GDT - Traversée des Rocheuses canadiennes

Le Great Divide Trail (GDT) est un tracé qui, officiellement, s'étend sur 100km. Du moins pour la portion reconnue et maintenue par les Amis du Great Divide Trail, construite dans les années 70 et 80. Le tracé officieux, détaillé dans le guide de Dustin Lynx, est long de 1200km. Il chevauche la ligne de partage des eaux du continent nord-américain, qui sert aussi de délimitation entre les provinces canadiennes d'Alberta et Colombie Britanique, avec comme extrémité sud, le 49ième parallèle nord, là où commence le territoire américain et où s'arrête le Continental Divide Trail, et comme extrémité nord, le Lac Kakwa. Le fait que Parcs Canada ne le reconnaisse pas comme chemin de randonnée à part entière, comme le sont le PCT, le CDT ou l'AT aux USA, fait qu'il est relativement peu connu et du coup peu emprunté. Plus de tranquilité, une nature mieux préservée et la libertée de prendre des chemins alternatifs.

Le GDT est l'ensemble de plusieurs portions de sentiers mises bout à bout, traversant pas moins de six parcs nationaux, dont Banff, Kootenay, Yoho et Jasper, ainsi que sept parcs provinciaux, dont Peter Lougheed, Height of the Rockies, Mount Assiniboine et Mount Robson. Ralliant cols et vallées, donnant l'occasion de faire quelques sommets au passage, l'itinéraire évolue entre 1055m et 2590m, partagé entre forêts essentiellement de conifères et paysages alpins.

Irina est partie 4 mois en échange à Vancouver, et me voyant mal ne pas en profiter, j'ai aussi posé un mois de vacances, pour aller visiter le pays. Le GDT se trouvait être une bonne option dans les environs, pour allier voyage culturel et sportif. Cela dit, avant comme après, je n'aurais jamais traversé la Terre avec pour seul but cette randonnée. Mais j'en reviens plein d'émotion et avec l'envie de repartir...

Introduction
Récit - première partie
Récit - deuxième partie
Trace GPS
Matériel
Ressources

Règlementation

L'accès et le bivouac dans les parcs nationaux est réglementé et soumis à un permis, qu'il faut se procurer aux bureaux du parcs ou par téléphone. C'est de l'ordre de 68$ pour l'année. Le bivouac n'est autorisé que dans des campements définis, avec un minimum d'infrastructure, de manière à regrouper les randonneurs et protéger la faune. Assez contraignant, car il faut établir ses étapes bien à l'avance et réserver ses nuits à l'avance (payant sauf 24h avant). De surcroît, l'été il peut être difficile d'obtenir le permis si l'on s'y prend trop tard: les camps sont vites surchargés!
Tout ça n'a pas été pour me ravir, lorsque je me suis penché sur cette randonnée, mais c'est finalement un gage de bonne gestion des parcs.

Ravitaillement
L'itinéraire offre des possiblités de se ravitailler tous les 7-8 jours gossomodo, parfois même plus rapidement. Cela inclut bureaux de postes (Coleman, Field, Jasper), centres d'information (Peter Lougheed) et autres points touristiques (The Crossing, Sunshine Village...). Ils sont détaillés dans les liens donnés plus bas. Si l'on ne souhaite pas fonctionner avec la poste restante, il faudra se restreindre à l'offre minimaliste et onéreuse des quelques épiceries sur le chemin.

Quand partir
La saison idéale pour la météo est août-septembre. En juin, il reste beaucoup de neige, en juillet, certains cols sont encore bien enneigés, et fin septembre, les températures baissent et les chutes de neige sont plus fréquentes.

Et moi dans tout ça?

Moi, bah je vais aller me faire tout petit au milieu de cette nature et de ses habitants. Tout petit, pour admirer sa beauté sans la déranger, essayer de me faire adopter. J'ai fixé mon départ au 1er octobre. Je ne pouvais pas prendre de vacances avant, donc j'ai dû m'y résigner. L'avantage, c'est que les chemins sont déserts et les moustiques complètement absents; l'inconvénient, c'est qu'il fait froid, qu'il pleut et neige. De ce fait, ma décision a été de démarrer au nord, à Jasper, et descendre vers le sud jusqu'à Kananaskis Lake, soit environ 500km, en 20-25 jours.

Ma première grande randonnée seul. Qu'est-ce qui me pousse à faire ça? Prendre l'air, voir du paysage, découvrir les Rocheuses à l'automne, telles qu'on ne les voit pas dans les récits existants, me laisser impressionner par la taille de leurs contreforts et la rudesse de leurs sommets. Gagner en expérience, me confronter à des conditions difficiles, pour apprendre, évoluer, grandir, afin de pouvoir envisager des destinations plus exigeantes. Et libérer mon esprit, me concentrer sur les besoins essentiels de l'homme, effleurer la simplicité de vie qu'il a eu il y a des milliers d'années. Et prendre le temps. Le temps de repenser à ce qui compte pour moi, où je souhaite aller. Le temps de ne penser à rien, juste voir le chemin et les paysages, défiler sous mes pieds et devant mes yeux tout illuminés. Méditer tout en marchant, si on peut dire. Voilà ma motivation.

J'ai eu beaucoup de mal à obtenir des infos sur l'état de la montagne et des sentiers à cette saison là. Peu sont ceux qui traversent les Rocheuses et qui le font savoir, alors imaginez combien partent à l'automne... l'hiver même en fait là-bas. Mes appels aux bureaux des sentiers en ont étonnés plus d'un, et les réponses que j'ai pu obtenir sur backpackinglight n'étaient pas très optimistes. Mais au final ça ne sonnait pas insurmontable, je suis quand même parti, plein d'enthousiasme mais sans grande ambition. Il y a des échappatoires tous les 30-40km. Je pars avec une liste hivernale, de quoi résister à -20°C la nuit, et j'irai jusqu'où je pourrai. Voilà mon itinéraire.

L'idée de ce récit, un peu comme tout ce que je raconte sur ce blog, n'est pas de montrer de quoi JE suis capable, mais plutôt, de montrer ce que TU serais capable de faire. Suciter l'envie de se lancer et donner des éléments de préparation pour envisager une telle aventure soi-même. Et accessoirement, partager mon vécu dans cette nature sauvage mais si belle...

Allez, ça commence ici, à Vancouver!

J00 - Préparation et transfert à Jasper
Burger X Bus

Je suis arrivé depuis 2 jours à Vancouver et ai eu un peu de temps pour récupérer de mes 3 nuits blanches consécutives cette semaine, faute à mon déménagement... Irina est là depuis un mois déjà et ne repart que dans 3 mois. J'ai été acheter mes dernières provisions et du gaz sur place et fini mes 2 colis, que j'emporte à Jasper pour les poster. Un avec 4 jours de nourriture, pour la portion The Crossing - Field, et un autre avec des rations pour 8 jours et une recharge de gaz, pour la portion Field - Kananaskis. Je laisse mes affaires de touriste là pour n'emporter que mon matos de rando.
Avant de partir, nous voulions aller manger un bon burger comme savent les faire les nord-américains. On a en repéré un pas mal juste à côté de la gare centrale de Vancouver, là où je prends mon bus ce soir à 18h.
Arrivé là bas, c'est fermé. Pas de burger. Il me faudra attendre 3 semaines! Quel supplice...
Nous filons donc vers le comptoir de Greyhound, valider mon ticket, qui m'a coûté 90€ sur internet. Je n'ai pas pensé à assembler mes deux colis de bouffe et mon sac en un seul paquet, du coup je paie 10$ de supplément pour mettre deux bagages en soute. Tout est bon, dernier bisous avant le grand départ.
Je passe la sécurité. Ou pas. Le gars repère mon spray à ours et me le confisque. Les récipients sous pression sont interdits, même en soûte... Heureusement qu'il n'ouvre pas mon sac pour y chercher le gaz... Finalement, après avoir arrangé mon piolet qui ne plaisait pas au conducteur, j'embarque le dernier dans un bus presque plein.

J01 - Jasper - Tekarra CG
Permis X Pluie

Après 13h de voyage de nuit et quelques arrêts au milieu de nulle part, me voilà 800km et un fuseau horaire plus loin, dans le nord des Rocheuses, à Jasper, altitude 1070m. Il fait 3°C, le soleil n'est pas encore levé, j'ai deux heures à traîner avant l'ouverture de la poste et du bureau des sentiers de Parcs Canada.

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Les rangers sont surpris de me voir débarquer pour un GDT à cette époque. Je passe 1h avec Elliott à établir mon "Wilderness Pass" pour la vingtaine de nuits que j'ai à passer dans les parcs nationaux de Jasper, Banff, Yoho et Kootenay. Dans ces parcs, il m'est imposé de dormir dans des camps réservés à l'avance. Ce point m'avait un peu rebuté, durant la préparation, me privant de la liberté de m'arrêter bivouaquer qu'une fois la nuit tombée. Garder un planning avec un horaire! Mais c'est de toute façon la seule manière de découvrir les Rocheuses sous cet angle, et au final, j'ai pu accommoder mes journées pour en faire un inconvénient mineur.

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Mon permis en poche, je file à la poste, juste à côté, envoyer mes 7kg de bouffe pour 30$ aux prochains croisements de mon chemin avec la civilisation (un hotel, The Crossing, et un bureau de poste, à Field). Je passe acheter un briquet et un stick à lèvre, oubliés à Vancouver. Ainsi qu'un nouveau spray à ours... Celui que je trouve est moins puissant, moins concentré. De toute façon, vu l'odeur et le goût de mon nouveau stick à lèvres, les ours viendront plutôt me rouler une galoche que m'aggresser.

Depuis le centre ville, on aperçoit Signal Mountain (à gauche) et Tekarra Mountain (à droite), au pied de laquelle je dors ce soir. Temps dégagé, pas de neige sur les sommets avoisinnants, il fait bon, quelques nuages accrochés aux massifs.

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La météo est de mon côté! C'est parti! Je sors de Jasper vers 11h.

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Mes yeux regardent partout, curieux et assoifés de paysage. Dès le troisième kilomètre, je loupe une intersection et me retrouve perdu au milieu.... d'un terrain de golf. Je retrouve la voie tant bien que mal, sous le regard intrigué de quelques joueurs. Passage dans les bois, premier animal! Un écureuil. N'est-il pas craquant, s'appuyant à son arbre, la main sur le coeur?

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Mes pieds commencent à chauffer, changement de chaussettes. J'avance d'un pas entraîné mais craintif. Je suis aux pays des ours. Je n'ai encore aucune expérience. Je ne sais pas quand et où je suis suceptible d'en rencontrer. Alors je fais du bruit, avec mes bâtons, que je laisse traîner sur les cailloux, ou je parle. Alors que j'approche d'une intersection, j'aperçois une masse marron à travers la végétation, à une quinzaine de mètres. Plusieurs en fait. C'est un groupe de wapitis ("elk" en anglais). Pas super gracieux avec leurs allures de vaches. Deux femelles et deux petits sont là en train de brouter. Je les contourne tranquillement après avoir pris quelques clichés.

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Le chemin rejoint enfin le départ du Skyline Trail et l'extrémité nord "officielle" du Great Divide Trail. Officielle, car beaucoup de thru-hikers (randonneurs longue distance) continuent encore vers le nord pour 200km, jusqu'au lac Kakwa.

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Je capte un peu de réseau, j'en profite avant de sortir de la couverture téléphonique pour les 7 prochains jours. Un peu d'énergie avant les 1000m d'ascension et 15km qui me mèneront jusqu'au Tekarra Campground.
La montée est progressive, sur une large piste forestière. Un groupe de randonneurs, dans l'autre sens, arrive bientôt au terminus. Peu de vue dans cette montée, je reste dans les arbres. Sur la fin, peu avant Signal CG, quelques gouttes font leur apparition. Pas menaçant pour l'instant.
Je sors des bois alors que le sentier redescend. Il me reste 6km et la pluie forcie, ma veste est sur le dessus mais à l'intérieur de mon sac, il fait chaud, je suis déjà un peu mouillé, pas envie de la mettre. En fait ça tombe dru. Le vent est de la partie, il fait froid, je presse le pas pour me réchauffer. Par endroit le sentier est innondé. Je croise un gars qui me dit "Good luck, it's all wet".

