HRP - Cap'uche vers l'ouest!

Traverser les Pyrénées, c'était un peu comme un rêve que je pensais ne jamais avoir l'occasion de concrétiser. Il faut du temps et il faut être en forme. Alors j'avais gardé cette idée dans un coin de la tête, sans vraiment y croire.

Mais il se trouve que cet été, alors que je quittais l'Allemagne pour rejoindre le sud de la France, toutes les conditions étaient réunies pour se lancer: j'avais le temps de me préparer, un bon créneau au mois d'août quand la neige aurait fondu, et de la motivation. Il ne restait plus qu'à revoir tout mon équipement de randonnée, habituellement prévu pour les conditions fraîches, de manière à pouvoir gambader ultra-léger.

Voilà donc en quelques pages, comment j'ai joins les deux mers, de Banyuls à Hendaye, à travers ces superbes montagnes Pyrénéennes.

 

Motivation et préparation

Bien qu'ariégeois de naissance, je connais assez peu les Pyrénées. Adolescent, j'ai certes parcourru mes montagnes ariégeoises, mais mon éloignement du berceau familial par la suite ne m'a pas laissé l'occasion d'étendre ma zone d'exploration. L'idée de cette traversée des Pyrénées en solo, c'était de "survoler" la chaîne dans sa totalité, pour aller "repérer" les plus beaux coins, et revenir moins pressé et accompagné. Mais pour cette première découverte, je voulais aller vite, me faire plaisir à marcher tant que j'en avais envie entre deux bivouacs.

Même si je marche assez régulièrement, je ne suis pas un sportif assidu: quelques courtes courses de temps en temps, une fois par semaine au grand max et seulement en préparation d'un périple de ce type. En fait ma préparation s'est surtout résumée à ... randonner. Fréquemment, c'est vrai. Et lire. Lire, lire, lire. Les récits d'Oli_v_ier et Nico, Zaack et Wax, Hysope, Fred et Seb, René94, Yoyo, Lataboge, Zorey. Merci vraiment à tous.

J'ai donc téléchargé l'excellent topo GPS Pirineos et me suis mis sur MapSource, à tracer ma route et les possibles détours. Je me suis laissé une limite de 30 jours pour traverser, avec un planning d'environ 25 jours.

Pour gagner du temps durant la traversée, j'ai profité du camp de base pour aller enterrer, presque un mois à l'avance, des déposes, de gros sacs poubelles avec mes réserves de nourriture, savon, piles et alcool. C'est vraiment une très longue journée que d'aller de col en col, en voiture, pour aller enterrer ces paquets, mais du bonheur de ne pas avoir à se soucier de sa nourriture durant la marche et de pouvoir tracer sans dévier.

La nourriture

Pour gagner encore un peu de poids, et puisque la saison le permettait, j'ai mangé la majorité du temps froid. Des taboulés variés, du saucisson et du fromage. Et quand même, un peu d'alcool avec un groovy stove, et quelques repas chauds (pâtes, purée), réservés aux soirs les plus frais. Menu assez classique, environ 3000 kcal/jour pour 575g net.
J'ai tablé sur 5 jours d'autonomie, avec donc 4 déposes, ce qui, en comptant le chargement au départ de Banyuls, couvre les 25 jours de nourriture.

Pour combler un peu mon manque de légumes, j'ai aussi embarqué 25 jours de compléments en vitamines et minéraux d'Isostar. Ça a certainement dû servir à quelque chose, puisque je n'ai eu pas eu de crampes ni de gros coup de fatigue.

Concernant l'eau, une petite bouteille de 0.5L en journée suffit, la platypus est utile pour les bivouacs.

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Le matériel

L'autre grosse partie de la préparation, ça a été le matériel. Plus besoin de prouver que pour avancer, il faut porter le minimum.
Vu que je randonne généralement plutôt par temps frais, j'ai du revoir mon matériel pour partir plus léger: nouveau sac à dos, nouveau système de couchage, nouveaux vêtements.

Abri:
Toujours le même abri en Skytex. Je n'ai pas rajouté de haubans latéraux et il ne m'ont pas manqué.

Couchage:
La vraie révolution a été je pense mon système de couchage: un quilt en cuben 11g/m², avec 200g de duvet et une footbox à moitié en Climashield (20g) pour maintenir une forme cylindrique et éviter que le duvet ne s'écrase ou ne se tasse au fond des parois verticales. Trois fois plus léger que mon sac en duvet le plus léger, et suffisant pour affronter des températures légèrement négatives.
Un petit bout de matelas mousse, la platypus en guise d'oreiller, avec un petit temps d'adaptation certes, j'ai passé de très bonnes nuits et toujours confort.

Portage:
Un nouveau sac à dos de 21L, fait de nylon PU 100D imperméable (80g/m², 3000mm colonne d'eau) à 4.4€/m, le fond et les poches de ceinture amovibles en tissu "groundsheet" (120g/m², 4000mm colonne d'eau). J'y reviendrai d'ici "peu" dans un fil dédié.

Vêtements:
Pour être couvert du soleil, j'ai opté pour un pantalon baggy large que je peux remonter jusqu'aux genous, et un t-shirt manches longues en mérinos/acrylique, auquel j'ai greffé une capuche respirante à la mode JJ. De ce fait, je peux me passer complètement de crème solaire, mis-à-part les lèvres et le nez.
Pour le soir et la nuit, un pantalon isolant et un gilet sans manche ni zip, col cheminée, isolant synthétique pour servir de tampon à l'humidité entre ma peau et la face interne non-respirante de mon quilt en cuben. Pour fermer le col cheminée, je passe mon buff en laine par-dessus.
Deux paires de chaussettes pour alterner les sêchages.

Chaussures
J'ai délaissé Salomon pour des Inov-8, que j'ai étraînées sur 300km au total avant de partir avec sur la HRP. Coupe plus basse au niveau du talon, donc moins de frottements. Semelles plus fines et plus flexibles, ce sont des pantoufles, mais qui nécessitent un temps d'adaptation: on ressent toutes les irrégularités du terrain.

Sécurité
Le piolet était quoi qu'il arrive dans ma liste. J'ai hésité pour les mini-crampons, mais je les ai pris quand même, un peu pour la sécurité, mais surtout pour être plus libre et ne pas manquer l'occasion d'attaquer un sommet par manque de matériel.

Electronique
Le GPS était un fidèle compagnon dans le brouillard. Le reste du temps, il m'a surtout servi à aller plus vite lorsque j'avais une hésitation sur le chemin, ou de pouvoir tracer tout droit hors-sentier dans la forêt sans avoir peur de ne pas retomber sur mes pas à la sortie. Et enfin, il m'a permis de garder une trace de mon passage, agréable je trouve pour suivre le récit.
L'appareil photo est juste la pour le souvenir, pas pour faire de belles photos. J'ai fait cette fois-ci une croix sur mon réflex, au profit de la légèreté.

Au total, 6kg au plus chargé sur le dos, 3kg au plus léger, une vraie liberté que de pouvoir randonner en oubliant complètement son sac! Merci RL!


Le récit

La trace GPS est dispo ici en plein écran, à regarder idéalement dans un onglet séparé pour pouvoir suivre le cheminement en parallèle de la lecture du récit.

Jour 1

Comme pour chacune de mes randonnées, je me suis couché tard hier soir pour finir de coudre de nouveaux éléments de mon matos, préparer ma nourriture pour les 4-5 prochains jours, et faire mon sac. Le réveil est dur mais il faut y aller. Mes gentils parents se sont proposés de m'accompagner jusqu'à Banyuls.
Sur place, nous en profitons pour manger ensemble au bord de l'eau, avant de se quitter pour tout le mois d'août.

Je me sens prêt, mes pieds trépignent d'impatience. Le ventre bien (trop) rempli, vient le moment de prendre le chemin. Mes parents me laissent alors non sans émotion partir... Merci pour votre confiance :)

16h, je redescends jusqu'à la plage pour la photo symbolique.

C'est parti! Doucement je sors de Banyuls, suivant le GR10. Alors alors, où suis-je sensé aller...? Je glisse ma main dans la poche de mon pantalon pour en sortir ma carte papier. Elle n'est plus là. J'ai déjà perdu le bout de carte qui doit me mener jusqu'à Amélie-les-bains... et la protection plastique qui va avec. Bon, alors on va allumer le GPS. J'ai pris 3 jeux de piles Lithium pour les 10 prochains jours (jusqu'à la prochaine dépose). Mais je me rends compte que sur les 6 piles, 4 sont déjà presque mortes. Génial, Ça débute super bien cette histoire...

La montée arrive, avec cette chaleur, c'est dur. La digestion de mon steak-frites se fait sentir. J'atteins finalement les crêtes. Vue sur la Méditerrannée!

J'avais peur de ne trouver que peu d'eau sur cette portion, finalement je croise une source toute les heures. Le temps se couvre un peu, c'était prévu. Le cheminement du GR10 sur cette crête est très sympa.

Au loin apparaît l'antenne du Pic de Neulos, au pied duquel je m'arrêterai ce soir. A 21h, je plante mon abri, pas loin des vaches mais protégé du vent qui se lève.

Parcours: 16km, 1400m D+, 400 D-

Jour 2

L'orage m'a réveillé cette nuit, il y a eu trois gouttes qui m'ont forcé à fermer la porte de l'abri. Juste avant d'arriver au Neulos, je passe devant une cabane, dans laquelle il est possible de dormir. Le Neulos a la tête dans les nuages, je ne vois même pas l'antenne!



Je quitte le GR10 au Roc des Trois Termes pour continuer sur la crête. Au col Fourcat, le chemin devient moins évident. Je choisis de partir à flanc pour ne pas m'éloigner de la crête, mais me perds dans les ronces. Je retombe sur une piste après 30min de buissonnage dans une végétation dense, pour enfin rejoindre le Perthus via le GR10. Cet endroit est affreux: que des magasins, vendant de l'alcool, du tabac, de la contrefaçon ou des choses inutiles. Et bien sûr une forte concentration de gens venus des quatres coins du sud pour acheter.... tous ces trucs... Je prends des piles (alcalines :/) et des Tucs et me remets en route pour le Fort de Bellegarde.

Par contre, je ne me suis pas ravitaillé en eau. Sur le topo GPS, il y a quelques points d'eau indiqués entre le Perthus et Las Illas, mais je ne trouve rien sur le terrain. J'enchaîne 2h de piste sans intérêt en plein soleil avec 0.2L de flotte. Imaginez mon bonheur, en arrivant à Las Illas, de trouver un arrêt de bus avec eau, toilettes et douche!

Pause lavage et dodo avant de me remettre en route. Je quitte ici le GR10 pour rejoindre les Salines par le côté espagnol. Plein d'eau.

Il a plu quelques gouttes mais ça reste correct. Je rejoins le col del Pou de la Neu, il est 17h30. Je discute avec un couple qui va domir au refuge des Salines, ils ont mis presque la journée à venir depuis Amélie (un peu plus loin en fait, et en montée), ce qui m'inquiète un peu: c'est là que je comptais dormir ce soir...
Je grimpe rapidement jusqu'au Roc de France. Rien de beau à voir, je suis entouré de brouillard. J'allais regretter d'être monté jusque là, quand je tombe sur de magnifiques framboisiers! Pause obligatoire...

