grosse réaction. Mais je suis loin de me douter que sa vie est en danger. Un serpent, gris anthracite, d'un diamètre d'au moins 5cm et d'un bon mètre de longeur surgit du même endroit à sa poursuite. Il file vers moi! J'ai tout juste le temps de bondir en plantant mes bâtons devant moi et en criant "Wooaaaaa! Casse-toi!", il est déjà parti.

Nous reprenons notre route vers Ouarzazt, où nous retrouvons le groupe des 20 français. "Ah revoilà les pyrénéens!". Nous n'avons plus beaucoup d'eau. Quelques mots échangés et nous continuons, chercher de l'eau.

Mustapha

Après une heure de marche sur le plateau, nous arrivons fatigués à Adarza, petit groupe de maisons rassemblées autour d'un cours d'eau descendant droit des pentes de l'Adrar Maltesène.

Mustapha

Nous nous arrêtons refroidir nos pieds, faire le plein d'eau et manger quelques noisettes pour reprendre des forces. Devant nous, des tentes sont dressées et un repas semble se préparer. Quelques minutes plus tard, le groupe de français arrivent.

Mustapha

Nous discutons encore un peu, ils nous invitent à boire un excellent thé à la menthe, puis à manger quelques légumes avec du riz et du hareng mariné. Hoooo... des légumes!! Comme ça fait du bien! Et du riz, comment trouver mieux pour mon transit toujours pas rétabli... Durant une sympatique discussion, nous apprenons que ce sont tous des bretons! Ils sont vraiment partout! Il est temps de repartir, nous avons encore un peu de route et une pause s'impose bientôt pour moi.

Mustapha

Nous nous engageons sur le chemin qui surplombe les champs en courbe de niveau. Une large palette de couleurs s'offre à nos yeux.

Mustapha

Nous ratons de peu la naissance d'un agneau! Il gît dans l'herbe, sous sa mère, encore tout sanglant! La marche est agréable sur le plateau, tantôt en montée, tantôt en descente, avec pour cap le soleil, en train de se coucher à l'ouest.

Mustapha

J'ai du mal à suivre Irina, elle s'est bien rétablie, je vais mieux mais mon ventre sape toutes mes forces. Nous arrivons enfin au bout du plateau où coule l'eau, au bord de laquelle trois camps dont un pour les bretons sont installés.

Mustapha

Nous plantons la tente sur les hauteurs, au calme et en plein vent pour sêcher la tente de notre dernière nuit humide.

Mustapha
Mustapha

Les bretons nous invitent encore à boire un thé, nous les rejoignons après une rapide toilette. Nous remercions le guide, Lahcen, et quelques randonneurs du groupe avant d'aller avaler un peu de fromage et se glisser sous la toile.

Jour 11 : Yagour / Timichchi

26.0km   +800m   -1050m   7h30

Nous nous levons tôt, le soleil commence à se lever. Un bol de müsli avalé dans un environnement enchanteur, qui nous fait mieux oublier le goût du lait en poudre. Les moutons et les chèvres ont été rassemblés tous au même endroits, dans des enclots, c'est pour ça qu'ils ont été si bruyants!

Mustapha

Nous plions la tente, saluons d'un lointain sourire les bretons en train de se lever, et partons, direction Setti-Fatma.

Mustapha

Des muletiers nous précèdent. En montée, les mules ont à peu près notre allure, mais en descente, nous sommes plus rapides. L'un deux nous explique qu'il existe deux chemins pour Setti-Fatma: un qui suit le cours d'eau jusqu'à Anammer, mais requiert de remonter beaucoup sur la route; et un autre, qui file au sud à flanc de vallon avant de redescendre derrière une crête, celui que nous avions prévu. Nous poursuivons notre programme sur un chemin versant nord essentiellement composé d'ocre et de petits cailloux.

Mustapha

Un couple d'allemand avec leur guide, croisés hier soir sur le plateau, s'arrête mettre de la crème solaire. Même si nous avons une allure d'explorateur, c'est une corvée que nous avons évité depuis le début! Les deux mules et les quatres muletiers que nous avons croisés sont donc tout à leur service! Nous arrivons à la crête.