J'arrive à Tekarra CG à 17h, toujours sous la pluie, trempé, 2°C. Je trouve un emplacement pour monter mon abri et plonge sous celui-ci pour vite me protéger de l'eau et du vent. J'ai vraiment été chercher les meilleures conditions pour le baptême de mon matos de bivouac! Une fois dessous, je reste accroupi 5 min, tremblotant, tout mouillé, à me réchauffer, moi et mes mains engourdies. Qu'est-ce que je fous ici, sérieux, dégoulinant et frigorifié. Première journée, j'ai mal géré la pluie.
Enfin je me déshabille et enfile mon pyjama sec et chaud. Je mange quelques chips, un bout de saucisson et de fromage et me glisse dans le sac de couchage. Il ne pleut plus. Il neige. Ce n'est que la première journée... Je m'endors au chaud.

Parcours : 25km, +1170m, -180m


J02 - Tekarra CG - Snow Bowl CG
Neige X Brouillard

Réveil par -2°C, à 2000m, sous un paysage tout blanc, il neige toujours. Mes vêtements, restés hors du sac de couchage, n'ont pas sêché. Mais j'ai bien dormi. J'enfile mon pantalon et mon mérinos manche longue encore trempés, et passe la doudoune synthé et la veste imper dessus. Petit déj' sous l'abri et je lève le camp.

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Je cafouille un peu avant de trouver le sentier, tout commence à bien être recouvert de neige. Une fois dessus, et malgré la neige, le sentier reste visible et je progresse bien, cependant avec une vue très limitée. Je vois à 100m...

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Certes je m'attendais à rencontrer des conditions hivenales, mais pas si tôt! J'atteinds la zone alpine, sur les crêtes, où le vent s'invite, avant de traverser un grand dévers (enneigé bien sûr) pour rejoindre The Notch, col à 2500m. Je glisse à 2-3 reprises, sans grand risque. Au col, alors que je devrais assister à un panorama magnifique, je me contente d'une courte pause de 2min, histoire de ne pas me refroidir. Juste le temps d'enfiler mes mini-crampons. A travers les flocons, j'aperçois vaguement le lac Curator, là-dessous.
Je descends un névé un peu pentu et perds le chemin, mais il n'y a pas 36 directions possibles. La suite se passe dans de gros blocs recouverts de 20cm de neige. Pas évident de ne pas mettre le pied dans un trou. J'atteinds enfin et passe le lac Curator, sous le regard intrigué d'un groupe de bouquetins.

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Il neige toujours depuis ce matin, la visibilité ne s'améliore que de temps en temps pour un bref instant.

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Toujours hors-sentier, le prochain col est en vue. Soudain le sol se dérobe sous mes pieds, mon poids bascule dans le vide et je glisse sur trois bons mètres dans un goulet. Je me relève, ça fait drôle. Tout étant blanc, je n'ai simplement pas remarqué cette dépression du terrain et ai posé mon pied dans la pente comme si j'étais sur du plat.
Je passe le col Big Shovel et redescend tranquillement le long d'un ruisseau.

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Le camp prévu sur mon permis est encore loin, je n'avance pas vite et l'heure tourne. Allez, je m'arrête au prochain camp.
Fin de la journée à 17h au Snow Bowl CG. Tout est recouvert de 30cm de neige, tombée durant les dernières 24h. Comme hier soir, je mange froid sous la tente et dors avec ma bouffe stockée dans le sursac. Même si Andrew Skurka le fait, c'est loin d'être conseillé par Parcs Canada. Mais considérés la météo et le nombre de couches, hermétiques ou pas, qui renferment mes vivres, la probabilité qu'un ours se pointe est vraiment minime.

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Je n'ai pas quitté la doudoune de la journée, le vent étant là pour me refroidir durant les montées. Mon mérinos trempé ce matin est maintenant sec. J'ai passé la journée les pieds dans la neige, sans voir l'horizon, et n'ai croisé personne. J'ai perdu une bouteille d'eau, certainement en glissant. Celle avec laquelle je bois...

Parcours : 19km, +730m, -700m


J03 - Snow Bowl CG - Trapper Creek CG
Soleil X Retard
 
Le thermomètre indique -6°C sous l'abri. Il fait presque 2°C de moins dehors. En effet, le ciel est bien dégagé, promettant une belle journée.

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Point noir, mes chaussures mouillées de la veille, restée dans l'abside, sont plutôt rafraîchissantes! Je passe une demi-heure à alterner entre rangement et réchauffage de pieds. Dans une petite boîte à lettre en bois, destinée à ceux qui se sont enregistrés au registre de sécurité volontaire (gratuitement il me semble). J'y trouve le message d'un groupe de randonneuses, passées là deux jours avant moi!

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Départ en direction du col Little Shovel (à gauche ci-dessous).

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Je passe le col, toujours tout seul, au milieu de ces étendues toutes blanches, progressant dans de la neige maintenant profonde, faisant ma trace. C'est beau, ennivrant. Malgré mes pieds qui se réchauffent à peine, je délecte vraiment cette portion. Pas dur, après la journée d'hier...

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Un peu long la descente dans les bois, mais la marche y est agréable. Peu avant la fin du Skyline Trail, je croise trois américains du Minnesota et Wisconsin, qui ont décalé leur départ d'un jour pour éviter le mauvais temps. Ils ont eu bon nez, eux. Ils sont grands, avec de gros sacs. Je me sens tout petit à côté. Doivent avoir du sang viking...

Arrivée à Maligne Lake avec une bonne demi-journée de retard. Il me faut aller racheter une bouteille d'eau à la Lodge, à 1km hors itinéraire, au bord du lac, où sont réunis une centaine de touristes de toutes nationalités. Je me pause quelques minutes au bord du lac, au milieu de ces gens, le temps d'apprécier ces 2 jours passés sur le Skyline Trail et réfléchir à la suite. Il est 14h et j'ai encore 27km à couvrir jusqu'au camp initialement prévu...
Je change de planning pour aller dormir au Trapper Creek CG, à 6km du Lac, que j'atteinds vers 17h après deux heures de marche dans les bois, faisant la trace et enjambant des troncs. J'ai un peu de temps avant que le soleil se couche, il ne fait pas trop froid (1°C), je vais manger chaud! L'espace normalement réservé à la cuisine est inutilisable, je m'installe sous un arbre.

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Voulant allumer mon réchaud, je me rends compte que j'ai aussi perdu le briquet acheté à Jasper. Il était dans une poche. Bien content d'avoir ma pierre à feu. Le ventre plein, je prends mon temps pour monter le camp et me glisse au lit.

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J'ai pratiquement une journée de retard sur le planning, et des pieds qui commencent à se faire douloureux, notamment aux niveau des tendons d'Achille.

Parcours : 19km, +480m, -750m


J04 - Trapper Creek CG - Mary Vaux CG
Wilderness X Douleur

Je me suis réveillé à plusieurs reprises cette nuit pour fermer quelques écoutilles, -9°C ce matin. Mes chaussures sont congelées. J'ai l'impression que même des sabots en chêne seraient plus confortables. Je passe à nouveau une bonne demi-heure à réchauffer mes pieds. Quelle perte de temps... et d'énergie. Mon système d'attache de la toile aux bouts des bâtons, via une boucle pas assez large, a complètement gelé. Déglaçage au piolet!
Je sors finalement et prends le chemin. Je dois bouger mes orteils en permanence pour qu'il ne s'engourdissent pas. Et la beauté du décor matinal givré n'y aide pas, je me "dois" de m'arrêter prendre quelques images.

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Y'a de la compagnie par là.

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Je progresse dans les bois jusqu'à rejoindre la rivière Maligne, non loin de là où elle se jette dans le lac du même nom. Je la suivrai jusqu'à sa source, au col Maligne, au pied duquel je dors ce soir.

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En fait le pont qui permettrait de traverser la rivière est cassé, le bureau des sentiers m'en avait averti. Le niveau est bas, passage à gué sans souci, chaussures aux pieds (on est plus à quelques gouttes près) et pause sêchage sur les restes du pont. Into the wild.

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Un hélico (touristique?) passant dans le coin se rapproche de moi, certainement intrigué par mon bordel étendu partout. Je lui signale que tout va trèèès bien.
De retour dans la forêt, en alternant de temps en temps avec les rives de la rivière, sur lesquelles je progresse moins vite: beaucoup de buissons, même si le sentier reste évident. Parfois un bout du sentier a même été emporté par la rivière.

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Entre le froid et l'humidité permanente dans mes chaussures, mes pieds ont gonflé et je me retrouve un peu à l'étroit. J'ai quelques ampoules qui n'arrivent pas à sêcher. Ajouté à ça la tige arrière, durcie par le froid, qui martelle tous les matins mes tendons, mes pieds me font de plus en plus mal.
Malgré la douleur, je prends vraiment beaucoup de plaisir à évoluer dans cet environement, surtout lorsque je sors des bois pour rejoindre les plaines innondées, près de la rivière. Paysages sauvages, couleurs et lumières d'automne. C'est vraiment une des images que je me faisais du Canada avant d'attérir ici. Je suis là, si vulnérable, au milieu de ces grandes étendues. Je m'arrête pour vivre cette ambiance, je sourris. Un frisson glisse le long de mes flancs.

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J'ai passé une bonne partie de la journée à manger du buisson, m'enfoncer dans la neige, enjamber ou contourner des arbres. Ce sentier n'est pas maintenu. Progression lente, mais profondément impreignée du "wilderness" canadien.
Arrivée au Mary Vaux Campground, déjà dans l'ombre.

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Purée saucisson pour réchauffer mes pieds froids et fêter mon premier bivouac sur sol sec depuis le début!

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Parcours : 21km, +470m, -200m


J05 - Mary Vaux CG - Poboktan Creek CG
Ours X Sortie

Hier soir j'ai pris la précaution de mettre mes chaussures sous mes pieds, dans mon sac retourné. Elles ne sont pas congelées, mais le résultat est le même: le temps de plier, avec -11°C dehors, je me retrouve comme les autres matins. Je prends le chemin du col Maligne dans un décor sub-alpin saupoudré de blanc, sabots aux pieds.

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Traversée de la rivière Maligne, qui a bien rétréci, sous la bienveillance de l'imposant Mont Mary Vaux.

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Petite parenthèse culturelle pour parler de cette Dame. Mary Vaux était une botaniste et artiste de Philadelphie qui a été une des premières américaines, avec ses parents, à emprunter la nouvelle ligne Canadian Pacific Railway menant vers les Rocheuses, à la fin des années 1800. Elle partait se balader dans ces montagnes en robe très chic pour documenter les fleurs de son plus beau coup de pinceau. Plus tard avec son mari paléontologiste, début 1900, grâce à ses connaissances en photographie, elle a mené les premières recherches géologiques sur les glaciers dans les rocheuses, pionnière dans ce domaine. Leurs résultats font partie du fondement des connaissances actuelles.

Pour en revenir à mézigue, la douleur dans mes tendons d'Achille est toujours là, bien présente. Le col n'est plus très loin, une fois de plus, paysages magnifiques à 360°, tout de blanc couvert. L'endroit est désert. Je fais une pause, seul avec quelques bruits d'éboulis, pieds à l'air, à essayer de leur faire prendre le soleil qui tape fort.

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Plus loin la vie reprends, un ruisseau, le Poligne Creek, du vert, des arbres, et un couple de perdrix des neiges ayant presque fini d'enfiler leur combi de ski. Poboktan Mountain droit devant, 3320m.

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Descente le long de Poligne Creek, qui sera gelé d'ici deux à trois semaines. A côté, je tombe sur une étrange formation dûe au gel de très fines herbes.

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La neige tombée il y a trois jours a gardé les traces de ceux qui l'ont piétinée. Je tombe sur celles de deux grizzlis, certainement une femelle avec son petit. Passés par-là dans la journée ou hier.

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Plus loin, encore d'autres traces, ainsi que les imposants estrons qui vont avec. Les grizzlis à cette saison ingurgitent plus de 20.000 kcal par jour! Mais celui-là doit être moins gaillard, vu son rendement médiocre...