Il ne me reste plus qu'à descendre les 1200m de dénivelé qui me séparent d'Amélie, sur petit chemin agréable balisé jaune. C'est un peu longuet... Le pas un peu pressé, je me rétame dans un virage en dévers couvert de feuilles. Un beau bleu sur la cuisse...
Enfin je vois Amélie-les-bains.

Petit détour par le plan devant l'office du tourisme pour situer le camping, et je me couche dans l'herbe grasse après avoir pris une bonne douche. Etirements nécessaires, j'ai bien cavalé aujourd'hui :)

Parcours: 43km, 1700m D+, 2500m D-

Jour 3

Y'a eu un énorme orage cette nuit qui a tout détrempé. Malgré ça, je suis resté sec et ai bien dormi, bien content de n'être pas plus en altitude. Je pars tard vers 8h. Difficile de sortir d'Amélie, le chemin est perdu entre les maisons. Un passant m'indique une sente, qui est plus haut envahie de végétation humide. Le soleil ajouté à ça, je suis vite en nage.

J'arrive au col de la Redoute. Je discute avec deux VTTistes parisiens en faisant le plein d'eau au trop-plein du puit de captage. Ils connaissent bien les Pyrénées. Ils montent à Batère rejoindre leur famille. Moi aussi :) Eux prennent la piste, moi le chemin de crête, que je délaisse rapidement pour la piste aussi, car herbes humides + soleil fort = hammam!!

Je m'arrête en route manger quelques mûres et framboises. La piste, bien que longue, offre de jolies vues sur la mer, les Albères et le Roc de France.

J'arrive aux tours de Batère, toujours autant de framboises!

Le gîte de Batère n'est que quelques minutes de marche plus loin. Je mange un bout et entame une petite sieste, le temps de voir comment la météo évolue. Les cyclistes arrivent à leur tour.
J'avais pour idée de rejoindre les Gourgs de Cady en passant par la Sierra del Roc Nègre. Mais c'est bouché. Passer par le sud n'est pas terrible non plus. J'opte pour une solution mixte: descendre à l'Estagnol par le GR10, rejoindre les Gourgs de Cady en hors sentier par un col sans nom sous le Roc Nègre, remonter sur la Porteille de Leica et suivre la crête des Sept Hommes jusqu'au Pla Guilhem. Tanpis pour la Sierra del Roc Nègre.

Je reprends donc le GR10 en direction de l'Estagnol. Un orage est en train de passer plus au sud et le temps ici à l'air de tenir.

Cette portion du GR10, petit chemin en balcon dans la pinède, est vraiment sympa. Je passe à l'Estagnol manger quelques fruits rouges et faire le plein d'eau.

Plus loin au refuge du Pinatell, un HRPiste est occupé à finir ses cacahuètes. 17h. On discute pendant une heure. Il m'apprend entre autres qu'il circule plein de rumeurs sur la HRP, des ragots... Qu'une jeune de 21 ans n'aurait pas pu finir car mordue par un chien. Qu'un gars a arrêté 2 jours avant la fin car il n'avait plus envie... Bref, des rumeurs de comptoir. Tout un univers parallèle à la marche :)

Le temps est assez bof, alors j'hésite à m'aventurer plus haut. Cet abri de Pinatell m'a l'air bien accueillant. Mais en fait, non. Il est écrit qu'il y a eu des punaises de lit, il en reste peut-être encore. Un espagnol est là, il ne parle pas un mot de français, moi pas un mot d'espagnol. La soirée risque d'être longue. Je repars bivouaquer plus loin.

Je m'arrête finalement au Clots de Baix, là d'où part le sentier qui monte à la porteille de Valmanya, balisé par le gardien du refuge des Mariailles. Un couple en redescend justement. Chouette, je ne vais même pas à avoir à chercher le départ. Eux qui pensaient être descendus aux Cortalets par la crête du Barbet... Je les remets sur le droit chemin et m'en vais poser mon abri.

Vue sur perpignan, eau à 5 min (pastille car vaches au-dessus). Je vais être bien là :)

Parcours: 25km, 1700m D+, 300m D-

Jour 4

Départ tôt à 6h15 pour avoir une chance d'arriver à la vallée d'Eyne aujourd'hui. Je rejoins le départ du sentier repéré hier soir.

Le sentier est balisé jaune et bleu. Alors que je sors des bois, le soleil se lève.


C'est très bien tracé et assez facile à suivre. Je dois cependant laisser à droite le balisage jaune et bleu (il monte à la porteille de Valmanya) pour partir plus à gauche. Quelques marques rouges décorent les rochers, mais je les perds vite et me retrouve hors-sentier. Un fond de vallon bien raide à grimper, un isard détale, bien plus à l'aise là-dedans que moi. Mais la progression reste facile et logique.

Il y a une source dans la montée, je fais le plein. Arrivé au pied du col, je lève encore un autre groupe d'isards.

Possiblité de passer à droite ou à gauche du rocher. De derrière, cela semble plus facile à gauche. Il y a quelques pas de désescalade à faire.

J'arrive aux Gourgs de Cady et remonte jusqu'à la porteille de Valmanya et le Puic des Tres Vents. Très belle vue à 360°, avec des isards partout.



Longue crête facile à suivre et offrant une belle vue jusqu'au Pla Guilhem. Je fais attention aux moutons, car le HRPiste d'hier soir m'a raconté s'être fait ici encercler par deux patous gardant du troupeau. L'un des deux a même gnaqué son sac. Je ne sais d'ailleurs pas comment il s'en est dépatouillé...
Je vais chercher de l'eau au bord du pla et fais une pause. Le ventre bien rempli et reposé, je repars d'un pas rapide, direction Ull De Ter, dont j'atteins les abords après 3h de vue panoramique sur le Capcir. Re-pause.

Il est bientôt 17h, je descends jusqu'à la station de ski plutôt que de passer par le Pic de la Dona, pour gagner un peu de temps et m'éviter trop de dénivelé. Pas très joli, et en plus je ne trouve pas d'eau propre ...

Passé le col de la Marrana, on entame la remontée de la Coma de Vaca. C'est tout simplement enchanteur. Des animaux de partout: vaches, chevaux, marmottes, vautours, isards.

Il y a un ruisseau, mais je continue de monter pour espérer tomber sur sa source. Manque de bol, le chemin en passe loin je me retrouve au-dessus, sur les crêtes, sans eau. Tanpis, je vais économiser. Pour me faire oublier la soif, un groupe de plus de 60 isards (oui oui, je les ai compté) me regarde traverser le vallon 100m au-dessous d'eux.
Je suis de retour sur les crêtes, ça monte, ça descend, mais toujours pas d'eau. Il faudrait descendre un peu dans un des vallons, la Carança par exemple, mais je préfère ne pas dévier. J'arrive enfin au pied du Noufouts. Là encore, je lève un groupe d'une cinquantaine d'isards.
20h, j'arrive à bout au sommet du Noufounts, euphorique sous la fatigue qui m'enivre. Du bohneur plein les veines.

Plus que quelques minutes de marche, et j'arrive à mon point de bivouac. Le col de Nuria est 100m devant moi, mais je trace pleine pente dans les éboulis pour aller directement à la source. Trois isards s'enfuient, à moi l'eau et le repos :)

20h45, je me pose là, en haut de la vallée d'Eyne, sous les derniers rayons de soleil.

Parcours: 37km, 2800m D+, 1800m D-

Jour 5

Il fait 6°C au réveil. Je descends la vallée en gardant mon gilet thermique jusqu'au sortir de l'ombre.

Arrive Eyne, belle vue sur la Cerdagne, puis la route. J'en profite pour donner de mes nouvelles. Au col de la Perche, je discute avec un vieux maçon, pêcheur à ses heures libres, qui regrette les années où les lacs regorgeaient de poissons.
Je rachète quelques vivres à Bolquère pour tenir jusqu'au Pas de la Case et m'arrête à la sortie du village, à côté du robinet d'eau du boulodrome, pour manger.
La montée vers les Bouillouses présente assez peu d'intérêt. J'atteins le premiers étang, celui de la Pradella.

Au fond le Carlit m'attend. Alors que j'arrive au barrage des Bouillouses, je passe à côté d'une personne équipée d'un sac en cuben. Je demande l'air innocent quelle est cette matière inhabituelle. C'est en fait la famille Techlab, qui est là en vacances :) Sympathique discussion avant de me ravitailler en eau au toilettes et me remettre en route pour les lacs.
Il y a du monde, et vu que j'ai le sac presque vide, j'en profite pour accélérer un peu. 17h, j'arrivé au dernier lac, le Soubiran, il ne reste plus grand monde sur les chemins. Courte pause.

Je gravis le Carlit en une grosse heure, la dernière partie, nécessitant les mains, étant la plus ludique. Premier gros sommet depuis la mer, que j'aperçois au fond d'ailleurs. La visiblité est excellente, on voit à des kilomètre à la ronde. C'est bon.

Je discute avec trois jeunes qui restent bivouaquer ici, appareils photo et caméras bien calés sur leurs trépieds.
Devant moi, le Lanoux et l'Andorre m'attendent. Je repars.

La descente est super raide mais ça tient bien, ça va vite. Je dévalle 400m en 20min et me pose au bord d'un étang, profitant des derniers rayons de soleil pour me baigner et manger.

Je repars vers 20h30 poser le bivouac 1h plus loin, au bas de la Porteille du Lanoux. Sol bien mou, un régal pour mon dos!

Parcours: 36km, 1500m D+, 1700m D-

Jour 6

Depuis mon départ de Banyuls, j'ai du mal à m'adapter à mon nouveau sac de couchage. Le fait que le tissu soit imperméable à l'air fait que je me retrouve systématiquement les pieds humides le matin. Ce n'est pas un drame, mais une habitude à prendre. J'ai essayé plusieurs "trucs" pour éviter ça, comme garder les pieds en dehors, les rentrer lorsque j'ai froid, les ressortir... Mais sans résultat convaincant. Ce matin d'ailleurs, à force de laisser mes pieds humides dehors, j'ai le nez qui coule ^^

Je fais le plein d'eau et rejoins rapidement la Porteille du Lanoux, où je discute avec un guide et son groupe, montant au Puig de Font Viva. La descente jusqu'au Puymorens est très sympa sur sa première moitié: un chemin au bord du ruisseau de Cortal Rosso. Ensuite c'est de la piste. Entre les deux, une vaste prairie dans laquelle broutent quelques cheveaux en liberté.

Je m'arrête pas loin de deux poulains, en surveillant leur mère à droite. Je les appelle, ils sont curieux et viennent doucement. La mère ne réagit pas, cool. Alors qu'ils ne sont plus qu'à 5m de moi, je repère du mouvement derrière eux: leur père apparemment (au fond à gauche) n'aime pas la situation et arrive d'un pas décidé. Il est temps pour moi de m'écarter :)

Il y a de l'eau au col de Puymorens: suivre la piste jusqu'au chateau d'eau à droite, le trop-plein coule à gauche, de l'autre côté de la piste. Je suis passé pas mal de fois dans le coin, en voiture, mais jamais à pied. Cela me donne l'occasion de passer devant les anciennes mines de Pimorent. Je rejoins en 2h le Pas de la case, où je fais le plein pour les 5 prochains jours.