Mustapha

Magnifique vue panoramique sur l'est du Parc National du Toubkal et la vallée de l'Ourika.

Mustapha

Après quelques pas effectués sur la crête, nous plongeons au sud vers le petit village de Tourcht que nous contournons. Le chemin se poursuit en lacet jusqu'à la route.

La route est celle qui mène à Setti-Fatma: beaucoup de taxi et de belles voitures passent par là, c'est un coin très prisé des touristes et marocains aisés. Avant de s'attaquer péniblement à la route, nous mangeons un peu et buvons un coca acheté en bord de route. Le goudron, la chaleur, pas envie d'avancer... et pourtant il faut parcourir ces 2km qui nous séparent de la suite du chemin.

Enfin nous y sommes: Setti-Fatma. Ce sont d'abord des chambres d'hôtes que nous trouvons en bord de route, puis des restaurants et hôtels, de plus en plus beaux. Puis des magasins à touristes. Ici les marchands nous disent "Hello" ou "Hallo". C'est vraiment pas pour nous ici... Nous continuons, quelques centaines de mètres plus loin sur la piste, plus personne. Normal, pas accessible aux voitures, il faudrait marcher ^^

Arrive bientôt un embranchement: l'oued Ourika coule au fond de sa vallée tandis que la piste s'élève rive gauche jusqu'à plusieurs centaines de mètres au-dessus du torrent. Remonter le cours d'eau, sans vrai chemin avec une progression dans les cailloux n'enchante pas Irina, mais cette chaleurs ne me donne pas envie de manger de la piste... Il y a quand même une bonne distance à parcourir jusqu'à Timichchi. Par sagesse encore, nous poursuivons sur la piste.

Mustapha

Elle est dure cette raide première montée avec cette chaleur, mais pour avantage d'offrir un très beau point de vue sur la vallée et l'adrar Meltsène au loin.

Mustapha

De la piste, de la piste, c'est long et ennuyeux. Nous apercevons au détour d'un virage le chemin sur la rive droite qui mène au tizi n'Imchichki qui mène au lac d'Ifni, au pied de la face sud du Toubkal.

Mustapha

Nous continuons au plus direct vers Imlil, par le tizi n'Tacheddirt, car le temps nous manque. Avec un jour de plus, nous aurions envisagé l'ascension du Toubkal, par le tizi n'Taghart, mais il faudra remettre ça au prochain voyage...   

Nous rejoingnons le niveau de l'eau et cherchons desespérement un endroit où prendre un bon bain. Mais ici les villages sont peu espacés et le lit de l'oued, peu profond, est principalement constitué de sable. Nous continuons, mon espoir diminue avec le soleil qui tombe. Nous arrivons à Timichchi, à 1900m, dernier village que nous traversons avant de laisser la piste serpenter au bord de l'eau jusqu'à Oukaïmedene et monter vers le tizi n'Tacheddirt.

C'est très encaissé ici, tout est à l'ombre. Nous cherchons un endroit pour bivouaquer. Un homme avec qui nous discutons nous propose l'herbe de son gîte pour 3€, et pour 5€ une chambre. Nous acceptons. Il s'agit de monsieur Ibrahim, très connu dans le coin. Nous installons dans la cuisine et sortons le réchaud à alcool, histoire de ne pas l'avoir porté pour rien.

Mustapha

Il a souffert mais marche encore très bien. Gavage ce soir: semoule, saucisson, soupe de patates et parmesan. Autant de forces dont nous aurons besoin demain pour gravir les 1300m qui nous séparent du col. Petite toilette avant d'aller se coucher.


Jour 12 : Timichchi / Imlil

23.6km   +1460   -1630m  9h30

Dernier jour? Peut-être, si nos jambes arrivent à nous porter jusqu'à Imlil avant ce soir. Nous terminons le müsli et enfilons la veste, il fait frais ce matin. 8h. Avant de partir, Monsieur Ibrahim nous donne trois pommes. Un peu de frais pour nous remotiver plus tard! Il nous montre le chemin vers le col, nous explique comment ne pas nous fourvoir. Encore une preuve de la bonté des gens ici. Nous trouvons facilement le chemin et nous élevons au-dessus de Timichchi. Pause - toujours pas guéri moi... Mais une aussi belle vue rend les choses moins désagréables.