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Ce matin je me suis réveillé avec une douleur dans le genou droit. Mon syndrome rotulien s'est réveillé, depuis une bonne année qu'il ne m'avait pas embêté. Mais c'est dans cette descente sur le versant sud du col qu'il s'exprime pleinement, me forçant à délester et tendre la jambe droite. Ça associé à mes pieds qui souffrent à chaque pas, il devient de moins en moins sérieux de continuer à marcher. À moi la faute, je n'ai pas pris le temps de m'étirer assez et ai négligé de m'entraîner un peu, faute de temps, avant de venir marcher dans les Rocheuses. J'envisage très fortement la sortie...

Il est 16h et il me reste 12km pour boucler mon étape, avec un jour de retard. Faisable, mais non sans souffrance. Je veux garder la possiblité de sortir du trail et rejoindre l'autoroute demain matin si ça ne va pas mieux. Je pousse donc jusqu'au camp suivant, en bas dans la vallée, à 7km de l'autoroute. Petite étape aujourd'hui donc, mais en arrivant au camp tôt, je prends le temps de faire un feu pour essayer de faire sêcher mes sabots. A défaut de m'être vraiment fait plaisir à marcher, je profite d'un dernier rayon de soleil à travers les arbres au camp.

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Avec toutes les traces de grizzlis que j'ai vues aujourd'hui, je pends ma bouffe ce soir. Trois jours que je n'ai pas croisé un gus, c'est pas l'endroit où se faire manger. J'en profite pour parler un peu des ours. J'ai passé beaucoup de temps à me renseigner sur eux avant de partir, plus d'ailleurs qu'à ma préparation physique ou celle du chemin.

De manière générale, les ours, et en particulier les grizzlis, font tout pour nous éviter. Ils voient très mal, mais entendent très bien et peuvent sentir une charogne jusqu'à 30km. Il y a un réel intérêt à savoir différencier les deux espèces présentes au Canada. Les ours noirs sont relativement craintifs, de taille moyenne avec de petites griffes, on peut envisager de leur faire face. Les effrayer d'abord en criant et en se faisant imposant, lancer des caillous et au corps à corps, viser le nez et les yeux. Les grizzlis sont plus gros, peuvent se dresser sur leurs pattes arrières pour atteindre presque 3m de haut, et ont des griffes acérées. Ils attaquent lorsqu'ils sont pris par surprise à courte distance ou pour protéger leurs progénitures, les cas de prédation sont infimes. En cas d'attaque, se coucher à terre, mains derrière la nuque, et attendre la fin de la tempête en faisant le mort.

L'attitude du randonneur à adopter pour éviter une mauvaise rencontrer, c'est donc de faire du bruit de manière continue, dans les zones à risque. Bien qu'étant seul, j'ai beaucoup parlé! J'ai mangé la majorité à plusieurs dizaines de mètres de ma tente, comme le permettent les camps (même si je trouve que 50m, c'est toujours trop près). Pour ce qui est de la nourriture, j'ai emporté des aliments qui cuisiné n'ont pas d'odeur forte: purée, pâtes, semoule. Pour le reste (graines, chocolat, saucisson, fromage), tout était dans des sachets congélation double-zip, refermés dès que je m'étais servi, enfermé dans un grand sac étanche. Stockage pendu ou dans un casier en métal à disponiblité dans les camps, ou encore à quelques rares occasions dans mon sursac de couchage avec moi, lorsque que je n'avais vu aucune trace et que les conditions météorologiques limitaient les odeurs (cela dit, ce n'est pas un exemple). Plus de lecture ici sur ce thème par Andrew Skurka.

Finalement, après avoir profité de mon feu, je pars me coucher, loin de ma bouffe! Je pense et je repense... s'arrêter ou persévérer?

Parcours : 14km, +380m, -520m


J06 - Poboktan Creek CG - Lake Louise
Autoroute X Civilisation

Moi qui m'attendais à une nuit humide et fraîche, elle a était sêche et douce. Pourtant il neigeote. Mes chaussures n'ont pas réussi à évacuer toute leur flotte hier soir! Le temps de plier et préparer le pti déj, le soleil chasse les précipitations matinales.
Et ma décision dans tout ça? Si je continue, le prochain échappatoire est 38km et deux cols plus loin. Et j'avance pas. Une bonne partie de la suite du trajet se situe en zone alpine, donc intéressant, mais le reste est dans les arbres, à ne pas voir grand chose. J'ai parcouru un peu plus de 100km depuis Jasper, et il en reste environ 90 jusqu'au prochain ravitaillement, avec un jour de retard, puis encore une centaine de kilomètres entre The Crossing et Field, pas des plus agréables (basse altitude, très boisé et très peu entretenu) mais très sauvage.
Allez, stop. Je sors. Je m'en vais rallier Lake Louise, prendre du repos, et laisse ces 200km de trail se faire oublier dans la rudeur de l'hiver, qui me rattrape.
Je pars direction l'autoroute, avec les chaussures en mode "claquettes". C'est pas vraiment mieux, du coup j'ai des ampoules ailleurs maintenant...

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Je croise un groupe de scouts, en vadrouille pour le week-end. Un écureuil me fait oublier un instant mon corps.

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Un couple d'allemands en vacances, Viktoria et Christian, me prend en stop. Très sympathiques, et coïncidence, ils habitent pas très loin de la belle-famille! Nous passons devant l'impressionnant glacier d'Athabasca, le plus gros du champ de glace Columbia, dont une langue vient presque léchouiller la route. Je suis triste d'avoir à abandonner, mais faire de la route, par ce temps magnifique, pour voir les Rocheuses sous un autre angle a aussi son avantage, que j'apprécie aussi!

Mes chauffeurs me déposent à The Crossing, où je récupère mon colis. Merci!
C'est de derrière ces montagnes que j'aurais dû arriver.

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Mon colis sous le bras, je refais du pouce, sous un soleil radieux pour mieux enfoncer le couteau dans la plaie. Un canadien de Calgary à la retraite s'arrête, je demande s'il va à Lake Louise, il me répond "You are right all the way" - T'es bon sur tout la ligne. CD de Béla Fleck dans la poche arrière du siège conducteur, il boit sa Lager tout en conduisant, me racontant tout un tas de choses intéressantes sur les Rocheuses et leurs animaux. Il me redonne le sourire. J'apprends que les Rocheuses sont des montagnes relativement jeunes, comparées à nos Alpes et Pyrénées, d'où leurs crêtes escarpées et pentes abruptes. Il a marché autrefois sur le GDT, par bouts. Alors qu'il finissait la portion nord, il y a rencontré un soldat rentrant de l'Afganistan, assi par terre, genous en vrac, épuisé de ses six premiers kilomètres. SIX kilomètres le mec. Un sac de 60kg: entre autres, 2 paires de chaussures, 4 grenades, 2 flingues, mais seulement 7 jours de bouffe! Le gars pensait être prêt pour affronter les ours... chanceux il aurait été s'il en avait vu seulement la moitié d'un!

Me voilà à Lake Louise. C'est le week-end de Thanks Giving. Ça a beau être un mini bled avec une épicerie, une boulangerie, un café, un magasin de montagne, trois boutiques souvenirs et des centaines de lits, c'est blindé! Par chance, je prends la dernière place qu'il reste au Hostelling International (HI) Alpine Centre, pour 30$ la nuit en dortoir. J'y rencontre un jeune guide lyonnais, Aurél, super sympa, avec qui je discute pas mal et passe la soirée.
Le début de nuit sera d'une autre couleur. Ces fichus dortoirs sont construits de manière à ce que tu puisses assister, là-haut depuis ta mezzanine, au fin spectacle qui se déroule juste en-dessous sur un lit double avec un couple bourré dedans. Je passerai les détails, mais étant donné que le gars était équipé d'un couteau d'une trentaine de centimètres (juste la lame hein!), j'ai pas trop ramené ma poire. Joyeux retour à la civilisation, qui me fait regretter les -11°C de l'arrière pays. Mais pour l'instant, il m'est difficile d'envisager d'y retourner...


J07 - Lake Louise
Repos X Frustration

Je n'ai pas très bien dormi, l'air chaud et sec me file mal à la tête. Aurél et Verena, sa compagne de route pour quelques jours, me quittent après avoir pris un déjeuner essemble.

Les propositions d'aller randonner ne manquent pas, mais j'ai déjà du mal à marcher, alors randonner... Chaque pas est un supplice pour mes pieds. Ils ne supportent plus ces chaussures et leur marteau sur mes tendons. Mes quelques ampoules à côté, qui sêchent tranquillement, c'est presque un plaisir.

Je passe la journée à rien faire, me reposer, seul. Je suis dépité par cet état, frustré, d'être là, sans pouvoir vraiment bouger. En plus de ça, mon opinel que j'ai sorti hier soir au repas pour couper un peu de sauss' s'est volatilisé. A pu couteau. Pas le moral d'aller en racheter un, et de toute façon, ça ne sert à rien un couteau!

Avec tout ce temps, je lis et relis le guide de Dustin Lynx, que j'ai gardé dans ma poche frontale les 6 premiers jours. Il a d'ailleurs "vécu". Si je dois remettre les pieds sur les chemins, l'avoir bien en tête m'évitera de le prendre. 300g de gagnés!

Journée vraiment grisâtre, à tous les niveaux. Je vais traîner mes pauvres pieds au magasin de sport, voir s'ils peuvent y trouver des chaussures qui les martyriseraient moins. Y'a pas 36 solutions, il me faut protéger mes tendons. Ayant déjà des mid à la maison, j'essaie des hautes, des Salomon 4D Quest. C'est lourd. C'est mieux que mes basses mais j'ai toujours très mal. Je repars les mains dans les poches, discuter avec mes nouveaux voisins japonais.

Mon colis récupéré à The Crossing hier me sert finalement à manger ici. Mis à part quelques fruits et un nouveau briquet (pour remplacer mon couteau, haha), je n'ai rien acheté d'autre et n'ai pas modifié mon régime alimentaire, auquel je me suis très bien fait. J'ai juste arrêté le chocolat, pas besoin d'autant de calories pour rester allongé à lire.

Dodo tôt, après une scéance d'étirement, dans l'espoir de pouvoir rattaquer rapidement. J'espère que demain saura me donner un élan de motivation, le miracle nécessaire pour me remettre sur pattes, ou à défaut, le gnac pour reprendre le dessus sur mes pieds. Mais c'est pas gagné.


J08 - Lake Louise
Doute X Optimisme

Le doute s'est installé et ne veut pas partir. Soit j'arrête les frais là et je rentre... soit je prends ces fichus chaussures et j'essaie de continuer.
On est lundi, c'est Thanks Giving, jour férié ici. Mais tout est ouvert. Retour de bonne heure au magasin de sport, chez Wilson. Je réessaye à nouveau les chaussures. Toujours douloureux, mais elles me permettent au moins de marcher sans avoir l'air d'un cowboy. Ce n'est pas pour plaire à mon porte-feuille, mais c'est pas grave. Je les prends, avec une paire de guêtre en prime. Elles me serviront bien cet hiver, et les prochains. Je n'ai pas fait tout ce chemin pour abandonner là.

Passage au bureau de Parcs Canada pour modifier mon permis. L'hiver est arrivé bien plus tôt que je ne me l'imaginais. Il me pourchasse. J'avance donc mon planning de 5 jours et mais rajoute une étape au début, pour reprendre en douceur. Jusqu'à présent je n'ai marché que dans le Jasper National Park, la suite se fait dans un nouveau parc. Sac au dos, je laisse quelques affaires dans un casier ici (j'y repasse pour rentrer à Vancouver) et pars dormir à Field, à une demi-heure de voiture, pour récupérer mon second paquet de vivres et être sur place pour un nouveau départ. Un géologue français expatrié dans le nord du Québec (à qui ne n'ai même pas demandé son prénom, honte à moi) me prend en stop, sympatique bout de route en sa compagnie. Manque de bol, la seule auberge de Field est complète. Cela explique pourquoi je n'avais pas réussi à les joindre au téléphone... Et la poste, est fermée...