Le ventre plein, j'attaque droit dans la pente le col d'Envalira. Dur dur, mais j'y arrive. Je m'écroule au Pic de Maia et m'endors parterre. Un groupe de jeunes me réveille 30min plus tard, je repars encore vaseux vers le val d'Inclès.
Le coin est très beau et très vert. A basse altitude, la végétation est dense et humide, l'eau dégouline de toutes les parois. Le village d'Inclès est minuscule mais ses maisons tout à fait typiques.

Je repars sur les chemins en direction de l'Estany de Querol. Après un peu de dénivelé sur un bon chemin que je grimpe bien, le GPS me suggère de quitter le sentier. Je ne m'en rends compte que quelques mètres trop haut, je dois faire demi-tour. Pourtant, même tête baissée, je n'ai pas vu d'intersection. Demi-tour, en effet, pas de sentier là où le topo Pirineos me fait passer: ça monte raide dans le gispet.

Alors qu'il y aurait possiblité de prendre des chemins, le topo fait passer vraiment en dehors, sur un itinéraire pas marrant du tout. Et pour ne rien arranger à mon mécontentement, je suis suivi d'un nuage de mouches.

Je rejoins le chemin à l'Estany de Querol et atteins sans souci la collada del Clot Sord. Dans la descente, je m'essaie une fois de plus à m'écarter du chemin pour suivre le tracé HRP du topo GPS. Et une fois de plus, total hors-sentier. En fait c'est tout simplement une trace plus ou moins précise que Topo Pirineos a transformé en route. Elle est assez logique, mais le chemin est bien mieux tracé. Autant le prendre. Ce que je fais dès que je le recroise.

J'arrive à la tombée de la nuit à la cabane de Coms de Jan. Il est 21h15, je m'installe avec un andorran qui va ronfler une bonne partie de la nuit. Grrrrr....

Parcours: 33km, 1550m D+, 1750m D-

Jour 7

Entre les ronflements et le réveil aux aurores, on peut pas dire que j'ai beaucoup récupéré de la longue journée d'hier. Je prends un pti dej rapide en discutant avec un HRPiste hollandais, qui dormait dans la pièce d'à côté. Il me regarde ranger mes affaires avec intérêt, me disant qu'il a littéralement découpé le tapis de sol de sa tente et jeté plein d'accessoires inutiles en début de traversée, pour s'alléger :)

Je décolle. Je n'ai pas fait 20m que je me vautre dans le gispet mouillé et m'écorche le coude... Maintenant au moins je suis réveillé. Je grimpe jusqu'au col de Meners. La météo est toujours aussi clémente depuis mon départ. C'est vraiment top de marcher dans ces conditions.

Descente sur Sorteny. Pas mal de monde prend le chemin ce matin, alors que moi je rejoins la route à El Serrat. J'ai 8km et 500m D+ à faire sur du goudron. Pas la motivation, surtout que Ça commence à se couvrir. Je fais du stop, pendant 20min, sans succès. Finalement, alors que je commence à partir à pied en levant avec dépit mon pouce, la première voiture s'arrête. Deux dames catalanes me déposent à Arcalis. Pause déjeuner avec vue sur le Pic de Tristaina!

Montée rapide au Port de Rat, où coule l'eau d'un névé. Le Port de Boet en face est évident, et la vue sur le Montcalm imprenable.


Tout en descendant, j'analyse la face opposée de la vallée de Soulcem pour voir où monter. Je m'arrête, prends la carte. On dirait que ça passe en démarrant par le chemin qui monte à l'étang le plus au sud de la vallée, en continuant hors-sentier ensuite.
Effectivement, il faut prendre ce chemin tant qu'il monte à l'est, puis le quitter pour remonter rive gauche l'autre ruisseau, toujours plein est. Il y a une sente à peine visible, que l'on perd en arrivant sur une replat. Monter alors à droite, on recroise la sente de temps en temps. Viser enfin une cabane de berger, où l'on retrouve le chemin qui mène au col.

Je ne traine pas car derrière moi, le ciel se fait menaçant.

Devant moi aussi. ça tonne déjà au-dessus du pic de Baborte.

Je suis content, je vais arriver avant la pluie à mon bivouac de ce soir, la cabane de Boet. Sauf qu'en fait, bah elle est fermée. Je fais le tour, tout est bouclé à clé. Et zut. Bivouaquer ici? Pas moyen, c'est plein de moustiques. Le problème, c'est que le terrain ne se prête pas très bien au bivouac après. Alternatives: refuge de Vall Ferrara (un hôtel..) et le refuge de Baborte (loin...). Je pars pour Baborte. Alors que j'entame la montée, l'orage éclate. Je m'abrite symboliquement sous un noisetier, accroupi sous ma veste.

Le mini snickers à portée de main dans mes poches de ceinture, c'est du bonheur. Un vrai remontant pour attendre 15min que la grêle cesse. Je repars et grimpe en prenant toutes les précautions pour ne pas trop me mouiller.

J'arrive finalement sur un replat où est bâti une cabane en pierre sêche. La cabane de Bacello. L'intérieur est propre, le toit en ardoise a l'air étanche. Une aubaine. Il est 18h30, je m'installe, alors qu'une seconde salve de pluie arrive. J'admire patiemment l'orage se déchaîner sur la Sierra Monteixo, en attendant une accalmie pour aller chercher de l'eau.


Quelques notes au crayon sur mes vielles cartes, et je m'endors pour une nuit très reposante.

Parcours: 34km, 2250m D+, 2500m D- (dont 8km et 500m D+ en voiture)

Jour 8

Il a beaucoup plu encore cette nuit, mais ce matin je décolle au sec et atteins rapidement l'étang de Baborte.

Plein d'eau juste avant d'arriver au col de Siliente. C'est dans cette descente que je me fais la plus grande frayeur de ma traversée. Alors que je descends, concentré sur les cairns, je m'arrête au bout d'un petit goulet pour chercher le cairn suivant, sur ma gauche. Rien à gauche. Vu que je sors du goulet, le chemin s'ouvre maintenant à droite. Je tourne la tête et bondit. Une vache, cachée jusqu'ici derrière la butte, 2m devant moi, est en train de me fixer. Je finis par trouver le cairn...

En face, le lac de Certascan est en train de se faire recouvrir de chantilly ariégeoise.

Sur le dernier replat avant le Pla de Boavi, je suis obligé de traverser à gué tellement ça dégouline de partout.

Deux fois encore je vais devoir passer des ruisseaux pieds nus, le niveau de l'eau est haut, mais ce n'est rien quand on voit à quoi ressemble le lit du ruisseau. On se croirait par endroit en train de faire du canyoning.

Je manque de peu d'assister à l'accouchement d'une limace!

Pause énergie au Pla de Boavi. Je descends vers la route et bifurque au niveau des granges pour monter vers Certascan. Sur mon topo, il y a deux chemins, qui ne correspondent pas à ce que je vais grimper. Au départ, je suis un balisage blanc et rouge, puis pars à gauche. Le chemin est balisé rouge et très très bien cairné (un tous les 10m). Au milieu, je perds le fil et dois prendre un peu de hauteur pour retrouver le sentier. Il y a par là une cabane (Bordes de Llurri, à droite sur la photo), doit y'avoir moyen d'y dormir aussi.



Je retrouve le GR, puis Certascan une heure plus tard, qui s'est heureusement bien découvert. Le refuge a souffert de la neige cet hiver.

Le chemin jusqu'au col de Certascan est encore très enneigé. Nous sommes le 13 août! Le versant ouest est plus dégagé.
Je coupe vers l'étang de Flamisella pour éviter de redescendre jusqu'à Noarre. Passé l'étang, il faut tirer à l'est pour passer un collet au nort du Cap de Causes, et descendre est-nord-est en suivant un espèce de vallon.



Alors que les possibilités de cheminement se réduisent, on trouve quelques cairns qui mènent à un sentier à flanc très raide.

Ne pas descendre trop, rester de niveau, voire monter légèrement. On rejoint finalement l'embouchure de l'estany Xic/Del Port. Là, je me suis complètement fourvoyé, à cause du brouillard à couper au couteau. Totalement déboussolé. Content d'avoir le GPS là...

Le chemin qui rejoint la HRP par l'estany de Mollas n'est pas très bien tracé, et la fin se fait hors-sentier. Il faut traverser 3 vallons successifs.



Finalement, je me demande si la descente à Noarre n'est pas plus rapide... En tout cas, en cas de brouillard, c'est certain. Il ne me reste plus que quelques centaines de mètres de D+ avant d'arriver au refuge du Mont-Roig. Un petit crachin s'installe, mais c'est assez pour transformer le GR en torrent.



J'arrive trempé au refuge Enric Pujol. Deux espagnols; un jeune HRPiste allemand, équipé ultralight; et un HRPiste français, Clément, bien chargé. Je discute beaucoup avec ces deux derniers, on déballe du matos, on s'expose nos astuces. Soirée sympa et dodo sur de bons matelas bien mous!

Parcours: 27km, 2100m D+, 1800m D-

Jour 9

Le brouillard d'hier soir s'est dissipé, super vue au lever!

Je suis des cairns en crête pour monter jusqu'à l'étang majeur de la Gallina. Le collet de la Gallina est encore bien enneigé, je decide de passer par la baisse de Curios et rattrape Clément en train de gravir le col de la Cornella, un truc super raide (à droite sur la photo).



Nous descendons ensemble jusqu'à Alos d'Isil, discutant randonnée longue-distance et couture. Lui part se ravitailler à Esterri d'Aneu et je me pose durant 2h pour faire sêcher mes chaussures et manger. Il fait chaud à 1300m!

Deux gars arrivent d'Airoto, ils font une portion de HRP. On discute un moment sur la difficulté de trouver le chemin entre Alos d'Isil et le col de Moredo, ils ont un peu galéré dans la végétation. Avant de partir, je prends en photo la carte qui indique le tracé de la HRP pour rejoindre Airoto (en rouge). En pointillés jaunes, le trajet que j'ai en fait emprunté, sans encombre.

Départ à 15h00 (que calor!!) sur un bout de sentier étroit entouré d'herbes hautes, que je quitte à la première occasion pour traverser le ruisseau de Moredo. Là je rejoins la piste en suivant une sente plus ou moins bien tracée dans les herbes toujours hautes. La piste monte en lacet et permettrait d'arriver en-haut sans réfléchir, mais on peut couper (il y a quelques départs de sentes) en grimpant tout droit sur une petite croupe, plus ou moins hors-sentier mais sans gros obstacle. On finit par rejoindre à vue un grand virage de la piste, qui mène jusqu'au col de Moredo, 1100m au-dessus d'Alos d'Isil.