Mustapha

Nous arrivons bientôt dans un village. Là, comme dans tous les traversées de villages, le chemin devient difficile à suivre. Au loin j'aperçois deux muletiers et nous engageons le pas sur le trace. Erreurs, des femmes nous rappellent en nous montrant une autre direction. Demi-tour, nous cherchons encore un peu, je prends de la hauteur avant d'apercevoir enfin le bon chemin.

Mustapha

C'est reparti pour quelques foulées avant de se poser reprendre un peu d'énergie.

Mustapha

Durant la pause, deux bergers descendent. L'un deux veut m'échanger son bâton en bois contre le mien, téléscopique. Que neni! Mais je lui donne une poche de noisettes, nous en avons encore une dans le sac. 

La suite s'annonce raide. Nous avançons pas trop mal, mais le peloton requiert de fréquents temps morts.

Mustapha

Nous croisons un ruisseau et faisons le plein d'eau. Le chemin ici se confond avec celui des chèvres, mais la direction étant plus ou moins imposées par le relief, nous le retrouvons vite. Enfin, caché derrière un rocher d'un noir volcanique, nous apercevons quelque chose qui ressemble à un col. 

Mustapha

En effet. Mais un chien vient nous poursuivre. Pas très agressif mais continuant d'aboyer, il nous suit. Nous montons à reculons pour lui faire face quand je trébuche. Le chien commence à détaler, mais je suis resté debout, il ralentit et nous laisse partir. Nous somme au col, à plus de 3400m, après 6h de montée.

Un vent très fort nous pousse à chercher un abri pour grignoter. Nous trouvons refuge sous un rocher où deux bergers prennent le soleil. Nous partageons avec eux un peu de fromage et de cacaouètes et mangeons de notre côté un peu de saucisson, pas vraiment hallal...

Ils nous disent que Tacheddirt est en bas de la vallée, et qu'il faut remonter jusqu'au col de Tamatert pour rejoindre Imlil, sauf si on suit la route. Tentant non? Nous pouvons arriver ce soir, avec pour desavantage, le goudron. Avant de reprendre la route, une petite photo pour immortaliser cette rencontre. Quelques pas plus bas, nous enfilons les vestes car la descente demande peu d'énergie mais le vent lui souffle toujours autant. Nous retrouvons enfin de l'eau en bas. Un coin de verdure au milieu de cette immensité aride.

Mustapha

Derrière les chardons j'aperçois quelque chose bouger. Je m'avance prudemment, fait quelques bruit de la bouche: une mule lève la tête. Toute seule, ici, en train de brouter l'herbe bien grasse.

Nous poursuivons notre descente jusqu'à atteindre la route. Nous voyons au loin le col de Tamatert que nous devons atteindre par la route avant d'entamer l'ultime descente vers Imlil. 8km de goudron plus ou moins en ligne de niveau. Peut-être une voiture daigneras nous prendre au passage?Non. Nous croisons un bus blindé de berbères (dedans et sur le toit) et une 4L, arrêtée en plein pente, dont le moteur requiert vraissemblablement d'être refroidit.

Mustapha

Petite pause pour reprendre des force et nous repartons aussi sec. En se retournant de temps en temps, on peut admirer le col bien campé au mileu du relief, et l'oued qui fait vivre les villages de la vallée. Paysage typique. 

Mustapha

Depuis ce matin, hormis durant la traversée du village, nous n'avons croisé que deux couples de bergers! Nous croisons enfin deux polonais, gros sac sur le dos, nous leur indiquons le camping qu'ils cherchent, devant lequel nous sommes passés peu avant. Enfin le col du Tamatert. Nous nous arrêtons boire une thé. Quelques pas plus loin, nous voyons Imlil, là où notre périple s'achève. Au loin s'élèvent l'Ouanoukrim (4088m) et timidement derrière l'Aksouâl au premier plan (3842m), le Toubkal (4167m).