Les autres logements sont hors de prix. Retour donc à Lake Louise avec deux canadiens bien cools dans une Golf III capricieuse, pour ma troisième nuit là-bas. Je passe une bonne soirée avec mes nouveaux roommates, deux français, Chris et Jo, qui finissent leur 6 mois de travail/vacances au Canada, et Haim, un vancouvérois qui me file plein de tuyaux pour mon retour sur la côte ouest. Je me permets même un Sauna, gratuit en fait dans l'auberge de jeunesse (de luxe). Ça fait vraiment du bien ET au corps ET au moral. Je me sens requinqué. Demain, je rattaque, je repars. Ça va le faaaaire!


J09 - Field - Mac Arthur CG
Autoroute X Chocolat

C'est assez ahurissant comme il suffit de peu pour démolir un homme, et à l'inverse, le remettre sur les rails. Après un méga déjeuner avec une dizaine de tartines de Nutella et deux bols de chocolat au lait, Chris et Jo me déposent de l'autre côté de la frontière provinciale, à Field en Colombie Britanique, ville principale du parc national Yoho. Je passe à la poste, récupérer mon deuxième colis (avec 5 jours d'avance mais il est là), range mes 9 jours de vivres dans le sac et prends la route à 11h. Ou plutôt l'autoroute. J'ai 10km à marcher sur la Highway 1, la trans-canadienne, pour rejoindre le trail.

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Les autoroutes au Canada, c'est un peu comme nos nationales, de temps en temps c'est de la 4 voies, avec des sorties, et dès que ça tourne un peu, à la traversée d'une ville, ça devient une simple 2 voies. Et ça ne roule généralement pas trop vite, on peut donc faire du stop sur ce genre de portions.

J'arrive enfin au trail au bout de 2h, en fait une piste forestière qui longe la Ottertail River sur 15km, dont pas mal de portions ont été sujettes à des glissements de terrain. Assez monotone.

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Alors je mange mon Milka. J'ai embarqué 3kg de chocolat pour ce trip, les conditions sont idéales pour ça: il fait froid! J'en consomme 150g par jour et je varie les plaisirs: noisettes entières, crème de noisettes, yogurth croustillant, noisettes caramel, biscuit caramel... Je dois même contrôler ma gourmandise. A retenir pour la prochaine fois: en prendre deux fois plus.

Un tétras du Canada mâle est planté sur mon chemin. Il prend un peu de hauteur à mon arrivée. Bel oiseau bien dodu, mais mon prochain camp interdit les feux.

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Je débouche à la jonction avec la vallée Mac Arthur. Cette vallée est très appréciée par les grizzlis et Parcs Canada la ferme jusqu'au 15 août, date à laquelle l'abondance de baies arrive à terme. J'aurais pu arriver par cette vallée, mais elle est très peu empruntée et cela implique beaucoup de chemin à travers les buissons. Pas terrible avec ma conditon physique, mais j'aurais vraiment aimé y passer.

Le camp se trouve pas très loin de la cabane des gardiens, innocupée ce soir. Le ciel est dégagé, le Mont Goodsir (3567m) et son glacier sont là. L'endroit être splendide et cette cabane n'est pas là pour rien. Je m'assois et contemple le spectacle, ce jeu de lumières que m'offre le soleil en tirant sa révérence derrière ces imposants massifs.

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C'est dur de se lever et d'aller chercher de l'eau en contre-bas. Un bon repas, suivi d'une petite étude des cartes, pour prolonger cet instant ici, c'est ça qu'il me faut.

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Mes pieds ont bien résisté aux 23km de la (demi)journée. Chaussures lacées à mi-hauteur, ça laisse assez d'espace à ma cheville pour bouger sans comprimer mes tendons. Je les sens mais il ne m'empêchent pas d'avancer. Par contre j'ai l'impression de traîner des boulets à pieds. La faute aux chaussures ou aux 9kg dans mon dos? La petite journée de demain devrait m'offrir un peu plus de repos. C'est prometteur.

Parcours : 23km, +520m, -220m


J10 - Mac Arthur CG - Helmet Falls CG
Chipmunk X Flûte de pan

Température au lever tout juste fraîche. Il neigeote mais ça ne tient pas.
Début de la journée dans les arbres, voire par-dessus les arbres, comme très souvent sur le GDT.

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Je n'en sors qu'une fois au Goodsir Pass, après 2h de montée pépère. Le mont du même nom, lui, a la tête dans les nuages.

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Je sors du Yoho National Park pour entrer dans Kootenay, territoire d'indigènes ayant vécu ici il y a plus de 11 000 ans. Le col offre un beau point de vue sur le début du Rockwall et sa limite nord, le Limestone Peak.

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Le Rockwall est comme son nom l'indique un mur de roche vertical laissé par un glacier, qui atteind par endroits 1000m de hauteur. Le sentier serpente sur 30km au pied de ce mur, reliant trois vallées. L'étape classique consiste en une trentaine de kilomètres et 1800m de dénivelé. C'est elle que j'ai coupé en deux étant donné les caprices de mes membres inférieurs. Mais tout ça n'est qu'une introduction à la journée de demain. J'espère que le temps sera plus dégagé qu'aujourd'hui!

Un pause repas m'offre la possibilité de voir enfin ceux que j'ai entendus souvent depuis mon départ: les chipmunks (ou tamias en français).  Ce sont de petits écureuils rayés, typiques de l'Amérique du nord et de la Sibérie, qui vivent dans des galeries souterraines. Tic et Tac, en chair et en os!

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Les grizzlis les apprécient particulièrement, et ont recours à des techniques de barbares pour les attraper: ils cherchent une entrée et creusent jusqu'à trouver le rongeur, avec comme résultat, de beaux champs de bataille!

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Je reprends le chemin en descente vers mon camp. De temps en temps, le ciel laisse même entrevoir un peu de bleu.

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D'ailleurs, vu qu'on a un beau sentier sur cette photo, j'en profite. Je ne sais pas vraiment comment ils ont été fait, à la machine ou à la bèche, mais ils sont d'une régularité déconcertante, profondeur et largeur! Ce qui m'a beaucoup dérangé, surtout dans les prairies où ils sont plus profonds, c'est leur étroitesse : y'a juste la place pour 2 pieds et demi, ce qui m'impose de serrer mes pas et impacte l'équilibre, sans parler des chaussures qui repeignent de boue la face intérieur de mes mollets. Bref, à ces endroits là, sans sentier, ce serait bien plus agréable (pour le randonneur... pas la végétation...)!

J'arrive au camp très tôt, vers 15h30, genou droit à moitié en vrac. Une cabane de gardien, toute fermée, avec vue sur les Helmets Falls, deuxième cascade la plus haute des Rocheuses.

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Le camp est vide, comme tous les soirs depuis mon départ, malgré la trentaine d'emplacements disponibles. Ça n'a pas que des inconvénients de randonner à cette saison! J'installe mon abri au pied du Limestone Peak et m'en vais me restaurer. Pour la première fois depuis mon départ, le camp est équipé de casiers métalliques.

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Alors que je mange, un couple de mésangeais du Canada (ou geais gris) viennent me tenir compagnie en chantant. Je n'arriverai pas à les prendre en photo, ils ne tiennent pas en place.

Petite journée aujourd'hui. Je suis au lit à 17h30, avec une bonne nuit de repos en perspective. J'ai hésité à pousser jusqu'au prochain camp...
Alors que je commence à m'endormir, je suis interpellé par un drôle de son. Comme si quelqu'un jouait de la flûte de pan. Je lève la tête, me réveille un peu pour être certain de ne pas être en train de rêver. Non, je ne suis pas fou. Ce sont en fait les geais (c'est du moins ce que j'en ai déduit, car au matin suivant, la cabane du gardien était toujours fermée et le camp vide). Ils emettent en duo des sons vraiment comparables à de la flûte de pan. Il commence à neigeoter, je m'endors sur leurs doux airs péruviens.

Parcours : 13km, +760m, -500m


J11 - Helmet Falls CG - Numa Creek CG
Rockwall X Automne

Comme souvent, les quelques flocons tombés la nuit m'empêchent de partir incognito!

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Déjeuner rapide en admirant le soleil qui se lève sur le Limestone Peak et les Helmet Falls. La météo à l'air d'être de mon côté aujourd'hui!

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Parti tôt vers 8h, j'arrive rapidement au pied du Limestone Peak, début du fameux Rockwall trail. La journée s'annonce magnifique. Ce sera ma plus belle journée. Ce coin est beaucoup plus diversifié que les précédents en terme d'arbres: beaucoup de feuilles caduques, affichant de vraies couleurs d'automne.
Le Rockwall s'étend là, de son kilomètre de hauteur, tête dans les nuages. Je profite de cette belle lumière pour monter un filtre polarisant et un neutre (pas si neutre que ça au final...), d'où les effets de couleur différents selon la direction de la photo. Mais l'ambiance rendue est la même qu'en vrai!

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Le chemin sillionne en pente douce à travers les mélèzes avant de remonter en face, pour éviter des éboulis, et arriver au col du Rockwall, marquant le premier tiers du mur.

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Au fond, le Foster Peak, au pied duquel je passe demain.

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A cet endroit, la montagne est fendue et offre un passage pour rejoindre le fleuve Kootenay via le col Wolverine. Dessous, le terrain est assez plat. J'adore ces prairies sub-alpines, et les apprécie encore plus à cette saison. Si j'avais eu un peu plus de liberté au niveau des camps, c'est là que j'aurais bivouaqué. On aperçoit d'ailleurs une cabane de ranger derrière la touffe d'arbre, sous le Foster Peak. Elles ne sont jamais mal placées!

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A défaut d'y dormir, je prends le temps d'y passer, avant une raide descente vers Tumbling Creek. Là j'ai un peu de mal à voir où le chemin, qui continue à descendre, traverse le ruisseau. Pourtant depuis un bon moment je vois la suite en face. Je coupe à la première occasion, le niveau d'eau est bas. La remontée est vraiment très raide au départ. Quelques lacets enneigés, parfois verglacés (versant nord), dans lesquels je remarque les traces fraîches d'un homme et son chien.
La pente s'adoucie et laisse profiter de la vue sur le Rockwall, dont les sommets se sont dégagés avec le soleil de l'après-midi. Toujours aussi amoureux de ces couleurs!

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Ce Tumbling Pass, au pied du Tumbling Glacier, marque le deuxième tiers du Rockwall trail.

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Une dernière vue sur la trace de demain, avec en contre-bas Numa Creek, ruisseau au bord duquel je dors. En face au milieu, encore enneigé, le col Numa, qui me permettra de rejoindre Floe Lake, sous la bienveillance du Foster Peak. Un des clichés les plus réussis pour moi sur cette traversée, un flou artistique pas vraiment voulu, alliant couleurs de saison et un beau panel de paysages, transcrivant mon cheminement, le tout sous une lumière de fin d'après-midi dont j'ai rarement bénéficié durant mon séjour dans les Rocheuses. On dirait une peinture.

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Descente longue et raide (700m en 4.5km) pour rejoindre mon camp. Il n'est finalement pas si tard que ça, je me tâte à continuer et rejoindre le camp de demain, mais mon genou n'apprécierait pas les +800m et 11km suivants. Il commence à aller mieux, je ne veux pas le surmener. J'en profite donc pour me laver, bien manger et écrire un peu. Heureux le mec.

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Certains auront peut-être remarqué que mon crayon à papier n'est pas super affuté. En fait j'étais à court de mine, et sans couteau, j'ai du me débrouiller avec des caillous. D'où un truc pas génial, mais qui m'a permis d'écrire quand même.
Je monte l'abri bien au sec sous un arbre, histoire de faire sêcher mon sursac pendant le repas. Avant de me coucher, je prends bien soir de mettre mes chaussures à l'abri du froid, maintenant que j'ai des sacs plastiques. Sauf que ça ne sert à rien, le mercure passe rarement sous les 0°C au bivouac depuis ma reprise...

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Demain j'ai prévu une courte journée de marche, l'autre moitié (le tiers restant en fait) de l'étape d'aujourd'hui.

Parcours : 17km, +1100m, -1300m


J12 - Numa Creek CG - Ball Pass CG
Accélération X Poursuite

Ce matin je suis en forme, mon corps a vraiment bien récupéré avec cette succession d'étapes allégées. Un coup d'oeil au baromètre m'indique une pression bien basse... J'attaque dans les bois d'un pas entraîné, je me dévétis rapidement. Avec mon système de sac à dos contre-balancé par la poche photo devant, chaque accès au sac me fait perdre 5 min, sans compter le désagrément de tout régler à nouveau. Donc j'essaie de minimiser ces manipulations, quite à partir en claquant des dents ou à fumer comme un homard dans l'eau chaude en fin d'ascension. J'arrive à ne poser le sac que une à deux fois dans la journée. Mais j'ai de quoi améliorer le système en rentrant...