Petite pause avec une belle vue sur le lac d'Airoto. Le refuge est sur le bout de terre entre les deux lacs.

17h30, je devrais avoir le temps de rejoindre le Port de la Bonaigua! Pour ne pas redescendre jusqu'au refuge d'Airoto, je choisis de contourner le lac par le nord en descendant dans les éboulis à droite.

Cela ne s'avère finalement pas être une super option, car ce que je gagne en dénivellé, je le perds en distance. Par contre la descente, de gros bloc en gros bloc, est très ludique. Je sors des blocs pour remonter dans l'herbe sous le col d'Airoto.

A partir de là, je vais tracer tout droit à vue jusqu'à l'Estany de Garrabea. Certains endroits sont un peu chauds, ça passe vraiment à flanc de montagne, souvent dans les blocs, mais j'évite assez bien les rhodos. Je me retrouve à devoir suivre des chemins d'isards ou encore désescalader un passage trop raide. Je rencontre d'ailleurs un isard.
J'arrête mes essais d'orientation (le jour commence à tomber) après avoir tenté de contourner l'Estany de Garrabea par le nord et rejoins des cairns au-dessus de l'étang.

Suite du sentier à flanc, hors des rhodos, dans l'herbe. Des cheveaux, des vaches, un lumière chaude, un lac d'une jolie forme, la fatigue qui aiguise les sensations: l'alchimie d'une agréable fin de journée!

Je suis presque au Port de la Bonaigua, qui est en train de se faire recouvrir d'un onctueux velouté en provenance du Val d'Aran. En face, les Encantats revêtent une teinte rose, ambiance enchanteresse.

Mais la déception prend le relais. Toute la journée, j'ai marché avec une idée en tête: manger ce soir le bon repas dans ma dépose au Port de la Bonaigua. Maintenant j'y suis, mais ma dépose n'y est pas. A la place, de la terre retournée, les cailloux que j'avais posés dessus à côté. Je ne l'avais pas très bien planquée, certes, pour être sûr de la retrouver dans les genêts. En un mois quelqu'un a du tomber dessus. Je passe une heure, à la frontale, à ratisser la zone. Nada. Je me résouds finalement à monter l'abri, finir mes rations et reprendre les recherches demain matin.

Parcours: 28km, 2000m D+, 2100m D-

Jour 10

Réveil 7h pour poursuivre mes recherches.

Encore 1h de plus à fouiller toute la zone, des fois qu'il ait été déposé à côté, mais pas de sac. Bon, bah... aller-retour en stop à Vielha pour se ravitailler.
Petite toilette pour avoir l'air clean, la première voiture, un narbonnais, me prend. Je remonte en 3 sauts de puces avec des espagnols, tous aussi sympas les uns que les autres, malgré ma difficulté à aligner plus de 3 mots dans leur langue.

Je suis de retour à 13h au port de la Bonaigua. C'est reparti pour les Encantats. Une fois dans la vallée, on rejoint une piste qu'il faut suivre jusqu'au bout. Prendre ensuite sur quelques centaines de mètres le chemin qui monte au refuge de Saboredo. On peut aussi y passer, mais ça rallonge. On peut couper tout droit est-sud-est depuis le barrage du premier lac qu'on rencontre. Traverser et rejoindre la petite cabane au bord du barrage. De là, à l'est au-dessus, un gros mamelon barre le passage. Il faut se diriger vers lui et le contourner au plus près par la gauche. Continuer ensuite de monter tout droit dans la pente pour rejoindre le sentier en Balcon qui lie Saboredo au prochain col (Col du Tuc Gran de Sendrosa). On rejoint rapidement Colomers.

Pas super joli, et ça pue en plus... Je monte au port de Caldès, une belle vallée s'ouvre au sud. Encore deux petits collets et j'aperçois le lac du Cap de Port. Le Montardo est tout juste 500m au-dessus de moi, à 2939m. Tiens j'aurais pu y faire un aller-retour... Une vache est sur mon chemin, elle se casse la gueule. Dommage qu'elle n'ait pas réitéré sur la video...

Je rejoins le lac de Cap de Port, alimenté par une résurgence qui coule à flot.


Il n'est pas très tard, 19h30, mais je décide de m'en tenir à mon prévisionnel et m'arrêter là pour aujourd'hui. Je prends le temps de me doucher, de manger, de sortir les cartes et de réfléchir à mon chemin de demain. Des orages sont annoncés pour les 2 prochains jours... Vais-je contourner la Maladeta par le sud (GR11) ou par le nord (Col de Molieres)? Deux randonneuses me confirment que le gardien de la Restanca annonce de l'eau en fin de matinée au sud, sur les Besiberri. En fait je voulais rejoindre le GR11 sud pour aller dormir au pied de l'Aneto, et pouvoir tenter l'ascension le lendemain matin. Mais ça va taper aujourd'hui, il ne fait pas bon aller dormir en hauteur. Sans parler de l'état des névés au petit matin... Tant pis, je suis le trajet classique de la HRP.


Je ne monte l'abri qu'une fois la nuit tombée, le bivouac étant théoriquement interdit ici...

Parcours: 18km, 1300m D+, 1100m D-

Jour 11

Départ à 7h30, le temps a l'air dégagé.

A la Restanca, plutôt que de passer par le lac de Mar, je continue tout droit sur le GR11, où je rattrape et bavarde avec deux HRPistes. Le soleil est déjà haut alors que j'atteins l'Estanh de Rius.

Depuis le port de Rius, la vue sur la Maladeta se découvre. Un berger espagnol cherche ses moutons. Le ciel est encore très clair.

Mais le temps de descendre jusqu'à l'hospital de Vielha et remonter au refuge de Molieres, ça se couvre. En face de moi, le pic de Molière, avec à sa droite le col du même nom.

En se retournant, on aperçoit le Port de Rius à gauche, d'où je viens. La couche de neige par ici est encore bien épaisse.

Je fais une petite pause pour laver mes chaussettes, manger un peu, avant de repartir dard-dard à 13h avant que l'orage ne m'empêche de passer le col.
Pas mal de gens descendent. Peu avant le col, un couple espagnol est en train de monter, alors que le ciel est en train de se boucher définitivement. La fille n'est pas super à l'aise.

Ils sont étonnés de me voir arriver tout droit par un névé: en fait, mon GPS était complètement pommé et me donnait une position 50m à côté de la plaque. Alors j'ai tiré tout droit à vue. Le mec me demande si c'est bien par là qu'on monte, et si c'est difficile. Ma réponse: j'en sais rien, mais ça a l'air de passer par là!
Le col par contre est bien déneigé, quelques petits pas de grimpe et j'y suis. C'est bon, je suis passé avant l'orage. 14h, j'ai tout juste le temps d'aller manger mon Tuc au sommet en laissant mon sac au col :D


Je dis une bétise dans la vidéo: le premier sommet qu'on voit à droite des nuages, que je confonds avec la Maladeta, c'est l'Aneto!!
Alors que je redescends chercher mon sac, quelques gouttes se mettent à tomber, ça tonne au loin. Allez, je m'élance dans cet océan de granit pour vite m'éloigner des hauteurs.

Cette descente est magnifique: la roche, les remparts, le ciel, la vallée dessous. C'est un des coins qui m'a le plus plu de cette traversée.
A mesure de la descente, je scrute les environs à la recherche d'un abri sous roche, pour vite me mettre au sec en cas de grosse averse. L'orage est tout juste derrière moi et se fait allègrement entendre. Finalement, j'ai droit à quelques gouttes mais rien de durable.
Un rayon de soleil illumine l'idyllique Plan d'Aigualluts.

Je commence à fatiguer, n'ayant pas fait de pause déjeuner depuis ce matin. Je mange un bout avec vue sur la vallée de Remuñe, rampe d'accès au massif des Gourgs Blancs.

Le ciel tient encore côté français, mais plus pour longtemps. Je ne sais pas trop par quel chemin poursuivre: traverser les Posets en arrivant par le sud? Remonter la vallée d'Estos par le GR11? Passer en France au pied des Grougs Blancs? Tout ça est tellement lié à la météo... Mais il est en train d'arriver un truc qui va me laisser plein de temps pour me décider: la pluie. Alors que je passe aux abords de l'Hospital de Benasque, les nuages se déchirent. Je me réfugie en vitesse dans le jardin d'enfants de l'Hotel.

18h30, ça n'a pas l'air de se calmer, j'en profite pour manger et donner des nouvelles. Un mur d'eau arrive, je dois me décaler pour éviter d'être trempé (même à l'abri). Bon, ça semble mal barré pour bivouaquer. Je rentre à l'Hospital de Bénasque demander les prix. Déjà, c'est super classe, c'est mauvais signe. J'ai pas compris tout ce que la récéptioniste m'a raconté, mais c'est trop cher. Genre 160€ la chambre de 4. Et ils n'ont que ça...
Finalement, j'attends que la nuit tombe en étudiant les possiblités pour demain et je me pose clandestinement sur le sol d'un kiosque en bois, toujours dans ce jardin d'enfant, répondant au doux nom de "Mirador de marmotas". La nuit porte conseil.

Parcours: 30km, 1900m D+, 2300m D-

Jour 12

Départ discretos à 6h15. Tout est trempé, il a plu pratiquement toute la nuit. Il fait beau, mais aujourd'hui encore, il y a un risque d'orage annoncé pour la soirée. Pas top, encore une fois, pour aller passer une nuit au pied du deuxième sommet des Pyrénées... Allez, je vais la jouer raisonnable et laisser tomber mon idée de traversée sud/ouest des Posets. On va aller voir ce que les Gourgs Blancs offrent comme panorama.

Je remonte la vallée de Remuñe, ça dégouline de partout. Les salamandres sont de sortie.


Le cheminement rive gauche du ruisseau est très humide, je réussis à mettre un pied à l'eau en traversant l'un des nombreux affluents du Remuñe. Il est d'ailleurs plutôt bien rempli et sa traversée, alors que ses berges se transforment en petit canyon, n'est pas une mince affaire. J'arrive finalement en-haut de la vallée et passe la porteille enneigée, après plus de trois longues heures à grimper ces 1000m. Pas la grande forme ce matin...



Voilà ce qui se dévoile alors devant moi. Le lac blanc de Literole, le Perdiguère tout à gauche, et le col supérieur de Litérole à droite, mon chemin. Puissance et beauté réunies.

Le col supérieur de Litérole est d'ailleurs encore très enneigé, et sa raideur me fait hésiter à prendre une route plus praticable et plus près des cimes. Mais aujourd'hui encore, il y a un risque d'orage annoncé pour la soirée, et j'aimerais bien me sortir de ce massif avant qu'il n'éclate.

Quelques traversées faciles plus loin, me voilà à quelques pas du col. J'enfile mes mini-crampons pour la seule et unique fois de toute ma HRP.



La pente se'accentue. Le piolet en mode traction dans une main, un bâton raccourci dans l'autre, je monte droit dedans. Mes pieds glissent pas mal dans la neige fondue, pas très élégant comme technique, mais en utilisant au maximum l'adhérence de mes bras, j'arrive rapidement en haut.
Descente sur le refuge du Portillon avant de remonter au-dessus du lac du Port d'Oô. Quelques nuages commencent à s'installer, magnifique vue sur le col des Gourgs Blancs, la pointe Jean Arlaud à gauche et le pic Gourdon à droite.