Mustapha

C'est beau, libérateur, et à la fois triste. Nous avons repris du poil de la bête, mais il nous manque un jour pour monter au Toubkal. Dommage. Mais c'est sans regrêt, nous avons rencontré des gens d'une rare générosité, traversé des paysages hauts en couleurs et atteint nos objectifs.Dernière descente sur un chemin à travers les pins aux senteurs ennivrantes, avant de prendre le goudron, jusqu'à Imlil. Il fait nuit depuis 1h30 déjà, nous marchons à la lumière de la lune. Traversée de Imlil, on nous indique le refuge du CAF. 20h30. Tout est éteint, la gardienne dort déjà. Nous posons notre tente et dormons. Une nuit pas vraiment différente des autres. Elle a juste... un goût de fin.

Crédits

Quelques mots de remerciments pour ceux qui sont arrivés au bout de ce long récit :
 - aux bretons pour leur générosité et leur gentillesse qui mine de rien nous ont sacrément remonté avec leurs encouragements
 - à Lahcen (www.tamazirt-aventure.com) et ses cuistots pour nous avoir offert à manger autre chose que des fruits secs, qui plus est à un moment de la traversée où nous en avions le plus envie!
 - à Mustapha et Mustapha, nos deux chauffeurs de taxi, pour nous avoir mené à bon port
 - à M'Hamed et Khaled pour leur accueil chalereux
 - aux membres de randonner-léger.org pour nous donner des idées et épargner notre dos et nos genous!
 - à nos parents pour avoir eu la confiance de nous laisser partir :)
 - à Pierre Martin (www.martinpierre.fr) pour ses informations de qualité sur le Maroc
 - à ceux que j'oublie et qui ont de loin ou de près participé à cette aventure!

Commentaires

Heureux que les informations que j’ai rédigées sur mon site aient pu vous aider à construire votre propre traversée : c’est bien le but. Maintenant, à vous les autres espaces de l’Atlas marocain en suivant d’autres itinéraires un peu moins conventionnels comme les GTAM2, GTAM3 (et pour le printemps bientôt la GTAM4 d’Imlil à l’Atlantique, un scoop…) mais aussi les tours sauvages du Toubkal (“Les cols secrets du Toubkal”, une randonnée sur sentier, ou le tout nouveau “Cols et sommets du Toubkal”, plus sauvage tout en restant du domaine de la randonnée). Et puis lancez-vous dans la réalisation de l’un des trois “Alpi-Toubkal” qui tutoient crêtes et sommets en suivant des traces de bergers. Au plaisir de vous rencontrer sur les sentiers de l’Atlas ou alors ailleurs, qui sait ?
Amicalement
Pierre

Je viens de lire avec un très grand plaisir votre récit de cette traversée, j’espère bien d’ici peu faire de même et embrasser du regard ces étendues, et construire ma propre vision de l’Atlas, si longtemps rêvé.
Bien à vous,

Amicalement,

Simon

Salut Simon,
merci pour ton message, content que le récit t’ait plu!
Au-delà des paysages, c’est aussi une belle rencontre avec une population des montagnes, qui vit très simplement. A vivre.

Si j’ai trouvé le bon “Simon” en fouillant un peu le net, j’ai cru comprendre que tu as déjà beaucoup voyagé, en Asie notamment… L’Atlas te plaira :) Bonne route!

Amicalement,
Guillaume

bonjour,
je trouve que vous avez réalisé l’un des meilleurs circuit des deux massifs bravo.
je vous souhaite bonne continuation
Youssef Guide de montagne & Désert Maroc

Les photographies sont très réussies Guillaume. Elles illustrent un récit qui ajoute au dépaysement de façon très circonstanciée. Une belle invitation au voyage.

Jean-Miche

Bravo les gars ! Cela me rappelle de bons souvenirs de l‘été 1976 entre Bouguemmez
et Oukaimedden , époque à laquelle j’ai effectué ce parcours en solo, en logeant chez
l’habitant. Je vois que ces coins n’ont pas trop changé depuis lors. Toutefois, la sécheresse
qui frappe l’Atlas ces temps-ci est désolante. Si cet itinéraire vous a plu, reprenez-le donc
au printemps (mars-avril), la neige valorise alors les paysages. Vous ne serez pas déçus !
Continuez, ne vous arrêtez pas en si bon chemin
Michael Peyron
Co-Initiateur de la GTAM

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