J'arrive vite aux Numa Falls et un raidillon en lacet me fait prendre 450m sur 2km, que je m'empresse d'enlever.

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Le sentier longe par intermitence Numa Creek. Phénomène intéressant, ce ruisseau se trouve par endroits être très exposé au vent descendant des glaciers au-dessus. À ces endroits là, il est donc complètement gelé en surface, alors qu'en amont et en aval, ça coule toujours!

Peu avant le col Numa, la pente s'adoucie et la neige se fait plus présente. Un aigle passe au-dessus de moi, je n'ai pas le temps de sortir le télé...

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A nouveau je retrouve ces traces d'homme et de chien, allant toujours dans mon sens. Mais par endroits, ces mêmes traces vont dans l'autre sens. Troublant... Je continue jusqu'au col, dans un environement qui ne donne pas beaucoup à voir, tellement le plafond est bas! Ça souffle à 2300m. Je me couvre.

Voilà d'où je viens (du fond de la vallée, 750m plus bas) ...

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... et où je descends.

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Je dévale bien, mon genou tient bon, même si je m'applique à le ménager. Car pas pal de dénivelé négatif m'attend aujourd'hui. En effet j'arrive au camp prévu pour l'étape, Floe Lake, à ... 11h. Je veux bien faire quelques journées courtes, mais faut pas exagérer. Devant moi, j'ai l'équivalent de la journée d'hier pour arriver au prochain camp... et toute l'après-midi! Il est temps d'accélérer. Je me mets en route.

Encore les mêmes traces d'homme et de chien. Je viens de passer trois jours sans voir personne, ça risque de changer d'ici peu! Je trouve des poils du chien ayant sauté par-dessus un tronc tombé sur le sentier! Je pense d'abord à un animal sauvage, c'est plus stimulant comme idée. Mais le doute (et le fantasme) est levé une heure plus tard. Je rattrape ce fameux randonneur avec son gros chien, que je poursuis depuis deux jours. Il rejoint sa voiture, garée en bas au bord de l'autoroute (sur mon chemin). Il a fait un aller-retour de 5 jours en dormant aux camps que j'ai traversés, ce qui explique enfin les traces dans les deux sens!

L'énigme est résolue, je libère mon esprit et mes jambes, je cavale dans la descente. Descente raide au début qui s'adoucie ensuite, dans une vallée qui a cramé y'a quelques années. Un peu longue d'ailleurs.

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J'aperçois enfin l'autoroute 93 qui longe la rivière Vermillon, et au-dessus, le Ball Pass qu'il me faut atteindre avant ce soir.

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Passage par-dessus de la rivière, qui nourrit alentours les jeunes épicéas qui remplaceront d'ici quelques années leurs ancêtres carbonisés.

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Je traverse la Highway 93 et repars sur le sentier, direction Banff National Park. Y'a du dénivelé à avaler mais la pente est douce, le décor atypique.

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La traversée d'un éboulis marque le début de la zone où la végétation se fait moins dense. Pas des plus agréables d'ailleurs cette caillasse. Mes pompes sont vraiment pas flexibles, c'est des trucs plutôt fait pour tailler des marches dans la neige. Moi qui ai l'habitude de l'amorti qu'offre la déformation de la semelle (et de la voute plantaire) avec des chaussures plus légères, chacun de mes pas fait vibrer mon corps entier. Je commence à sentir la fatigue de la journée.

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Je perds le sentier qui disparaît à la traversée d'une prairie innondable, au pied de Isabelle Peak. En cherchant mon chemin, j'aperçois trois cerfs mulet en train de m'observer, ces cervidés étranges dont la taille de leurs oreilles dépasse celle de leur museau.

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J'arrive peu après au Ball Pass, après avoir fait le plein d'eau dans un ruisseau naissant. J'entre dans le plus ancien parc national du Canada, créé en 1885.
Côté Banff, le paysage est beaucoup plus minéral.

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J'atteinds le Ball Pass Junction campground à 18h, content de ma journée et avec vue sur une jolie prairie pour manger.

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Ce camp a une particularité: ils ont entassé sur une bonne dizaine de centimètres des copeaux de pin dans les emplacements prévus pour les tentes. Pour le confort? Parce que c'est le camp le plus arrosé de tout le secteur? Certes ça sent bon, mais si c'est pour masquer les odeurs aux ours, c'est râté, ça ne rivalise pas avec mes chaussettes. J'hésite à me poser à côté, mais y'a pas des masses de place, alors j'opte pour la nouvelle expérience. Cela s'avèrera très confortable, impec pour créer une petite dépression aux niveaux des hanches et des épaules (je dors beaucoup sur le côté).

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Parcours : 29km, +1730m, -1420m


J13 - Ball Pass CG - Howard Douglas CG
Cols X Neige

Finalement l'étape que j'avais rajoutée à Lake Louise a été récupérée hier, on retombe donc sur le planning initial. Je me réveille à 8h, il a plu cette nuit et il pleut encore. Je me recouche une demi-heure en espérant que ça s'arrête.
Un peu trop optimiste, je finis par me lever, ranger et partir sous la pluie, après avoir récupéré ma bouffe pendue toute mouillée. Aujourd'hui, trois cols moyens et un quatrième mineur au programme! Le premier est rapidement en vue, le Whistling Pass.

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Je passe à côté de Haiduk Lake avant d'attaquer le col.
La pluie se transforme en neige à 2200m et le plafond relativement bas gâche la vue.

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La descente sur Egypt Lake est plutôt raide et caillouteuse. J'y croise 8 randonneurs en moins de 20min, à l'apporche de Egypt Lake! Tous venus faire un tour à la journée (on est samedi). Banff attire indéniablement. Un groupe me dit que les prévisons météo sont favorables... Ayant du mal à les croire, ils me précisent que c'est la météo pour la VILLE de Banff...

Petite éclaircie au niveau de l'abri de Egypt Lake, avant d'attaquer la montée vers le Healy Pass.

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Le sentier est bon, je mets les gaz pour rester dans les temps. Peu avant le col à 2360m, je me paye à nouveau des bourrasques de neige, jusqu'en haut. Derrière moi, Scarab Lake et Egypt Lake, d'où je viens.

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Et devant... les nuages, vers lesquels je me dirige! Avec The Monarch, 2895m, dont on voit la base.

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En descenant vers le sud depuis Healy Pass, on rejoint un petit vallon pas trop venté. La vue est plaisante et la marche agréable. Juste avant de m'arrêter 10min pour manger (il continue de neiger...), je tombe sur une belle trace de loup. Pas si récente.

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J'arrive à un superbe étang au nom inconnu. Le soleil est même généreux et me laisse emprisonner cet instant dans ma boîte noire ET dans mes souvenirs. En face, le Healy Pass, d'où je descends.

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L'endroit est magnifique mais est déjà occupé par quelques bêtes...

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Je rejoins le col Simpson, qui n'est en fait pas vraiment un col mais plutôt une sorte de 4 chemins sur la frontière provinciale.
S'ensuit une ascension à la fin plutôt raide vers les Sunshine Meadows, qui pour le coup ressemblent plus à un col que le Simpson. Pour la troisième fois aujourd'hui que je passe un col, la neige et le vent sont là pour m'accueillir.

Malgré ça, la vue très sympa, si on oublie les quelques remontées mécaniques de la station de ski Sunshine Village juste en-dessous. Sentier bien préparé pour la balade en famille. Effectivement, j'ai finalement droit à quelques "sunshines".

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Je longe la ligne de partage des eaux, avec d'un côté les rivières Simpson, Kootenay et Columbia filant jusqu'au Pacifique, de l'autre Saskatchewan, Winnipeg et Neslon vers l'Atlantique. Il se remet à neiger, un aigle tourne au-dessus de moi. Sur la deuxième photo, tout au fond à droite, Citadel Peak et son col, où je passe demain.

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Les nuages que je redoutais il y a encore quelques minutes se vident complètement aux abords du Rock Isle Lake.

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Dernière ligne droite avant le camp, il reste un peu plus de 4km. C'est plat, c'est tout droit, j'ai envie d'arriver, je presse le pas.

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Le vent forcit et la neige transperse mon pantalon et bientôt les zones exposées de ma veste. Je scrute le terrain, cherchant le lac au bord duquel je dors, mais je ne vois aucun endroit où il pourrait être. En zoomant un peu plus sur mon GPS, quelques lignes de niveaux apparaissent et j'ai en fait un petit +150m -150m à passer. Je garde mon pas pressé et passe le petit col à bout de souffle. Je suis trempé de l'intérieur et de l'extérieur. J'arrive au camp Howard Douglas Lake après 50min de bataille. Tellement content d'arriver, d'ailleurs, que je le rate et doit faire demi-tour pour le trouver. Le panneau l'indiquant n'était que dans un seul sens...

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Repas chaud sous la tente, il neige encore, et je me couche avec la veste mouillée au fond du duvet.

Parcours : 28km, +1300m, -930m


J14 - Howard Douglas CG - Lake Magog CG
Roller-Coaster X Assiniboine

Je repars à peu près sec, pour journée assez courte mais humide. Début de journée sympa, malgré la boue et la pluie. Depuis ma reprise à Field, les températures descendent rarement en-dessous de 0°C, contrairement à Jasper. Du coup quand ça précipite, c'est souvent de la flotte...
Direction Citadel Peak, qui porte bien son nom.

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Au Citadel Pass je quitte l'Alberta et Banff Natinal Park pour me retrouver en Colombie Britanique, aux pays du fameux Mont Assiniboine, 3618m, souvent comparé au Cervin. Malheureusement, alors que je devrais déjà pouvoir le voir dominer les crêtes environnantes, il est dans les nuages. Ce soir je dors à son pied, j'espère bien pouvoir l'apercevoir d'ici demain!

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Face sud du Citadel Peak, avec l'arrête est qui permet son ascension. Si le temps avait été un peu meilleur, je l'aurais bien grimpé, car il offre un beau panorama et vaut bien le détour.

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Sous la pluie, je descends dans les arbres avant de remonter la Valley of the rocks. Je n'ai pas aimé cette partie. Le paysage est intéressant, assez peu commun, avec des tas de caillous un peu partout, mais ça monte et ça descend en permanence, un vrai Roller-Coaster, parfait pour casser les jambes. Et la flotte pour agrémenter le tout. Ça ne dure heureusement qu'une heure.

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Enfin j'arrive au Og Lake, sillonnant entre des cairns naturels géants.

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Pause de quelques minutes pour manger un bout, il fait pas chaud du tout. Le guide préconise en été de dormir là, pour éviter l'affluence du Lake Magog, mais les emplacements pour tente sont exposés en plein vent, et ça souffle! Plus loin j'atteinds les impressionnantes et venteuses Og Meadows, où serpente le Og Creek, à sec à cette saison. Paysage sauvage, profond sentiment d'être seul au monde.

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Je suis rapidement au lac Magog, le Mont Assiniboine est toujours aussi impuissant face à l'épaisseur du plafond nuageux.

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La lodge est fermée, mais il y a des cabanes un peu plus haut, pour 20$ la nuit au sec. C'est tentant. Alternative, celle que j'ai prévue, le camp, pour 10$ (oui ce parc n'est pas couvert par mon Wilderness Pass). C'est cher pour dormir dehors, mais vu l'aménagement du camp, ça se comprend. Et de toute façon, c'est obligatoire... J'avance jusqu'à la carte du camp (oui oui, vous avez bien lu: du camp). Plus de 30 emplacements, des robinets, 3 ou 4 toilettes, plein de petits coins bouffe, et surtout... surtout... un abri cuisine. C'est ma chance de me sêcher, manger et dormir au sec!

En effet c'est pas mal. J'ai le camp et l'abri pour moi tout seul.