Une bonne descente en ramasse m'attend, sous le regard surpris d'une famille d'espagnols. J'atteins le col des Gourgs Blancs par un chemin pas vraiment typique, juste sous la pointe Arlaud. 13h, j'ai la dalle, pause chips. Derrière moi au milieu, l'envers du col inférieur de Litérole, en arrière-plan d'un paysage complètement minéral.

Au sortir du glacier des Gourgs Blancs (qui d'ailleurs n'a plus grand chose d'un glacier sur sa partie basse, mis à part que mon GPS est complètement déboussolé), je tire à gauche hors-sentier pour rejoindre à flanc le col de Pouchergues. Les pentes sont raides, les pierriers pas très stables, je pense qu'il est préférable de descendre 100m de plus et remonter vers le col sur un sol plus praticable.

Au col de Pouchergues, pas grande trace de passage, à part celles des isards que je fais fuire.

Depuis le col, il faut descendre en S jusqu'à rejoindre le chemin orienté sud-est qui monte au lac de Clarabides. D'abord un peu à gauche, pour éviter des barres, puis à droite en suivant un vallon jusqu'à un étang, puis encore à gauche pour partir en traversée rejoindre le chemin. Attention à ne pas trop descendre sur cette dernière traversée, ça devient vite raide et glissant (gispet). Je rejoins finalement la HRP après 1h30 de hors-sentier m'ayant fait gagner pas mal de temps.

Le temps tiens bon même si c'est bien nuageux. Le col d'Aigues Tortes est raide, tant mieux, ça se monte d'autant plus vite! Au col, le soleil fait même son apparition. Ça y est, je suis sorti des Gourgs Blancs, me revoilà en Espagne, avec en face de moi, les Posets, tête dans les nuages, et le GR11 qui descend de la vallée d'Estos, pour rejoindre Viados.




En demandant des infos sur l'abri de Viados, un marcheur (qui ne semble pas le connaître), m'indique qu'il y a un camping aux "granges" (ancien village transformé en lieu touristique pour espagnols en 4x4). Je passe à l'abri, c'est correct mais je ne cracherais pas sur une bonne douche/lessive au camping.

Arrivé à Viados, le temps s'est bien dégagé.

C'est décidé, soirée lavage. Et réparation, pour mes chaussures dont les coutures ont souffert des pierriers.



Demain, je récupère une dépose. Avec de la semoule, youhou! Fini les pâtes crues! D'ailleurs, j'ai une bonne idée pour finir mes pâtes avec le peu d'alcool qu'il me reste: je vais les laisser tremper le temps de recoudre mes chaussures, avec juste assez d'eau pour les faire cuire, et finir de les cuire au réchaud. L'idée était bonne, elles ont bien cuit. Trop cuit. Le peu d'eau et la puissance du réchaud ont tout fait cramer, le fond de ma popote est maintenant à jamais recouvert d'une fine couche noire!

Parcours: 30km, 2400m D+, 2500m D-

Jour 13

Aujourd'hui, c'est journée de transition: pas mal de piste, un peu de route, la deuxième dépose, tranquille, après l'étape d'hier. Je quitte le camping et reprends le GR11 qui monte à l'Urdizeto. Une dizaine de 4x4 descendent d'un petit village sur le chemin, ça pue! Mais la piste laisse bientôt place à un sentier.

Derrière moi, les Posets se sont découverts.

Sur l'autre versant, ça klaxonne. Ou plutôt ça beugle. Les vaches sont en train de rejoindre une estive et un rétrécissement de voie (un sentier quoi...) crée un énorme bouchon.
La montée jusqu'à l'embase de l'Urdizeto est plutôt cool. Je tombe sur une source qui jaillit de terre, au goût un peu terreux.

La descente sur Parzan par contre est très longue, 2h de marche sur un piste en plein cagnard. Mais en bas, je déterre ma deuxième dépose, et là, c'est festin: maquereaux à l'huile et ratatouille, riz au lait et fruits du verger en sirop!

Outre quelques gateaux qui ont été entamés par des fourmis, et mon saucisson qui a moisi à l'humidité, tout est bon à manger. Je rachète un saucisson à l'épicerie "de frontière" de Parzan, qui fournit tout ce qu'on peut trouver de bon pour randonner, ouverte tous les jours de 8h à 20h. Très pratique si on veut éviter les déposes. Derrière la station service, il y a même des conteneurs avec une petite boite jaune prévue pour les piles! Elle est arrochée sur la face droite du conteneur bleu (papier).

Le repas terminé, il est 15h. J'ai de l'avance car j'avais prévu de dormir ici. Mon planning me faisait suivre le GR11 pour aller dormir au balcon de la Pineta, mais c'est trop long pour aujourd'hui et trop court pour demain (je veux dormir au Balcon, au pied du Mont Perdu). Je change donc de plan: descente par la route jusqu'à Bielsa et stop jusqu'au pied du Balcon.
Après quelques kilomètres à pied, un groupe d'espagnols en van me prend au sortir de Bielsa, dans les virages en épingle, et me déposent au pied du Balcon. Superbe endroit, très impressionnant.

Il est 17h00, le soleil illumine encore bien ce cirque de calcaire, je m'attaque aux 1200m de D+ qui me séparent de mon lieu de bivouac. D'abord sur le chemin principal, puis je me laisse distraire par des cairns. Ils empruntent le lit du ruisseau à sec pour remonter plus droit dans la pente. D'ailleurs sur la fin du raccourci je pars un peu trop à gauche et dois reprendre à droite pour rejoindre le sentier principal, bien évident au milieu. Il y a par endroit encore d'énormes névés, un gars s'y amuse.

Le chemin grimpe bien, mon sac chargé à bloc avec ses 5 jours de nourriture est là pour me le rappeler. Mais la vue fait vite oublier l'effort. Il y a des iris partout ici!

J'atteins finalement le Balcon de la Pineta à 19h30. Le Mont Perdu et le Cylindre du Marboré ont la tête dans les nuages. Mais qu'est-ce que c'est beau!! Ces nuances de calcaire tricolore, agrémenté de blanc et de bleu.
C'est par là qu'il va me falloir grimper demain matin, pour rejoindre le col à droite du glacier. On distingue la cheminée en diagonale (sud-est nord-ouest) au-dessus du névé en forme de T.

Il est tôt, je vais me rapprocher le plus possible de la cheminée pour être prêt à monter demain. Ah tiens, je ne suis pas seul, deux gars sont là au bout du balcon en train d'admirer le cirque comme moi. Je commence à parler espagnol, l'un me dit qu'ils parlent pas très bien espagnol. Ah, cool. Des français :D
On discute un peu, ils terminent demain leur virée de 5 jours autour du Mont Perdu. Yohann et Fred ont exploré tout le coin, sauf... cet accès au col du Cylindre. Ils ne connaissent pas trop l'itinéraire. Et puis y'a cette cheminée, côtée III, qui les inquiète. Vu que c'est mon itinéraire de demain, je leur propose de les y conduire. Marché conclu. Reste plus qu'à trouver un coin pour bivouaquer. Là, c'est parfait (dans l'herbre, pas dans la caillasse hein!).

On mange ensemble, on discute de rando légère, de bricolage. On est tous les trois d'accord sur un point: pas besoin pour randonner de la dernière veste de Pata ou de la toute nouvelle tente ultra-méga-light de Terra Nueva. Suffit de bricoler un peu pour avoir le meilleur matos du monde. Ils ont fait la HRP y'a quelques années aussi, alors ça leur rappelle des souvenirs.

Réveil fixé demain à 7h, pour "voir" comment la météo se présente. Avant de me laver les dents et faire dodo, je me régale d'une barre de chocolat noisettes à la lueur de la lune. Les sommets se sont découverts. Instant magique, que je savoure autant sinon plus que mon chocolat (et pourtant...).

Il me tarde demain!

Parcours: 40km, 2300m D+, 1300m D-

Jour 14

Les nuages d'hier soir sont revenus. Mais pour mon plus grand bonheur. Ils viennent parfaire ce tableau matinal, alors que le soleil, ouvrant à peine l'oeil, vient embraser les remparts du Mont-Perdu. Un des plus beaux réveils de ma traversée, vraiment.

Oups, d'ailleurs, mon duvet est en train d'éponger toute la condensation de l'abri. Allez, rangement, pti dèj tranquille pour laisser aux nuages le temps de se dissiper, et go.
On se met en direction de la cheminée. A ma plus grande stupeur, on trouve ici des Edelweiss! Moi qui ne les croyais qu'alpines, elles sont superbes, bien plus épanouies que le seules Edelweiss que j'avais vue jusque là, dans le Vercors.

Les nuages ne semblent pas décidés à partir. On se rapproche de la cheminée, qu'on distingue de mieux en mieux, en plein sur la diagonale de la photo, au-dessus des terrases dans les éboulis.

Finalement, avec de bonnes conditions (pas trop chaud, pas de pluie), ça se fait très bien, et mes deux compagnons, pas grimpeurs du tout selon eux, s'en sortent très bien.

Fred s'arrête là, Yohann fait l'aller-retour avec moi jusqu'au col, pour "boucler la boucle" (ils y étaient il y a deux jours mais sont redescendus par Anisclo).
Quelques pas sur la neige, puis sur le calaire et on y est presque.

L'éboulis de la fin est vraiment dangereux et chiant (pour le coup le mot est vraiment approprié). Très raide, des pierres qui partent tous les 10 pas, faut faire gaffe. On croise un jeune, seul, super chargé, qui n'a vraiment pas l'air à l'aise. Pourtant en descente dans un éboulis avec des grosses, y'a rien de mieux!
Au col, très venté, je salue Yohann qui me donne quelques indications bien utiles pour rejoindre le lac gelé (Ibon Helado). Bien utiles, car je suis dans le brouillard complet. Il y a apparemment une petite barre à passer, faut trouver le bon endroit pour la désescalader, là où c'est le moins raide...

Finalement je m'en sors. Je descends, tout seul, je ne vois pas à 20m. J'entends soudain des voix. Un coup de vent, et hop, tout se découvre. En bas, des dizaines d'espagnols font une pause avant l'ascension finale.

Je rejoins la lac gelé d'où part la voie normale du Mont-Perdu. De temps en temps la vue se dégage.

La montée n'est vraiment pas agréable sur le deuxième tiers, dans les éboulis. C'est raide, on fait deux pas on descend d'un. Y'a du monde...

Et puis le sommet arrive. J'ai la grosse banane, même si je ne vois pratiquement que du nuage. Je suis sur le 4ième sommet Pyrénéen, 3350m. Ça n'a rien d'un exploit, c'est un sommet facile, mais je suis content d'être là :) Je mange un bout en attendant que la vue se dégage. Ouais! La vue sur le col, le balcon, et la brèche de Tuquerouille!