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Il a plu pratiquement toute la journée et cet abri, là, est trop tentant. Seul souci, je n'ai pas d'eau. Pour m'éviter de redescendre au lac, j'utilise deux seaux trouvés dans un coin pour récupérer ce que déverse le toit. Ma motivation n'est pas au plus haut. La moitié du paysage est cachée derrière les nuages; j'aime le froid, la neige, mais pas la pluie continue; mes pieds, même s'ils me permettent d'avancer, ne sont pas complètement guéris. J'ai l'opportunité de finir demain, un ou deux jours plus tôt. Le temps est exécrable. On verra demain.
Je reste dormir là, sur le plancher.

Parcours : 22km, +630m, -700m


J15 - Lake Magog CG - Birdwood Creek CG
Doute X Détermination

Il fait grand beau. Et on voit le Mont Assiniboine, majistral au-dessus de tous ses voisins! Petite promenade dans les champs d'herbes qui bordent le lac pour faire quelques photos. Je me retourne et demande à Irina si elle veut bien me prendre en photo devant le lac et le sommet derrière. Attends, y'a un truc qui va pas là. D'où elle sort Irina, elle est censée m'attendre à Vancouver. Ok, j'ai compris, faut que je me réveille. J'ouvre les yeux, prends quelques secondes pour retrouver mes repères, et jette un oeil au ciel déjà clair: le plafond est toujours aussi bas. Je me rendors de dépit... 

J'ai quand même dormi bien au sec. Je quitte mon abri tard, après avoir pris mon temps pour déjeuner et vidé les 14L d'eau récupérés cette nuit.

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Les nuages sont toujours là, je n'ai plus le temps d'attendre une amélioration. Quelques timides rayons de soleils me motive quand même à sortir l'appareil.

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Le chemin du Wonder Pass offre de jolies choses à voir: lacs, cascades, grandes étendues à moitiés boisées, le tout encerclé de crêtes enneigées.

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Depuis le col, belle vue sur les Og Meadows en contre-bas, là-où j'étais hier.

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Sur le versant sud, un agréable vallon, apparemment apprécié des grizzlis, descend vers le lac Marvel. Je descends en silence, essayant de ne pas les effrayer, les bâtons dans une main, le déclencheur du spray dans l'autre. On sait jamais, ça serait bête de les rater s'ils sont vraiment encore dans le coin!

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S'en suit un interminable chemin qui longe le lac sur ses hauteurs. Les parois du Wonder Peak au-dessus de moi n'attendent plus qu'on vienne y graver des têtes de présidents américains!

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Je croise deux randonneurs, qui montent dormir à la cabine Naisets du lac Magog, qui m'annoncent que le temps sera mauvais demain. Et que la route que rejoindrait ma sortie anticipée n'est pas très fréquentée, avec tout de même l'option d'attendre qu'ils reviennent pour repartir avec eux. Je continue encore un heure, me donnant temps à la réfléxion. Encore un tétras au milieu du chemin, femelle cette fois-ci.

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J'arrive bientôt au Bryant Creek, paysage enchanteur, le temps s'est bien dégagé et cet après-midi est magnifique. Toutes les couleurs sont au rendez-vous.

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Il est 15h, pause pour manger un peu et prendre une décision.

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J'ai encore 15km à faire jusqu'au camp prévu ce soir, loin dans une vallée peu fréquentée. Sortir demain ou dans 3 jours? Avec un col majeur à passer, certainement sous la neige. Il fait beau maintenant, j'ai encore envie de marcher et pas envie de m'arrêter dans 5km pour camper à côté de la sortie. Je range ma carte et reprends le trail d'un pas pressé.

J'arrive une heure plus tard à l'entrée du Spray Lake Reservoir, grand lac nourri par la riviètre Spray, que je vais longer cet après-midi et demain. Mes pieds n'ont pas vraiment apprécié ces 6km de marche nordique avec mes grosses godasses. Mais la piste se transforme en chemin de "cross country", fréquenté pratiquement que par les thru-hikers. La végétation plus dense et le sentier plus étroit m'obligent à ralentir.

L'aileron du Mount Shark dépasse de cet océan d'épicéas.

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Je retrouve ce même style d'environnement déjà eu sur les rives de la rivière Maligne, au début de cette traversée. Le chemin s'engouffre dans la vallée jusqu'à n'être plus entouré que de chaînes enneigées, me guidant parfois à travers les arbres, parfois dans les zones innondables, vers mon camp. Je manque même de le rater, tellement occupé à observer et suivre les traces d'un grand méchant loup.

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Le Birdwood Campground n'est pas des plus somptueux, mais il fera l'affaire. Je mange sous la tente et me couche. Il se met à pleuvoir, abondamment. Toute la nuit, il pleut. Je prends quelques gouttes sur la figure. Au sommet de l'abri, le renfort en cordura qui protège la toile des bâtons est gorgé d'eau. L'eau s'est infiltrée par là-haut, je n'ai (volontairement pour tester) étanchéifié aucune couture. J'attappe ma serviette, absorbe un peu d'eau, l'essore et la cale là-haut pour faire tampon. Il me faudra refaire cette manip à chaque fois que je me réveille, toutes les deux heures environ.

Parcours : 30km, +600m, -1000m


J16 - Birdwood Creek CG - Mount Sarrail CG
Précipitation X But

La nuit a été assez reposante. Heureusement, car une dure journée m'attend. Il pleut toujours. Je mange un bout, range le plus d'affaires possible au sec dans mon sac, et mets un peu de bouffe dans ma poche frontale pour éviter de réouvrir le sac dans la journée. J'attends une acalmie pour remballer et prends le chemin, d'un pas décidé. Quelques minutes plus tard je passe à 100m d'une cabane de gardien. Tiens, ça a l'air ouvert, une ampoule brûle à l'extérieur, quelqu'un sort. Le temps de me dire que ça aurait été sympa de discuter avec lui, j'ai déjà dépassé le chemin qui y mène et la pluie ne me donne pas envie de faire demi-tour. Mes pieds avancent tous seuls.

Plus que la pluie, ce sont les passages à travers les buissons gorgés d'eau qui finissent par avoir raison de l'étanchéité de mes chaussures. En moins d'une demi-heure, l'eau dégouline sous les guêtres via mon pantalon détrempé, finissant sa course dans la marre en formation sous mes chaussettes. A noter pour la prochaine fois: un pantalon imperméable.
Malgré le doux splotch splotch qui accompagne chacun de mes pas, j'arrive à rester assez discret pour rencontrer deux femelles orignaux.

Un peu plus loin, j'aperçois au loin un mâle, dont seuls les bois dépassent au-dessus de la végétation dense.

Le paysage est le même que le long de la rivière Maligne. Le même type de sentier peu fréquenté, très sauvage, le soleil en moins, les animaux en plus!
Au bout de la vallée, j'entame la courte ascension du Paliser Pass, gisant 200m plus haut sur la frontière provinciale, où m'attend la neige.

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Je sors du Banff National Park pas sa frontière la plus au sud, pour rejoindre l'Alberta.

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Je me retrouve alors dans une zone où le bivouac sauvage est autorisé, d'ailleurs j'aurais pu venir me poser ici si j'avais eu un peu plus de temps hier (2h de soleil supplémentaires).
Le chemin se dégrade, ça descend raide, suivant la longue rivière Paliser. L'endroit est propice aux ours, il y a des baies un peu sêches et quelques vieux estrons. Parfois le chemin disparait à la traversée d'une prairie, me mettant au défi de le retrouver en face. La vue est assez limitée, c'est très humide, ce n'est pas une des parties les plus impressionnantes.

J'arrive enfin en bas, à 1600m, à la jonction avec le sentier qui rejoint le North Kananaskis Pass, mon prochain objectif, 800m plus haut. Depuis quelques minutes la température est tombée et j'entends des bruits lointains de tonnerre... pas bon. Alors que je cherche le chemin, la pluie s'intensifie avant de se transformer en neige. Et pas qu'un peu.

Je m'abrite 10 min sous un arbre, le temps de manger quelques chips et décider sereinement de la suite des choses, au milieu de cet orage. Dois-je foncer tête baissée sous la neige avant que le col là-haut ne soit trop obstrué? Ou m'arrêter et attendre que le mauvais temps passe, peut-être jusqu'à demain? Entre temps, je me refroidis. Le vent se calme, mais il neige toujours autant. J'opte pour la première solution.
En voulant traverser la Paliser River, dans la précipitaton, je mets un pied à l'eau, mais retrouve enfin le chemin de Leroy Creek, marqué en orange. La montée est raide, 5km seulement, mais c'est ma dernière grosse montée. Derrière le col se trouve Kananaskis Lake, là où s'arrête mon aventure. Alors je donne tout ce que j'ai, pour me réchauffer.

Tout est couvert de neige et le sentier disparaît par endroit. Je galère à trouver là où il faut traverser Leroy Creek, mais retombe sur mes pas grâce aux marques oranges. Entre-temps, la dépression est passée et le soleil m'offre quelques rayons. Je m'octroie une pause photo histoire de garder une trace de ce que je vois chaque fois que je tourne la tête.

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J'arrive au col en nage au bout d'1h30. Trempé, mais l'émotion là-haut est aussi intense que l'a étée la grimpe. Le vent souffle, la neige vole de partout, les nuages remontent de là vallée d'où je viens, le décor en impose, ça prend aux tripes!

J'avais prévu de bivouaquer ici au départ, mais bon, il est encore tôt, ce n'est pas très accueillant, et le froid me force à me remettre en route. Je continue, passant le lac Maude avant de rejoindre Turbine Canyon. Tout est blanc ou glacé par le vent, la neige profonde, l'hiver est là.

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Il y a un campground ici, auquel s'appliquent quelques frais supplémentaires, comme pour tous les autres camps du parc Peter Lougheed, dont la frontière est au col Kananaskis Nord. Mais une nouvelle dépression pointe son nez, je me décide à descendre dans la vallée pour me protéger du mauvais temps. Pourchassé par la neige et le vent, j'ai mal géré mon eau et me retrouve un peu en manque. Je dois attendre d'être plus bas pour me ravitailler dans un ruisseau, avec une belle vue sur les crêtes maintenant illuminées.

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Tout en buvant, je repense à ceux qui m'attendent, que j'ai envie de revoir aussi. La fin est proche. Une vague d'émotion m'envahit, de la joie je crois. Allez, faut avancer.

Avancer, en fait je n'ai eu que ce mot en tête toute la journée. Les conditions météo ont fait que j'ai pris peu le temps de m'arrêter ou de prendre des photos. Je ne me suis même pas assis depuis ce matin, ni enlevé mon sac. J'ai juste envie de marcher.

J'arrive au camp Fork. Un camp géant, qui ne me plaît pas. La vallée est déjà bien dans l'ombre, mais je continue vers le Point Campground, au bord du lac Kananaskis supérieur. Sur la carte, il y a bien un chemin qui y va de manière directe, mais impossible de trouver la jonction. Je me retrouve embarqué sur le chemin principal. Toutes les heures, depuis que j'ai quitté le col là-haut, je me dis que je me pose dans une heure...

La nuit est en train de tomber, le soleil est couché. Je ne peux de toute façon pas dormir là au milieu de nulle part. Alors je continue à avancer, grisé par la proximité de mon objectif final: le camp du Mont Sarrail. C'était initialement mon camp de demain soir, mais je suis bien parti pour l'atteindre ce soir.
Il fait maintenant nuit, je longe le lac Kananaskis supérieur sur une piste que j'ai rejointe depuis peu. Je ne prends plus de photo car il fait trop sombre. L'air est glacial mais le ciel dégagé, une petite brise souffle dans mon dos, le lac offre une vue magnifique.

Enfin j'arrive au camp du Mont Sarrail, vers 20h30. Ça y est je suis au bout. Dans un drôle d'état d'ailleurs: excité par la fin de cette aventure, alerte car seul au milieu de la nuit, stressé par le froid et drogué par la douleur de mes tendons qui se demandaient si j'allais m'arrêter. Ce camp est accessible en voiture et relativement bondé l'été, mais à cette saison il est fermé et je dors, comme toutes mes nuits depuis le début de ce trip, seul. Je monte l'abri en vitesse avec ma petite loupiote et m'enferme dans mon cocon de duvet.