Allez, 11h30, il est temps de descendre, ça grouille ici. Belle éclaircie encore, je repère le chemin qu'il me faut prendre pour contourner le Cylindre. Il me faut traverser le névé, en face à gauche. A droite, on voit bien la petite barre qu'il m'a fallu passer en descendant du col.

De retour à l'Ibon Helado, les espagnols descendent vers Goritz tandis que je fais le tour, à flanc, du Cylindre. Une fois le névé vu d'en-haut derrière moi, le marboré apparaît. Je dois continuer tout droit en face, sur les terrasses!

Et me voilà de l'autre côté, après quelques petits sauts d'étages en étages. Le chemin est bien cairné, pas de difficulté à le suivre.

J'évolue maintenant dans le brouillard, alors que le chemin devient plus gazeux, juste sous la Tour. Je loupe un cairn et commence à monter trop haut, vers la Tour. Quelques pas à arrière me font me rendre compte pourquoi j'ai loupé le passage: il fallait descendre une petite cheminée pour accéder à l'étage du dessous. Pas engageant de loin, mais facile. Au-dessus de moi, c'est presque vertical, à droite, 30m de vide me séparent de la neige.

Le chemin se ressere encore quelques pas plus loin. C'est facile, ça reste de la rando, mais il n'est pas recommandé de trébucher. Le fameux pied sûr.
Je dois rejoindre le névé en-dessous, qui vient lêcher la paroi. Il est raide et marcher dessus s'avèrerait scabreux. Je préfère descendre en traversant en bloc, sur 5-6m, à 2m au-dessus du névé, pour rejoindre le couloir de fonte entre la paroi et le névé. Peu de prises, un peu chaud mais ouf ça passe.

Je reviens sur la neige pour descendre chercher le Pas des Isards. Quelques névés pentus me font sortir le piolet.
J'arrive sous le casque, la vue se dégage. Un gars (à droite sur la crête) me demande si le chemin est bon. Il est avec sa femme, il hésite. Chaussures rigides mais pas de crampons. Il renonce finalement, voyant la quantité de neige.

Le Pas des Isards n'est qu'une formalité après ces 2h30 de progression depuis le Ibon Helado. La brèche de Roland apparaît, occupée par un groupe d'espagnols!

Le temps d'y arriver, ils sont déjà tous partis, je me restaure à côté d'une famille qui redescend du casque. Des gens bien aguerris :)
Descente en ramasse jusqu'au refuge des Sarradets, et je repars dans le brouillard jusqu'au Port de Boucharo, avant de continuer sur la crête jusqu'au Pic de St André, sur la frontière franco-espagnole. Le brouillard est là pour rappeler de quel côté on se situe.

Petite vue sympathique, avant de plonger dans la brume.

La descente n'est pas des plus mémorables. Du gispet mouillé tout le long, je ne vois pas à 20m, aucun repère pour s'orienter. Je trouve le sentier, je le perds, le retrouve 10min plus tard. Je fais pratiquement tout au GPS. Je rejoins enfin le GR10, qui arrive de Gavarnie. Une forme se dessine dans le brouillard.

Non, pas la vache, mais la cabane derrière. Content à l'idée de pouvoir enlever mes souliers trempés par le gispet, j'y entre. C'est sale, la cheminée est pleine d'ordures. Là, je préfère encore dormir dehors...
Je décide de pousser jusqu'à la cabane de Lourdes. Son nom est bien choisi, elle s'avère être en bien meilleur état!

Fin de la journée à 19h, j'ai mon compte. Malgré la faible visibilité, c'était quand même une super journée :)

Parcours: 23km, 1600m D+, 2200m D-

Jour 15

J'ai bien dormi au sec, mais dehors l'air comme le sol sont très humides. Je démarre comme un vieux diesel, raide comme un bâton et avec des pieds gelés, peinant à réchauffer mes chaussons trempés. Ce n'est que passé le barrage d'Ossoue, dans les 900m de D+ qui mènent à Baysellance, que je commence à sêcher. Bel aperçu sur la crête du Montferrat et le sommet lui-même.

En fait depuis Baysellance, on ne voit pas grand chose du glacier d'Ossoue. On aperçoit le Petit Vignemale et la Pique Longue derrière. Plutôt que de rejoindre la Hourquette d'Ossoue par le chemin classique, je pars hors sentier vers la crête au-dessus pour avoir un peu plus de vue. Je retombe rapidement sur un chemin cairné. La vue de là-haut est plus intéressante, on peut y voir deux cordées qui enchaînent des zig-zag sur le côté est du glacier (voie normale).

Direction la Hourquette en ligne de niveau, pause sêchage et énergie. Beau panorama avec vue sur mon itinéraire de la journée, Col des Mulets et Grande Fache. Je vois passer un sac KS et interpelle le MUL à l'évidence :) Livingstone est là pour quelques jours, on discute un petit moment, très sympathique.

Et puis c'est la descente sur les Oulettes de Gaubes, vallon auquel la Pique Longue dévoile toute sa hauteur. Vraiment impressionnant.

Entre le Col d'Arratille et le Col des Mulets, je croise pas mal de ... monde :)

La descente sur le refuge de Wallon est très agréable, vraiment le genre de paysage que j'adore: des montagnes tout autour, de l'herbe assez rase et du cailloux, quelques conifères parsemés. L'endroit idéal pour faire une pause douche/lessive/sêchage et engloutir un paquet de palets bretons!


Vu que mon slip est en train de sêcher, il devient indispensable de m'occuper du trou qui s'agrandit chaque jour sous le zip de mon pantalon. ça doit rappeler des souvenirs à certains...

Le refuge Wallon est aussi placé dans un cadre idyllique, mais ça grouille de monde. Très sympa par contre à faire en famille, avec possiblités de bivouaquer tout autour.

J'attaque finalement vers 17h30 la dernière montée de la journée, col de la Fache. C'est dur cette fin de journée, mais j'arrive à trouver un bon rythme. Par contre, une fois en-haut, plus de forces pour grimper à la Fache. J'hésite vraiment à rester dormir ici, avec vue dégagée sur les Balaïtous, l'Ossau au second plan, et tout au fond, il me semble, le pic d'Anie.

Il est 19h, je me décide à avancer. Je fais le bon choix, car la descente est rude: chemins raides et glissants, ruissaux à traverser, et surtout, gros névés pentus déversant dans de l'eau pas très chaude, qui auraient été gelés demain matin. Il y a des traces fraiches de crampons 12 pointes, mais la neige est bien fondue en cette fin de journée et je passe sans matériel spécial.

20h, du monde est installé autour de l'Ibon de Campoplano. Une source coule à quelques mètres, allez, je pose le camp aussi dans le soleil couchant, la Grande Fache en arrière plan à droite.

Petite anecdote émotion: alors que j'arrive sur Campoplano, je passe à 3m d'une vache qui crit au désespoir. Elle continue alors que j'ai déjà fini de monter l'abri, tout en s'avançant. J'entends alors des réponses et vois arriver son veau, tout boiteux. J'assiste aux retrouvailles, quelle belle nature :)

Purée et dodo.

Parcours: 27km, 2200m D+, 2000m D-

Jour 16

La température est descendue petit à petit durant la nuit, au point de me faire fermer le quilt pour rester bien au chaud. Effectivement, ce matin le thermomètre indique 1°C sous l'abri. Dehors, tout est givré. Pti dej les pieds sous le duvet et je file, bien couvert, rejoindre Respomuso, où je fais le plein d'eau (captage en aval du chemin, pas besoin de descendre jusqu'au refuge).
J'ai un peu de mal à trouver le chemin qui monte aux lacs d'Ariel. Il faut descendre jusqu'au barrage, à main droite, des inscriptions bleues sur un rocher indiquent qu'il faut suivre le petit muret qui part à flanc. Chemin facile, jusqu'à arriver au lac d'Ariel, face au Palas.

Un névé piégeux borde le lac. Il a l'air traître comme ça, mais vu l'épaisseur et la dureté de la neige, je pense qu'il tient encore. J'ai pas testé :p

Montée raide jusqu'au col d'Arrémoulit et redescente jusqu'au lac.

Re-plein d'eau au refuge avant d'aborder le passage d'Orteig, qui n'a de difficile que ses cailloux lissés par les passages répétés. Y'a quand même du gaz dessous!

Longue descente vers le cailloux de Soques, où je récupère vers 13h ma troisième dépose! Elle est dans un état impéccable, mis-à-part le saucisson qui, coupé en grosse rondelles et resté enfermé pendant un mois avec le fromage, commence à être sacrément barbu. J'enlève la peau, ça le fera. Gros festin.
Je repars vers 15h bien passé, pas encore réveillé de ma sieste qui a duré un peu trop longtemps! Direction le pays d'Ossau, avec ses chardons bleus!

Refuge de Pombie, Col de Peyreget, l'Ossau est tout prêt, il donne envie d'y monter. Mais ce sera pour une prochaine fois. J'avance.

J'avais prévu de bivouaquer à la cabane de Cap de Pount, mais elle est habitée par des bergers (d'ailleurs, moutons, chevaux, vaches et cochons gambadent en liberté tout autour, l'idylle!).

Il fait encore très beau, j'avance jusqu'au Col des Moines où je me pose vers 20h30, pour profiter du coucher de soleil sur l'Ossau en mangeant. C'est magnifique. J'aimerais partager ce moment de bonheur. La liberté de la randonnée solo se paye aussi par quelques moments de solitude...



21h, le soleil est couché, je me remets en route. La suite du programme est essentiellement de la route (de Astun jusqu'au Col du Somport). Alors autant faire ces quelques kilomètres de nuit, à la lumière de la lune presque pleine, à la fraîche et sans les voitures.

Je rejoins Astun en une demi-heure, à la lueur du crépuscule, puis le Col de Somport, alllumant ma loupiote dès qu'une voiture passe. Puis la lune se lève, illuminant ma route jusqu'au parking de Sansanet. Oula! Mais c'est qu'il fait froid et humide ici! Pas l'idéal pour bivouaquer. Je continue 15min sur la piste jusqu'aux terrains bien dégagés entourant la cabane d'Escouet. L'air ici est chaud et sec, il est 23h30, je suis bien content d'enfin me coucher, à la belle étoile.

Parcours: 38km, 2000m D+, 2700m D-

Jour 17

Pendant la nuit, alors que je changeais (bruyamment... le cuben...) de côté, un chien non loin de moi s'est mis à aboyer. Heureusement il n'est pas venu m'embêter. Mais ce matin, j'entends le berger appeler ses brebis pour la traite. Je remballe tout sans prendre le temps de déjeuner, de peur de me retrouver sous peu avec les moutons... et les chiens. Je papote avec le berger en question, avant d'aller rejoindre Espélungère. Pause obligatoire aux framboisiers!

N'ayant pas eu beaucoup d'eau pour la nuit et ce matin, je fais un crochet au-dessus de la cabane Grosse pour remonter un ruisseau jusqu'à sa source, histoire de tenir jusqu'au prochain point d'eau: le refuge d'Arlet!