Parcours : 42km, +1400m, -1700m


J17 - Mount Sarrail CG - Highway 40
Fin X Stop

Réveil un peu frais, même si le thermomètre n'indique que -2°C. Un vent glacial a soufflé toute la nuit, empêchant mes pieds de se réchauffer. J'ai mis mes pompes mouillées dans le duvet, mais elles n'ont pas beaucoup sêchés.

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Mais c'est lma dernière journée, donc sans grande conséquence. Je rejoins la route d'accès à l'autoroute, où il y aura un peu plus de circulation qu'ici. Quelques 13km à enlever. Autour de Kananaskis Lake, le trafic durant la morte saison est faible et surtout local, pas intéressant pour moi qui souhaite rejoindre Banff, à une centaine de kilomètres d'ici. Et puis le temps est magnifique, même si c'est du goudron, les paysages sont d'autant plus appréciables à cette allure.

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J'espère toujours voir un ours. Ça serait quand même dommage de revenir du pays des ours sans en avoir vu un. Mais n'ai droit à un groupe de biches en lisière de forêt.

Petite pause au 3/4 du chemin, au Peter Lougheed Visitor Center, à 1h30 de marche du Mont Sarrail Campground. J'avais prévu à l'origine d'y faire parvenir un troisième ravitaillement, pour continuer plus au sud, mais j'ai appris peu de temps avant de partir qu'il fermait le 15 octobre. Je suis bientôt à l'autoroute donc je prends mon déjeuner au soleil et me fait tout beau pour lever le pouce. C'est là qu'un couple de mésengeais du Canada (ceux qui jouent de la flûte de pan le soir) vient me tenir compagnie. Ils viennent picorer mon savon! Mais le temps de sortir l'appareil photo, un pick-up arrive et les fait fuir. Un gardien du parc vient observer d'éventuelles traces d'ours, qui ont l'habitude de venir manger des racines dans une prairie derrière le centre des visiteurs du parc (chose que j'avais déjà lue par ailleurs). "No bear signs today" me dit-il, avant de me souhaiter un bon retour.

De retour sur la route, mes compagnons de table, les mésengeais, me rejoignent à nouveau. Ils me suivent, j'en profite pour enfin en rapporter un souvenir et mieux les identifier une fois rentré!

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Le soleil est radieux et je commence à chauffer. Plus qu'une centaine de mètres avant de rallier la jonction avec la Highway 40, où un groupe de chèvres visiblement sauvages est afféré à nettoyer le sel sur la route.

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J'y suis, je suis sorti des montagnes, et délecte ce petit moment de fierté. La fierté que l'on ressent quand on a atteint l'objectif qu'on s'était fixé. Quel qu'il soit, petit ou grand, chacun à son niveau, le plus important est qu'il soit un minimum ambitieux pour soi-même. C'est ce qui nous fait repousser nos limites et progresser. Ce qui nous fait accumuler de l'expérience, sans pour autant jamais étancher cette soif de vivre. Peut-être que là, tout de suite, maintenant, je me sens rassasié et me réjouis à l'idée de rentrer reposer mes pattes, mais je sais que d'ici deux semaines, je serai déjà en train de plancher sur ma prochaine destination :)

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Parcours : 13km, +270m, -160m

Retour à Vancouver

La circulation n'est pas vraiment dense ici non plus, mais la troisième voiture qui passe me prend. Je vais finalement faire 5 sauts de puces pour rejoindre Banff, après avoir fait une portion avec un camionneur, dont le seul mot qu'il a à dire, alors je lui ai raconte d'où je viens, est "awesome". Les canadiens adorent cet adjectif, ils l'utilisent à tout va! Une fois à Banff, je trouve la ville trop chic, trop grande, et pousse jusqu'à Lake Louise pour aller passer ma dernière nuit dans les Rocheuses. J'y rencontre un scout taiwanais, Allen, qui me fait déballer tout mon matos pour finalement le prendre en photo et l'étaler sur fessebouc.
Le lendemain nous faisons ensemble un tour dans la plaine des Six Glaciers au-dessus de Lake Louise. Pas transcendant vu sous un ciel couvert (relativement à ce que j'ai pu voir les jours précédents hein!).

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Il se met à neiger, il me dépose à Lake Louise où je discute avec de jeunes américains, qui m'offrent une bière au goût très belge, brassée à Portland (appelée "Belgian" d'ailleurs)!
21h, je rejoins mon bus Greyhound pour Vancouver. Hier était une superbe journée d'automne ensoleillé, mais maintenant 5cm de neige couvrent la route. L'hiver est là, il s'est installé et ne quittera pas ces montagnes avant mars. J'ai vraiment été chanceux d'avoir une météo relativement favorable jusqu'au bout!

De retour à Vancouver, ça fait drôle de retrouver la ville. J'ai encore deux semaines devant moi pour reprendre ma tenue de touriste pour aller visiter les environs et enfin délecter un bon burger au Granville Island Market Grill! 

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Fin du récit, avec pour conclure, une citation de Mary Vaux laissée dans le journal du Club Alpin Canadien en 1907 :

"Alors, lorsque tu retourneras à la civilisation, tu aurais plein de bons souvenirs, et l'appel de la nature pénètrera tellement ton sang que tu compteras les jours jusqu'à ce que tu puisses à nouveau être libre au milieu des collines éternelles". 

"Then, when you return to civilization, you will have many happy memories, and the call of the wild will so enter your blood, that you will count the days till you can again be free among the everlasting hills". Mary Vaux.
 

Trace GPS

Voir la carte en plein écran.

Matériel

Ci-dessous la liste du matériel emporté, élément par élément. Très minimaliste, pour pouvoir profiter pleinement de la marche sans me soucier des problèmes de dos et en évitant de trop surcharger mes genous. Il est indispensable de partir léger lorsque l'on veut marcher longtemps... 

Note: DIY signifie "Do It Yourself", équivalent pour "Fait soi-même".

Liste du matériel emporté

 A ça, il faut rajouter les consommables :
 - 600g de bouffe par jour
 - 600ml d'eau
 - une cartouche de 390g de gaz par portion 

Ce qui fait un total de 10,5 kg au début d'une portion de 9 jours, auxquels il faut encore rajouter (mais tout le monde ne se charge pas autant que moi), 2kg de matériel photo!

Sur moi :

- couche 1: j'ai porté le mérinos en permanence, sauf le temps de le laver à Lake Louise au milieu et en fin de voyage, où j'en enfilé ma micro-polaire sans manche à même le corps. Très satisfait.
- couche 2: je n'ai utilisé la doudoune une journée entière que le second jour sous la neige, alors que mon mérinos était trempé. Souvent le matin je partais avec pour me chauffer et l'enlevais au début de la première montée, des fois la remettait sur les longues descentes. Stockée en vrac dans le sac au-dessus de la bouffe, je la mettais en boule sous ma veste imper le temps des courtes pauses repas, pour garder un peu de chaleur sans perdre de temps à l'enfiler.
J'avais aussi une micro-polaire sans manche, que je n'ai jamais mise en activité.
- couche 3: la veste imper (Essence Jacket) était portée quasiment tout le temps. Elle a résisté aux buissons, par contre la neige mélangée au vent fort avant d'arriver au Howard Lake CG l'a je pense mise à mal. Mais vu que j'étais trempé de l'intérieur aussi, difficile à dire. La membrane au niveau des épaules se décolle, phénomène visiblement assez répendu.
- pantalon: sêche très vite dès qu'on se bouge un peu et n'est pas desagréable à porter mouillé. J'y ai fait un petit trou en traversant les buissons sur les rives de la rivière Maligne, réparé rapidement. Je l'avais ciré mais visiblement pas assez. Je ne suis par contre pas sûr que ça suffise pour cette saison. Il peut pleuvoir beaucoup, comme le dernier jour où j'aurais aimé avoir quelque chose d'imperméable. Pas pour l'isolation, mais pour éviter de mouiller mes chaussures par capilarité. A essayer: les guêtres SOUS le pantalon :)
- extrémités: pour l'apport de chaleur, selon la température et le rythme de progression, je mettais ou j'enlevais les gants polaires, les sur-gants, le bonnet polaire et le buff mérinos dans ses différentes configurations. J'ai été étonné de ces surgants fait à la va-vite avant de partir. Un nylon enduit PU, peu respirant et d'une colonne d'eau d'environ 5000mm de mémoire. J'ai été jusqu'à les plonger dans l'eau pour boire dans une rivière, sans qu'ils en ressortent détrempés! Quelques infiltrations à la longue, certes, mais qui sêchent rapidement en activité quand les mains chauffent.

Les chaussures :
- salomon XA PRO gtx : sur la première partie, sans guêtres, que j'avais prises au Canada mais laissées à Vancouver en doutant de leur utilité, car le creux dans la semelle de la chaussures n'est pas assez prononcé pour y passer une lanière de guêtre sans marcher dessus à chaque pas.
- salomon Quest 4D gtx: sur la deuxième partie, avec guêtres hautes. Il faisait relativement bon sur ce segment, donc j'ai eu chaud aux pieds... un comble. Dans la dernière montée, sous la neige, elle m'ont permises d'y aller franco de la pointe lorsque c'était raide. A préserver absoluement de l'eau: le problème avec ces grosses chaussures, c'est que ça ne sêche pas super vite...

Je ne suis pas persuadé que les grosses-légères (type Quest 4D) sont la meilleure solution. Leur semelle reste assez souple, mais je sentais vraiment leur poids à la fin des longues journées. Le problème c'est qu'à cette période de l'année, entre automne et hiver, il fait trop froid pour les basses, mais quand même parfois trop chaud pour être en hautes. J'ai été séduit par les guêtres pour leur aspect protecteur. Le pantalon reste propre, rien de rentre dans les chaussures et l'apport calorifique n'est pas négligeable.

Les légères ont cependant encore un place à se faire dans ma liste, du moins pour des tests. Est-ce que le résultat aurait été le même si j'avais gardé mes chaussures au sec dans mon duvet durant la nuit (pour peu que je n'oublie pas de sac plastique)? Est-ce que l'inertie thermique de ces chaussures n'est-elle pas de toute façon trop faible? Pourquoi pas des amphibians avec un système de chaussettes multi-couches, pour avoir le max de polyvalence? Par contre, il est difficile d'y greffer des guêtres (à moins de coudre la guêtre à la chaussure, ou via un velcro si on la veut amovible).

Bref, le choix n'est pas complètement tranché. Je suis parti avec les légères car je voulais privilégier la sensibilité du pied au contact du terrain. Je n'attendais pas autant de neige tout d'un coup et pensais pouvoir sêcher mes chaussures entre les cols. Mais c'était bien naïf, sans grande expérience, je pense au final que les hautes se justifient vraiment à cette époque sur ce terrain.

L'abri : 

Largement suffisant pour ce trip à cette saison: les campgrounds sont très bien protégés (dans les arbres) et les moustiques absents. Il manque juste d'un peu de hauteur au niveau des pieds: quand j'avais mes chaussures sous la footbox, c'était limite! Il a pris l'eau au sommet (la faute aux coutures pas étanchéifiées), mais n'a fui de nulle-part ailleurs.

Le couchage :

- le matelas: même si je cherche encore à être plus confortable au niveau des épaules (je dors beaucoup sur le côté), je suis très satisfait du RR Solar. Très bonne isolation, meilleur confort que le Z-Lite je trouve, et en 105cm il m'a suffit pour ne pas avoir froid. Sous les mollets et les pieds, je mettais mon sac à dos, dont les bretelles et la ceinture sont garnies de 5mm mousse aluminisée D4, c'était suffisant la plupart du temps. Lorsque j'ai dormi sur la neige, j'ai rajouté un petit pad de cette même mousse, qui sert de fond à mon sac ventral pour le rigidifier. Au bout du matelas, j'ai fais deux encoches pour y serrer le cordon de fermeture du sac autour, de façon à ce qu'il ne se fasse pas la malle pendant la nuit.

- le duvet: une couette toute bête, 190cm par 140cm, 13 cloisons transversales, 720g de duvet. Utilisée fermé en permanence, sauf les 30 derniers cm en haut. Par contre, une fois complètement fermé, il n'y a pas des masses de place pour y stocker des chaussures, surtout des grosses. Je les mettais entre mes jambes.

- le coussin: ma micro-polaire sans manche, que je n'ai jamais utilisée que comme coussin. Pas sûr qu'elle soit nécessaire, mais j'étais content de pouvoir la mettre en remplacement de mon mérinos tout mouillé le premier jour. Donc pour 110g ... comme dit Skurka... stupid light.