La portion jusqu'au col de Saoubathou est très agréable, beau relief et florissante, avec l'Ossau toujours présent. Pause repas peu après le col de Saoubathou au niveau d'une source, une des dernières avant d'attaquer les crêtes.
Je tire un peu trop haut et me retrouve au pic de Burcq. Petit point sur la suite du tracé.

Plutôt que de redescendre sur le col de Pau, je choisis de couper dans les pentes herbeuses sud-est, moins raides et plus directes. Et comme souvent, dès qu'on sort de la trace, on tombe sur des animaux :)

La descente est sêche, la remontée sur l'Ibon de Acherito aussi. Quelques sources qui coulent au-dessous du lac, mais des traces de vaches, je passe. Rinçage au lac avant de rejoindre la crête.

Mon plan initial était de descendre à la cabane d'Ansabère, et monter au pic du même nom par le col de Pétragème, puis rallier Belagua par la Sierra Longa (voir la HRP de René94). Mais le sommet n'a pas l'air si intéressant. Par contre plus loin, la Table des Trois Rois a de la gueule. L'idée est donc d'aller chercher le col d'Esqueste (ou Port d'Ansabère) sans trop descendre. Je reste donc sur les crêtes. Au pied du pic de la Chourique, il y a une cabane de chasseur en pierre , toute petite mais suffisant pour dormir à deux, à même le sol.
La descente sur le col de la Chourique n'est pas évidente. Je jette un oeil côté français: pente herbeuse, raide. Côté espagnol, un couloir, raide aussi, gispet et éboulis, mais ça a l'air de passer mieux. Clairement un coin à isard.

Ça attaque sévère au début dans l'herbe avec de bonnes marches, puis on continue dans les éboulis. Il faut tirer à droite dès que possible pour rejoindre une sente (d'isards?) pas très large mais bien marquée qui rejoint le col de la Chourique en 5 min. Passage sous le Pic de Pétragème, remontée vers le col de Pétragème sur 50m D+ avant de couper à droite dans les éboulis sous les aiguilles. Elles sont d'ailleurs super impressionnantes.

Je continue en niveau dans les éboulis, raides et pas très stables, je me rétame à deux reprises. On rejoint finalement le chemin qui monte au col d'Esqueste, juste avant le creux où loge un beau névé. Je n'ai plus beaucoup d'eau, la montée est dure, je trouve enfin un névé qui coule juste avant d'arriver au col. Je mets 15 min à récupérer 1L, il me faudra certainement tenir jusqu'à Belagua avec ça.

La fin de journée est dure (il est presque 20h), cette eau me redonne un peu de forces, je me remotive un coup pour attaquer les 300 derniers mètres d'ascension. Le terrain (cairné) est ludique, d'une terrasse à l'autre ça monte raide, je suis assez vite sur la table.

La vue est prenante, on domine la vallée envahie de nuages, vraiment un sommet qui vaut le détour. Surtout pour ce qui m'attend!

Cette portion dans le lapiaz, j'avais hâte d'y être. C'est incroyable ce que la nature peut sculpter. Je descends dans cet océan calcaire, seul au monde, le soleil en train de se coucher. Je saute par-dessus des gouffres de plusieurs mètres de profondeur, file de cairn en cairn, pressé par la lumière descendante et par la soif.

Je cours rejoindre le GR12 qui me mènera à Belagua. L'essentiel est d'y arriver tant qu'il fait jour, quitter cette zone périlleuse pour pouvoir poursuivre de nuit sur un chemin bien balisé. La vue est magnifique, le soleil est en train de tomber sur l'océan, caché sous les nuages. Je peux voir les derniers sommets Pyrénéens, et presque le bout du chemin. Instant magique.



J'atteins le GR12 à 21h, le soleil vient de se coucher. Le terrain n'est pas évident, même si je suis sur le GR, le terrain reste très caillouteux. La prochaine source sur ma carte est à environ 4km.

Je rentre dans le mode nuit: mes sens s'affinent pour capter la moindre lueur et rester alerte au moindre son; mes muscles et mes articulations se détendent pour sentir le sol et corriger mes pas mal placés. 21h30, la nuit s'invite, j'installe ma lampe de poche sur ma casquette, intensité minimum, concentration maximum.

Il n'y a personnne. Pas un humain, pas un animal, pas une habitation. Sans eau, il n'y a pas de vie. Arrivé aux environs de la source des isards, je n'entends rien. Je tourne quelques minutes, en vain. Je dois donc rejoindre Belagua ou me passer de repas ce soir. Non, je continue. Par chance le chemin devient un peu plus praticable, traversant des forêts. Nuit d'encre. A plusieurs reprises je perds le sentier et dois revenir sur mes pas avec plus de lumière.

Vers 23h30 j'arrive enfin sous la route qui mène à Belagua, au bord de laquelle se trouve une source. J'escalade une butte piquante pour y accéder et trouve cette précieuse ressource qu'est l'eau. Je me pose dans un champ à côté pour savourer à la lueur de la lune une grosse soupe de pâtes. Une fois de plus, dodo sous un toit étoilé. Quelle journée! :)

Parcours: 42km, 2300m D+, 2200m D-

Jour 18:

Réveil avec le son des cloches, le temps de prendre un petit déjeuner, je suis rapidement entouré de vaches!

Je lève le camp pour m'arrêter quelques minutes plus tard: mes chaussures n'ont pas apprécié la jounée d'hier et il me faut me mettre à la couture. Résultat après réparation:

Je quitte le GR12 pour rejoindre plus tôt les crêtes, comme suggéré par la HRP. Mais en fait, le GR12 est très bien tracé et on peut le suivre quasiment tout le temps jusqu'aux Aldudes! Je ne connaissais pas ce tracé avant de partir: il relie les cols en contournant les sommets, permettant de traverser le pays basque en suivant la chaîne des Pyrénées, et en minimisant le dénivelé.
Dans mon contourenement, je tombe sur un berger qui ramène ses centaines de moutons!

Je bavarde avec lui, avant de poursuivre sur le GR12 en contourant l'Otxogorri. L'Orhy se dévoile à l'horizon.

Progression un peu longue sur ces crêtes mais dans un paysage très typique: collines vertes et brouillard.
J'arrive enfin au port de Larrau. Là, c'est festival: ma dernière dépose! Retrouvée en parfait état, alors que depuis un mois des centaines de gens sont passés à côté.

Au menu bonus: cassoulet! Posé directement sur le réchaud à alcool, que je remplis d'un tout petit peu d'alcool, je fais réchauffer le fond, je le mange, et je refais chauffer sur le même principe. Un must :D

Je dois au final jeter un peu de nourriture car j'ai trop à manger. J'essaie de refiler des noix de cajou et taboulé à des personnes, personne n'en veut. Bon, je les porterai jusqu'au bout...
Par contre, pas de poubelle ici: ni l'Espagne et la France ne souhaite venir jusqu'ici ramasser les dêchets. Je confie finalement ma poubelle à une allemande de passage, avec qui je discute un petit moment.

Montée à l'Orhy sur la digestion, mais ça va. Le dernier sommet de plus de 2000m est derrière moi! Petite pause symbolique avant de continuer sur la crête d'Alupigna, menant au Zazpigain. En avançant sur la crête, je me retrouve bloqué par une arête. Ce n'est qu'après avoir vu la brèche de Zazpigain sur ma carte que je comprends qu'on peut contourner cette arête par un sentier flanc est.

Je quitte la crête de Zazpigain pour descendre dans le brouillard le long d'un lit de ruisseau vers la ferme d'Ibarrondoa.

Peu avant la ferme, le ruisseau coule, je fais de l'eau. Je rejoins le GR12 en direction du col de Leherra Murkhuillako. Il y a encore de l'eau partout, le ciel se dégage, pause réhydratation!

Au col, vue magnifique sur la mer de nuage qui a innondé la forêt d'Iraty. Les montagnes se font rares, j'approche de l'océan!

Je dois rejoindre le col d'Oraaté, en face, quelque part dans le brouillard. 19h30, j'hésite vraiment à rester dormir ici... mais je me decide à traverser ce vallon ce soir. Je suis donc le GR12. Il se trouve que le balisage est contradictoire avec ce qu'indique mon topo GPS, qui à l'évidence, mène au bon endroit. Je suis le balisage physique et me retrouve devant un flêchage dont aucun nom ne me parle. Un chemin semble aller dans la bonne direction, mais la nuit arrivant, je fais demi-tour pour aller prendre le chemin indiqué par mon topo. Une bête piste visiblement peu empruntée, qui m'amène jusqu'au fond de la vallée, où je retrouve le nouveau balisage du GR12. La piste que j'ai empruntée devait être un ancien GR car j'ai trouvé par endroits des marques rouges et blanches, masquées à d'autres endroits. La direction à suivre depuis le haut est en fait "Azpegi".
Je rejoins le col d'Oraaté dans le brouillard, en empruntant la route plutôt que le GR12, ce dernier étant beaucoup plus direct mais sombre et humide (fôret + brouillard + crépuscule). Je pose l'abri au col alors que la nuit est presque noire et le brouillard bien installé.

Parcours: 34km, 1600m D+, 1900m D-

Jour 19:

Quelques chiens sont venus aboyer à côté cette nuit, mais sans me déranger plus que ça. Je lève le camp après un déjeuner succint, n'ayant pas trouvé d'eau hier soir. Brouillard toujours très dense.

Direction Azpegi, GR12, qui fait trace commune avec la HRP.

Puis je quitte le GR12. La descente vers le vallon qui permet de remonter au col d'Erozate est glissante, pas super agréable. Toutes les sentes vont dans le sens contraire au mien, impossible d'en emprunter une sur plus de 5m!

Au col d'Erozate et peu avant, je rencontre un anglais et un couple de français, qui en sont à leurs débuts sur la HRP. Ils trouvent les mots pour me remonter le moral (déjà pas très haut): ça fait 4 jours qu'ils ont du brouillard tous les jours (j'avais prévu 3 jours)!!!

Eh beh mon vieux, y'a-t-il vraiment un sens à continuer avec cette météo? me dis-je. Le plus intéressant est derrière moi, devant moi m'attendent principalement des pistes et des routes. Sans compter les soi-disant "chemins" dans les fougères détrempées (je pense qu'on peut éviter cette galère en suivant le GR12 depuis le col d'Oraaté)!



Je suis coincé dans le brouillard, je ne prends pas de plaisir, alors que d'ici 3h, ma famille sera réunie pour célébrer l'anniversaire de mon neveu, et le mien si j'avais été là! Encore 3 jours, peut-être dans ces mêmes conditions! Je continue d'avancer, mon moral dégoulinant avec l'eau de mon pantalon dans mes chaussettes...

Depuis ce matin, j'ai attendu qu'il arrête de pleuvoir pour déjeuner, mais ça n'a jamais stoppé. La faim prenant place, je fais une pause, toujours sous la pluie, à la fontaine peu avant Etzangio.

Faisant dos au vent, je croyais rêver en sentant une douce chaleur dans mon dos, alors que le ciel restait totalement bouché. Mais non, le soleil pointe son nez pour quelques instants, me laissant l'espoir d'une journée pas si terrible.