- le sursac: skytex 27 dessous, climashield 67 dessus, 100cm par 190cm, donc assez large pour stocker sur les côté l'appareil photo et la bouffe (lorsque je ne la pendait pas). Le matelas et le sac à dos étaient à l'intérieur. Mériterait un tissu un peu plus coupe vent sur la face extérieure.

Lors de me mettre au lit, j'enlevais mon pantalon et mes chaussettes de la journée pour enfiler les chaussettes mérino de bivouac, les chaussons et le pantalon en synthétique. Je me mettais comme ça dans le sursac au moins une demi-heure, parfois en m'endormant(autour de 3°C), parfois en lisant, sans sortir le duvet, pour sêcher un peu le sursac. Dès les premiers frissons, je sortais le duvet pour m'y glisser. Seule la footbox du duvet a pris un peu d'humidité, car en contact direct avec le dessous imperméable, donc la faute au sursac. En dehors de ça, j'ai réussi à gardé mon duvet relativement sec tout le long sans avoir à le faire sêcher en journée. C'est peut-être pas mal d'élements à gérer, mais j'ai trouvé ça efficace pour cette gamme de température. Cela dit, l'air n'a jamais été saturé d'humidité, à l'exception de 3 ou 4 nuits, me faut aller valider le système en Ecosse :)

Le portage :
Le sac à dos comme la poche frontale sont des essais sortis de ma machine à coudre, afin de valider leurs dimensions en vue d'une version plus solide.
- le sac à dos a une forme classique, assez plat et pas trop haut, et est construit aussi simple que possible. Assez grand pour y rentrer tout mon matériel (environ 45L) et quelques élastiques et poches à l'extérieur pour stocker le matériel humide. Pas d'armature (c'est le rôle du tapis de sol roulé à l'intérieur). Le tissu étant du nylon 210D PU 120g/m² pour le fond et le bas du dos, silnylon 110D 70g/m2 pour la partie haute, il a du me revenir à 20€ de matière première. Bretelles larges et sans sangle, juste en silnylon, rembourées avec de la mousse 5mm D4. Pareil pour les hanches. J'ai dû renforcer quelques points avant de partir à l'issu de rapides essais. Le confort s'est avéré très bon en dessous de 10kg, correct à 11kg avec 9 jours de vivres et eau. Le tissu n'est par contre pas super résistant à l'abrasion, mais je compte en refaire un avec un tissu plus sérieux (et un peu plus lourd).

- la poche avant me permet de stocker tout mon petit matériel de navigation et un peu de bouffe, mais surtout l'appareil photo. Totalement étanche, je l'ai dimensionée pour y rentrer un reflex et objectifs moyens (dont un monté). Du coup il est un petit peu trop large, et encore plus embêtant, il n'est pas assez rigide. Un bout de mousse 5mm pliable (rajout de jonctions cousues dans la matelas) plié au fond n'est pas suffisant pour bien maintenir ce poids (2kg). Au bout de quelques heures, une petite ouverture laissait apparaître la mousse et l'eau/la neige dégoulinait à l'intérieur (sous la mousse, sans mouiller l'appareil). Le système de fixation, qui tire vers moi le sac à dos en son milieu (sous mes bras, me permettant presque d'enlever les bretelles) est aussi un peu trop compliqué à l'usage, mais efficace pour l'équilibrage. Il y a donc beaucoup de place à l'amélioration.



Mais globalement je suis satisfait de cette solution: appareil photo directement assessible quelque soit la météo, bon équilibre de la charge et report sur les hanches. Il me reste à trouver une solution pour simplifier les attaches.

Matériel spécial :
- le piolet: n'est pas nécessaire, car au final le chemin n'emprunte pas de gros passages dangeureux qui ne puissent pas se sécuriser avec une paire de bâtons (du moins là ou je suis passé, mais je pense que c'est généralement le cas). Au pire, les passages les plus hauts peuvent être contournés, moyennant quelques km en plus.
- les mini-crampons: j'ai été content de les avoir quand même, ils sont surtout utiles avec des chaussures légères qui ne permettent pas de prendre des carres. Ils bottent pas mal, mais pour leur poids, la place qu'ils prennent et l'assurance qu'ils apportent, je les reprendrais si je devais repartir avec des chaussures légères!
- le bear-spray: c'est pas tout léger, mais c'est une assurance vie au pays des ours. Il m'a permis d'avancer avec discretion à certains endroits en espérant faire une rencontre heureuse! Il est raisonnable de s'en passer lorsqu'on part à plusieurs, qu'on fait du bruit et qu'on reste attentif.

La cuisine :
J'ai fais le choix du gaz pour manger vite, même par températures négatives. Même en 9 jours, je n'ai pas réussi à vider une cartouche de 230g d'isopropane en chauffant environ 500ml d'eau par jour. En été, le choix du réchaud à bois est très intéressant si l'on accepte de manger froid dans les camps où le feu est interdit. Ce petit bol de 600ml est tout simplement génial: pas trop profond et juste assez large pour faire la vaisselle... avec la langue (merci jeanjacques)! Une petite cuillère avec ça, c'est tout. Pas besoin d'éponge ou de savon pour laver tout ça.

L'hygiène :
Une de mes deux bouteilles d'eau (goulot large) était dédiée à la toilette. Le savon a amplement suffit (j'ai encore pu prendre 10 douches avec en rentrant). La serviette est en Evolon 80, microfibre faite par Freudenberg, que je trouve encore plus légère et avec les mêmes qualités que ceux qu'on trouve en grandes surfaces.

La bouffe :
- matin: rapide, barres maison (amandes, sucre, miel, avoine, sésame) avec quelques gorgées d'eau. Quand j'avais du temps, je me faisais un chocolat chaud, mais c'était rare
- journée: chocolat en marchant, chips et graines (tournesol, maïs grillé, cajou) pour une pause vers midi
- soir: lorsque j'arrivais tôt, je me faisais un chocolat chaud avant le repas. Après, purée/pâtes/couscous à l'huile d'olive, un bout de gouda et de saucisson, quelques graines pendant que l'eau chauffait. Je n'ai pas toujours mangé chaud, du coup les chips remplaçaient parfois le plat chaud.
Environ 600g et 3000 kcal/jour au final, je pense que c'était un bon équilibre car je n'ai jamais eu la dalle et ne m'allégeait que tous les trois jours! J'ai perdu quelques kilos mais pas beaucoup, peut-être 2-3. Tout le matériel de cuisine, d'hygiène et la bouffe était stocké dans un sac en cuben refermé par scratch+enroulement pour éviter les odeurs fuyardes, avec quelques mètres de cordelletes et mini-mousquetons pour pouvoir le prendre n'importer où.



Ressources

http://kananaskisblog.com/gdtl-maps/2009/ : une très bonne carte, avec tracé, camps et distances, que j'ai imprimée recto-verso en A4 chez un pro. Je n'ai utilisé que ça, en plus du GPS pour la trace.
http://cwillett.imathas.com/GDT/index.html : le blog de Chris Willet, thru-hike, un peu vieux mais avec de bonnes info.
http://www.spiriteaglehome.com/gdt.html : le blog des Owens, qui ont fini à Jasper, un peu plus récent et très instructif.
www.cs.umanitoba.ca/~durocher/trips/rockies/gdt2005/gdt2005.html : le blog de Steph Durocher, qui a fait la portion entre Kananaskis et Field, une des plus belles, avec quelques sommets.

Commentaires

deine Mutter Annie soll sehr stoltz davon sein. Sehr schöne une malerische Landschäfte : nun möchte ich dringen Bristich Columbia besichtigen ! Sehr mutig und spannend !

Wie is das Leben in Mannheim ?

Bis bald

stolz… und tatsächlich, bei jeder Gelegenheit gibt sie gerne diese Geschichte weiter! Danke Claude für deine Nachricht, ich bin froh, dass es bei dir diese Lust weckt! Genau darin liegt das Ziel meines Bloges.

Das Leben in Mannheim ist angenehm, nur viel zu weit weg von den Bergen. Aber dafür näher am Flughafen ;)

bravo,c’est une belle aventure ,de la préparation,du courage,de la volonté,je te félicite,en plus tu as fais de belles photos,et de très bon commentaires, ça ma permis de découvrir des endroits magnifiques ,de quoi rêver,merci de ton courage,tes parents peuvent être fier de toi ,tu leurs a donner du soucis ,mais le résultat est fort,je suis admiratif de ta performance,je te souhaite de faire encore par ta passion de belles choses, un amie de tes parents GERARD.

Merci Gérard pour ton sympathique message! Les prochains beaux paysages sont prévus pour début mars… Du blanc, du blanc, du bleu, et je l’espère, beaucoup de vert!

Mister Nutz,

Je découvre ton aventure avec un grand respect. J‘étais resté bloqué sur ton départ en Allemagne alors tu vois !!
Il faudrait que tu m’en dises plus, sur ton état d’esprit dirais-je car le reste tu l’as décrit avec force détails et poésie.
Un grand bravo et merci d’avoir partagé ça.
Si tu refais un crochet par Paris un jour n’hésite pas à me contacter que je t’invite à boire un coup pour fêter tout ça…
Bises

Dams

Han ca y est enfin fini! :D
C‘était passionnant =:)
J’tenvoie un mail, plusieurs trucs a te demander ^^

Salut Nutzzz, s est děja parlě sur le forum de rando leger, sous mon pseudo riket.
Je suis au Canada pour un an, viens d arriver a Conemore, banff. Pour te dire, jai fait un peut de montagne et il y a deja bien 10 cm de neige a 2200m… 26sept.

Je te contact car je vais tenter de faire le parcourt que tu as fait de Field a Kanasashis lake car il me semble que s est la partie la plus belle et celle ou tu as rencontrě le moins de neige sur ton periple lanněe derniere.
J aimerai recuperer tas traces GPS que tu montres sur ton site pour la mettre sur Oruxmap sur mon smartphone au cas ou.

Merci, je prevois de partir ce prochain lundi.

ps dsl pour la lecture mais je ne comprend rien de ce clavier.

Le 24-02-2014 .Monsieur je suis un canadien du Québec j’ai lu et regardé du début a la fin vôtre voyage dans les rocheuses canadienne .Je dois dire que j’ai de l’admiration pour le genre de voyage que vous avez fait .Vôtre naration est très explicite et les photos sont très bonne.Dommage que vous n’ayez pas vu d’ours grizzley .Mais les rencontres avec ces ours ce n’est pas toujours évident J’ai été dans l’ouest canadien en 2011 c’est formidable .La région de Banff est a plus de 4000 kilomètres du Québec ce n’est pas tout près bien que dans le mëme pays .Nous allons y retourné .Au plaisirs de vous lire.

Merci Michel!

Bonjour, je suis un étudiant de 17 ans qui provient du Québec et je voudrais faire une expédition comme la votre. J’envisage de faire ce voyage en été 2015. J’aimerais savoir combien de temps avez-vous eu besoin pour préparer votre expédition? Quel préparation physique avez eu besoin pour parcourir les rocheuses? Si vous aviez eu la chance d’avoir plus de temps qu’arriez-vous faits? J’aimerais également savoir, combien vous a-telle coûté en équipement, permis et avoir quelques conseil ?.Bref, jaimerais avoir d’aventage dinformation sur la maniere d’un rendre un projet comme le votre possible surtout que je n’ai pas de talent en couture pour fair mon équipement comme vous. Merci d’avance!

Jaimerais ausis savoir, si vous pensser que la saison morte que vous avez été faire votre randonné vaut aussi ou plus la pein que la pleine saison ou il aurrau plien de gens ?

Bonjour,
Merci beaucoup pour ce partage d’information et de vécu. C’est très instructif. et tentant.
C’est si tentant que nous partons sur cet itinéraire au mois de septembre prochain.
J’ai vu que tu as transformé tes points GPS en Google map avec Gpsvisualiser.com.
Nous préférons partir avec un trace GPS pour plus de sécurité, as tu réalisé cette trace sur le terrain et dans ce cas pourrais tu partager cette trace ou l’as tu faite ensuite sur Googleearth par exemple ?
Merci beaucoup.

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