Passé le col d'Arnosteguy, je rejoins le chemin de St Jacques dans la grisaille. Je passe tout d'un coup d'un chemin désert (croisé 3 personnes en 3 heures) à une autoroute. Mais le fait de discuter un peu avec des marcheurs, curieux de savoir d'où je viens et ce que j'ai sur mon dos, me redonne un peu de force. Avec ça, le soleil semble avoir percé pour de bon le plafond nuageux (je suis en Espagne...)!

Je me décide à accélérer pour en finir aussi vite que possible. Je prendrai d'ailleurs peu de photos cet après-midi. Courte pause au Port de la Ibañeta pour manger et faire sêcher mes pompes avant de me remettre en route. J'arrive à 16h au Col du Lindus, proche de là où je voulais dormir ce soir. C'est bon, je poursuis jusqu'au Aldudes, ça sera l'occasion de me prendre une bonne douche au gîte!

Peu avant d'arriver aux Alduldes, j'arrive sur un chemin assez large mais dans un dévers, entouré d'épaisse végétation. Un poulain se tient seul au milieu du chemin, 20m devant moi, sa mère en contre-bas ne m'a pas entendu. Je l'interpelle et l'effraie, elle accourt rejoindre son poulain et ils se mettent à fuire dans la direction dans laquelle je vais. Forcément, je les poursuis, ils ne dévient pas, je continue jusqu'à que la mère quitte le sentier en me laissant rattraper son poulain, incapable de s'éloigner du sentier. Elle regarde la scène d'au-dessus, d'un oeil inquiet, hénit, je la dépasse. Je suis entre elle et sa progéniture maintenant figée, me regardant sans trop savoir que faire. Je me décale alors un peu hors du sentier pour lui laisser la place de passer à côté de moi (1.5m) et rejoindre sa mère plus loin. Ouf!! C'était une belle séquence de regards plein d'émotions.

Finalement j'arrive aux Aldudes, 19h30, et passe voir les tafis du gîte. 42€ à deux avec petit-dej, ça va, mais 30€ seul! Bon, c'est hors budget, tant pis pour la douche, je fais le plein d'eau potable et monte bivouaquer au col d'Argibel. La lumière baisse, j'ai à peine le temps de monter la tente que la pluie s'invite. Bon timing :)

Je ne suis plus qu'à 2h de marche d'Elizondo, il ne me reste qu'environ 60km à parcourir jusqu'à Hendaye. Avec la détermination de couvrir toute cette distance demain, je mange un maximum ce soir pour être plus léger possible.

Parcours: 45km, 1800m D+, 2100m D-

Jour 20:

Ce matin le temps est bien dégagé. Je suis le GR11 d'un pas express, sans manquer bien sûr de me rétamer: dans un sentier de terre et de pierre, j'arrive lancé dans un virage pentu, j'ai beau freiner des quatres fers, voir la chute arriver, je ne peux plus rien faire, je m'étale dans la boue. Je m'offre quelques mûres pour calmer mes bobos.

J'atteins Elizondo en 2h, la brume ne s'est pas encore levée.

Pause déjeuner, je m'allège encore avant ma dernière longue ascension. Plus loin à un croisement, quelques poneys regroupés autour d'une fontaine me rappellent qu'il me faut faire de l'eau.

Je m'approche de la fontaine et ils me suivent. Pas bêtes eux, ils profitent d'un système de bacs en cascade pour boire l'eau qui coule à côté. Je leur donne un pue plus à boire.

Le GR11 continue de monter dans les champs, tantôt sur une piste, tantôt sur un chemin raide et étroit. Et puis au détour d'un virage, sur la piste contournant l'Atxuela, apparaît... un bunker. Non, ce n'est pas lui le plus important, c'est la Rhune, l'océan qui s'étend derrière, et Hendaye, ma ligne d'arrivée. C'est d'autant plus fort que je ne m'y attendais pas. Je savoure ce moment quelques minutes.

La suite est sans grand intérêt, beaucoup de piste. Je traverse les palombières d'Etxalar alors qu'une battue est en train de se mettre en place: une trentaine de 4x4 bouchonne sur cette piste, 1 personne par véhicule. Vous connaissez le covoiturage?

Je ne monte pas jusuq'à la Rhune, à la place je descends quelques centaines de mètres sur la route de Bera avant de virer à droite sur une petite route de campagne vers Casa Rural. Ne pas prendre à gauche le chemin en béton qui monte raide, je me suis fait accueillir par deux molosses qui ne m'ont pas laissé passé (de toute façon, je m'étais trompé). Je rejoins la HRP sous la Petite Rhune.

18h, la pluie se met à tomber alors que j'atteins le col d'Ibardin et le GR10. Je ne m'attendais pas du tout à voir un village commercial ici. Une sorte de Perthus miniature, avec tous les français en vacances sur la côte basque venus faire le plein ou acheter du linge basque pas cher! Voyant mon plan de ce soir (pizza sur la plage!!!) tomber à l'eau, je rentre dans un magasin chercher du chocolat, histoire de me motiver pour les dernières heures de marche sous la pluie.

Une noisette boostée au Toffee, ça avance tout seul! J'en ai enfin fini avec les montées, je dévale sous la pluie tête baissée, la levant quand même de temps à autre pour vérifier que je vois toujours du rouge et du blanc. C'est toujours bon. Enfin, c'est ce que je croyais. Je me retrouve dans un endroit qui ne me dit rien du tout. Je sors la carte: j'arrive sur Biriatou, pas du tout au bon endroit. Pourtant, il y a avait toujours du rouge et du blanc (et un peu de jaune, j'avoue). Ma faute, avec la pluie et la précipitation, je n'ai ni sorti la carte, ni le GPS qui avait les piles faibles. Mon détour m'a fait perdre 45 minutes. Pour autant, faut dire que les indications ne sont pas claires!!



Après 3h de marche arrosée depuis Ibardin, j'arrive à l'entrée de Hendaye. La pluie s'est calmée, le soleil est en train de se coucher, l'océan m'attend. J'ai maltraité mes pieds dans ma marche pressée, mais j'y suis. Encore une demi-heure, et je touche le sable, le bout. Hendaye n'est pas très accueillant, encore moins de nuit et sous la pluie qui reprend.

Mais j'ai la banane :) J'ai relié les deux mers, en moins de temps que je ne le pensais, et en prenant un max de plaisir. Il ne me reste plus qu'à rejoindre le camping avant de prendre une bonne douche et profiter d'un repas chaud... sous la tente. Demain, lever avec le soleil pour aller attraper mon train à l'autre bout d'Hendaye!

Parcours: 61km, 1700m D+, 2600m D-

Capuche à l'ouest :)

Commentaires

Merci

La lecture de votre récit est un beau voyage.

Merci infiniment du récit de votre périple à travers les Pyrénées ainsi que de vos photos et vidéos que vous nous faites ainsi partager.
Je suis très impressionné par certaines des étapes que vous avez parcourues (distance, dénivelé), notamment avec le peu d‘équipement dont vous disposiez.
Je n’aurais pas osé, pour ma part, me lancer dans une cette traversée sans emporter des chaussures de montagne et des crampons 12 pointes, même si vous ne vous êtes servis qu’une fois de vos crampons légers.
Traverser en solo les Pyrénées, ainsi que vous l‘écrivez, en 20 jours, me semble relever d’une vraie performance que peu de montagnards peuvent réaliser !
Je fais parfois quelques belles courses sur 12 ou 13 heures de temps, avec des dénivelés positifs de 2000 à 2500 m, mais je ne me sens pas capable de faire ce que vous avez fait, en 20 jours et pourtant je pensais être quelque peu montagnard …
Bravo et encore merci de votre récit. Nota : Comment récupérer l’intégralité de votre trace GPX en fichiers dont je puisse me servir pour mon GPS ?
Bien cordialement
Gérard

Merci pour ces sympathiques messages.
Gérard, je vous ai envoyé la trace par e-mail. Pour ce qui est de la “performance”, je la dois à plusieurs facteurs déterminants : – des conditions météo très favorables et le fait d‘être seul, me permettant de marcher longtemps – un sac très léger, pour être agile dans les passages techniques et réduire la fatigue – des chaussures souples, pour libérer tous les muscles et articulations du pieds et ainsi amortir les chocs qui sont sinon transmis aux membres supérieurs (genoux, hanches) – un GPS, m‘évitant de passer du temps à chercher la route lorsqu’elle n’est pas évidente.

Pour ce qui est des chaussures, c’est une question d’habitude. Quand on a toujours marché avec de grosses chaussures, difficile de s’imaginer partir sur une HRP avec des chaussons. C’est un grand débat. Mais depuis que j’ai changé (il y a 3 ans) mes “grosses” pour des “basses”, jamais je ne les ai regrettées (hors neige abondante…). On est plus agile, plus réactif à un déséquilibre, on sent mieux le terrain et on transpire moins.

Enfin, concernant la forme physique, je suis tout comme vous crevé après une journée de 12-13h isolée, durant un week-end entre deux semaines de boulot, sans préparation préalable. Sur 3 semaines, les premiers jours sont assez durs, mais on rentre vite dans le bain, et on finit par devenir une machine. Multiplier les sorties isolées avant le grand départ permet aussi d’atteindre plus vite son niveau et son poids de forme. Avec un minimum de préparation et de la volonté, je suis persuadé que beaucoup plus de personnes qu’on ne le pense en sont capables :)

Merci pour ce récit. J’ai adoré. Jalouse de la cure de framboises qui se finit en noisette boostée au Toffee qu’a la banane ! Rire.
Et j’ai flashé sur quelques lacs. Les lacs de montagne m’ont toujours attirée, vas savoir pourquoi… Bref.

bonjour,
Un grand bravo, pour votre exploit et pour votre récit qui est accompagné de belle photos, je me rejoui de pouvoir faire la HRP en 2017
actuellement préparation physique pour arriver à bon port
Encore merci pour votre écrit
Cordialement
Alain

Bonjour,

bravo pour cette traversée, ce récit est des plus inspirants !
J’ai aussi des soucis pour récupérer votre trace gps, pourriez-vous me la faire parvenir ?

Bonjour
Je viens de finir non pas la traversée des Pyrénées, à pieds, mais de lire votre récit. Et cela donne envie de réaliser à mon tour cette traversée et où le GR10. Je vous félicite pour ce beau parcours qui n’a pas dû être aisé par moment, météo, solitude, terrain varié…. Par contre je pense que chaque rencontre faite sur ce parcours aura été un merveilleux moment de partage. Merci pour vos belles photos et vidéos. Merci d’avoir réaliser ce parcours pour vous et les yeux de tous les randonneur(seuse)s et autres gens qui lirons votre aventure du HRP.
Bravo
Jean des PO

Bonjour,
Je lis et relis votre parcours. Génial!
C est sûr, encore une fois certainement vous serez à l origine d un “bon, c est décidez, j y vais cet été”!
En tous les cas je vais le préparer au mieux et pouvoir observer ces paysages qui font rêver.
J ai un petit soucis: votre trace est impossible à télécharger.
Pourriez vous me la donner svp.
Merci
Gérard

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